Donald Trump n’en a pas fini avec les surtaxes. Le président américain a menacé lundi 25 août d’imposer de nouveaux droits de douane et des restrictions à l’exportation aux pays qui, selon lui, ciblent les entreprises technologiques américaines. Il a aussi mis la pression sur la Chine pour qu’elle augmente ses exportations d’aimants en terres rares vers les États-Unis.
« Les taxes ou la législation sur les services numériques, et les réglementations sur les marchés numériques, sont toutes conçues pour discriminer ou nuire à la technologie américaine », a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social. Ses commentaires semblent viser les pays européens et les organisations qui ont adopté des lois réglementant le web.
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L’Union européenne, par exemple, dispose de la législation sur les marchés numériques (DMA) et de la réglementation sur les services numériques (DSA), qui concernent la concurrence et la modération des contenus. Le Royaume-Uni impose également une taxe sur les services numériques. A moins que ces « mesures discriminatoires » ne soient supprimées, Donald Trump n’exclut pas d’imposer « des droits de douane supplémentaires substantiels » sur les produits de ces pays, ni d’instaurer des « restrictions à l’exportation de nos technologies et nos puces hautement protégées ». « L’Amérique et les entreprises technologiques américaines ne sont plus ni la tirelire, ni le paillasson du monde « , a-t-il ajouté.
Bruxelles a répondu ce mardi, disant avoir le « droit souverain » de réglementer la tech. La Commission européenne a aussi « fermement réfuté » l’accusation selon laquelle les entreprises américaines étaient délibérément visées par ces règles sur le numérique, les qualifiant de « totalement erronées ».
Donald Trump en soutien de la tech
Bien que Donald Trump soit parfois entré en conflit avec les grandes entreprises technologiques concernant la censure et d’autres affaires nationales, son administration a défendu leur cause dans le cadre de plusieurs négociations commerciales, rappelle le Wall Street Journal (WSJ).
Plus tôt cette année, le président américain avait menacé d’imposer des tarifs douaniers plus élevés au Canada, le forçant à renoncer à une proposition de taxe sur les services numériques voulue par Ottawa. Celle-ci visait des multinationales américaines telles qu’Alphabet, Amazon et Meta. Les politiques numériques européennes ont également été une question clé dans les négociations commerciales entre Washington et Bruxelles, bien que le récent accord tarifaire entre les deux économies a semblé laisser la question en suspens.
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Brandie comme un autre moyen de pression, la menace de limiter les exportations de puces avancées – nécessaires à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle – pourrait toutefois susciter l’inquiétude des entreprises américaines de semi-conducteurs, souligne le WSJ. Des compagnies telles que Nvidia et Advanced Micro Devices (AMD), par exemple, avaient salué la précédente décision de l’administration Trump de limiter ce type de restrictions et d’autoriser la libre circulation des semi-conducteurs dans le monde entier. Début mai, Washington avait ainsi annulé une règle de l’ère Biden qui restreignait le nombre de puces que de nombreux pays étrangers pouvaient acheter. Pékin, par exemple, avait notamment obtenu un assouplissement des exportations de semi-conducteurs de haute précision en provenance des États-Unis à la suite de cette mesure.
Terres rares
Parallèlement, le président américain a aussi revitalisé le bras de fer commercial avec la Chine. Lundi, lors d’un point presse au bureau Ovale, il a notamment menacé d’augmenter les droits de douane sur les produits chinois entrant aux Etats-Unis si Pékin n’accélérait pas ses exportations d’aimants en terres rares. « Ils doivent nous donner des aimants. S’ils ne nous en donnent pas alors nous leur imposerons des droits de douane autour de 200 %. Mais je pense que nous n’aurons pas de problème avec ça », a déclaré Donald Trump.
La Chine est le premier producteur mondial de terres rares, qui permettent notamment de fabriquer des aimants essentiels à l’industrie automobile, l’électronique ou encore l’armement. Mais l’État chinois a imposé début avril une licence pour l’exportation de ces matériaux stratégiques, perçue comme une mesure de rétorsion face aux droits de douane américains.
Pékin et Washington s’étaient alors lancés dans une véritable guerre commerciale, répondant chacun aux hausses de droits de douane de l’autre, pour atteindre 125 % et 145 % de part et d’autre. Depuis, les négociations entre les deux premières puissances mondiales ont permis d’abaisser les tensions et le gouvernement chinois s’est engagé à accélérer la délivrance de licences pour un certain nombre d’entreprises américaines.
Un bras de fer qui « détruirait la Chine »
« Je pense que nous avons une relation géniale avec la Chine, j’ai parlé assez récemment avec le président Xi (Jinping) et, à un moment dans l’année, nous devrions nous rendre en Chine », a ajouté Donald Trump. S’il a reconnu que Pékin disposait « d’atouts dans sa manche », il a cependant rappelé que « nous en avons d’assez incroyables également. Mais je ne veux pas jouer ces cartes car si je le faisais, cela détruirait la Chine » a-t-il prévenu.
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Des responsables américains et chinois se sont rencontrés à trois reprises ces derniers mois, afin d’aplanir un certain nombre de sujets liés à leurs relations commerciales. A l’issue de ces rencontres, les deux pays ont convenu de maintenir à respectivement 30 % et 10 % les droits de douanes qu’ils s’imposent mutuellement, pour une durée de 90 jours. Cette dernière a déjà été prolongée une deuxième fois jusqu’en novembre prochain.