Le 27 août, pendant que des avions de patrouille maritime appartenant à des pays membres de l’Otan [États-Unis, Norvège, Royaume-Uni et France] se relayaient pour, a priori, traquer des sous-marins nucléaires d’attaque [SNA] russes en mer de Norvège, où s’est déployé un groupe aéronaval formé autour du porte-avions USS Gerald R. Ford, l’US Navy a envoyé un P-8A Poseidon au-dessus de la mer Noire, depuis la base aérienne de Sigonella [Sicile, Italie].
Une mission de ce genre n’a rien d’exceptionnel, surtout depuis le début de la guerre en Ukraine. Parfois, il est arrivé que les interceptions d’avions de renseignement, notamment américains et britanniques, par des chasseurs russes [Su-27, Su-30 voire Su-35S] aient donné lieu à des incidents ou à des manœuvres d’intimidation.
Cela a été par exemple le cas en octobre 2022, quand un Su-27 russe a tiré un missile air-air à proximité d’un RC-135 Rivet Joint de la Royal Air Force [RAF]. Mais rien de tel n’est arrivé à ce P-8A Poseidon américain durant son vol, au cours duquel il a traversé la mer Noire depuis Varna [Bulgarie] jusqu’à un point situé à 50 nautiques de Sotchi [Russie], en passant au large de la Crimée.
Certes, l’avion de patrouille maritime de l’US Navy a été intercepté par au moins un chasseur russe [probablement un Su-30 d’une unité de l’aviation navale russe, basée en Crimée]. Mais le caractère singulier de cette mission a trait aux capteurs que cet appareil a mis en œuvre durant sa mission.
En effet, selon les images de son interception, diffusées par la chaîne Telegram « @bomber_fighter », liée à la force aérospatiale russe [VKS], ce P-8A Poseidon était doté d’une nacelle AN/APS-154 AAS [pour Advanced Airborne Sensor] fixée sous la partie avant de son fuselage. C’est probablement la première fois que cette dernière a pu être observée lors d’un vol au-dessus de la mer Noire.
Plus précisément, cette nacelle AAS est montée sous le P-8A Poseidon grâce à un mécanisme à commande hydraulique appelé SMPDM [pour Special Mission Pod Deployment Mechanism].
The meeting between a Russian Sukhoi fighter jet and U.S. Navy Boeing P-8A Poseidon maritime patrol aircraft/ASW plane over the Black Sea. Video reportedly from today.
The P-8A is equipped with the AN/APS-154 Advanced Airborne Sensor multifunctional AESA radar, deployed under… pic.twitter.com/F6xo80Hyq4
— Status-6 (Military & Conflict News) (@Archer83Able) August 27, 2025
Développé par Raytheon à partir de 2009 afin de remplacer le système radar de surveillance littorale [LSRS] AN/APS-149 des anciens P-3C Orion, l’AN/APS-154 AAS comprend un radar à balayage électronique à antenne active [AESA], un radar à synthèse d’ouverture [SAR], un indicateur de cibles terrestres mobiles [GMTI] et maritimes [MMTI]. Il n’est pas impossible qu’il soit doté d’une capacité de guerre électronique.
Les performances de l’AN/APS-154 AAS sont confidentielles. On sait seulement qu’il permet d’assurer une couverture de 360 degrés sur plusieurs centaines de kilomètres et qu’il est en mesure de cartographier le sol avec une extrême précision grâce à son radar SAR. Selon le profil de sa mission, il est probable que ce P-8A Poseidon ait non seulement cherché à identifier les navires alors en mer mais aussi à obtenir des renseignements sur la flotte russe de la mer Noire, repliée à Novorossiysk après que la base de Sébastopol a été régulièrement prise pour cible par les forces ukrainiennes.
Photo : Capture d’écran