En 2024, à Barcelone, Jorge Martín mettait en scène son sunom de « Martinator » pour célèbrer son titre de champion du monde de MotoGP. Pour son quatrième week-end depuis son retour en Tchéquie, le Madrilène s’est remémoré ces souvenirs mais aussi tout son parcours pour retrouver le guidon de son Aprilia aujourd’hui.

« C’est un circuit magnifique, qui me rappelle beaucoup de bons souvenirs, surtout ceux de l’année dernière. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la fête dans les stands. C’était un moment formidable. Toute l’équipe qui sautait de joie, buvait du champagne…, se rappelle avec nostalgie Jorge Martín au quotidien ibérique Mundo Deportivo. C’était très, très agréable, mais il est vrai que ce ne sont que des souvenirs. C’est formidable de les avoir, mais nous sommes maintenant dans le présent, et c’est une autre histoire. »

« La moto s’est beaucoup améliorée depuis que je l’ai testée l’année dernière ici à Montmeló, et c’est grâce à [Marco Bezzecchi et Lorenzo Savadori (pilote d’essai, Ndlr.)]. Au cours des trois dernières courses, j’ai progressé indépendamment, explique le pilote Aprilia. Marco me sert de référence pour voir dans quelle direction nous allons. Avant, peut-être au début de mon retour, nous allions dans des directions légèrement différentes. Maintenant, nous allons tous les deux dans la même direction. Cela signifie que nous allons là où la moto veut aller, là où nous voulons aller. À partir de ce moment, c’est un rival comme un autre. »

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« Je n’ai jamais pensé à prendre ma retraite »

Alors qu’il avait manqué la manche inaugurale de la saison, Jorge Martín a de nouveau gravement chuté lors du quatrième rendez-vous de la saison, au Qatar. Trois mois d’absence au cours desquels le champion du monde en titre s’est ressourcé, remettant en cause les raisons qui le poussaient à piloter.

Le Madrilène, qui a un temps souhaité se séparer d’Aprilia, est désormais engagé avec l’écurie dans un projet long terme, motivé en partie par les performances de sa monture. Les victoires de la Honda de Johann Zarco au Mans et de l’Aprilia de Marco Bezzechi à Silverstone sont les deux seules de la saison à ne pas avoir été glanées par une Ducati.

« Tout allait bien jusqu’à la chute au Qatar, qui a été, je pense, un tournant, non seulement dans le projet, mais aussi dans ma vie. Je ne savais pas si j’allais pouvoir concourir à nouveau à 100 %, j’avais beaucoup de doutes. Alors on se pose X questions, et parfois, dans la vie, il faut prendre des décisions, et j’ai pris celles que je devais prendre, se justifie Jorge Martín. Quand j’étais à l’hôpital, en soins intensifs, avec quatre perfusions et douze côtes cassées, je me suis dit : ‘Merde, je ne sais pas si je pourrai remonter sur une moto.’ C’est ce qui m’a fait peur. Je n’ai jamais pensé à prendre ma retraite. C’était plutôt l’incertitude de ne pas savoir si je pourrais remonter sur une moto à cause de mes blessures. »

« Petit à petit, je me suis amélioré, semaine après semaine, jusqu’à aujourd’hui où je suis à 99 % de ma condition physique. Je pense que le jour où j’ai commencé à faire du vélo, une petite balade à vélo, c’est là que j’ai retrouvé ma motivation, non pas pour faire du vélo, mais pour retrouver la forme, pas seulement en tant qu’athlète, mais en tant que personne, souligne le pilote Aprilia. Je dois me remettre en forme pour moi-même, pour ma santé. Et c’est là que j’ai commencé, petit à petit. Un jour une promenade, un autre jour un peu plus, puis j’ai commencé à aller à la salle de sport. C’est là que j’ai commencé à renverser la situation. »

« Parfois, on se retrouve sans savoir où l’on va, en se disant : ‘D’accord, je fais de la moto, mais pourquoi ?’ Il faut trouver la raison pour laquelle on fait de la moto, que ce soit pour offrir un meilleur avenir à sa famille ou pour soi-même, parce qu’on veut remporter plus de succès et atteindre plus d’objectifs. C’est une combinaison de choses sur lesquelles il faut questionner. Parfois, j’essaie de trouver cette réponse, mais ce n’est pas facile. Je veux trouver le sens de ma participation à ces courses, et c’est aussi une façon de me motiver et de continuer à me battre, insiste le Madrilène. Je pense que c’est quelque chose que je possède en moi, le désir de me battre, de donner 100 % de moi-même, de repousser mes limites. Je me bats pour beaucoup de choses, pas seulement pour le désir de gagner. C’est davantage le processus qui m’intéresse. Gagner est la conséquence de bien faire les choses, mais cela viendra naturellement. »

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« Une question de temps avant d’obtenir de meilleurs résultats. »

Aujourd’hui vingtième du championnat, plus de 400 points derrière le leader Marc Márquez, Jorge Martín s’est montré capable de rivaliser avec le rythme des pilotes les plus rapides. Une motivation supplémentaire pour le Madrilène qui, bien qu’admettant avoir accumulé trop de retard sur ses concurrents, se concentre sur sa progression constante pour revenir au plus haut niveau la saison prochaine.

« Les performances de Marc [Márquez] sont très difficiles à égaler. Il y peut y avoir des champions, mais le plus difficile est de remporter un championnat comme il le fait, sans rival. De toute évidence, Marc est la référence actuelle, car il place la barre très haut, admet Jorge Martín. Mais je pense qu’avec Aprilia, nous travaillons très bien pour nous-mêmes, donc nous verrons en 2026. L’année a été un peu ennuyeuse en termes de championnat. Il n’y a pas autant de compétition, il n’y a pas autant de spectacle, mais bon, nous roulons tous à un très haut niveau. »

« Je sais que je suis le champion en titre. J’ai pu en profiter, surtout pendant l’hiver. En ce moment, je roule avec le numéro un et j’apprécie cela. Chaque fois que je vois une photo de moi et que je le vois sur le carénage, j’ai la chair de poule, c’est incroyable. Je pense que je vais remplir ma maison de peintures de cette année. Quoi qu’il en soit, au final, je vais travailler très dur pour pouvoir un jour rouler à nouveau avec ce numéro, se fixe comme objectif le champion du monde en titre. Avant, j’avais évidemment très envie de remporter ce championnat. Maintenant, je pense que mes ambitions sont plus grandes. Une fois la saison entamée, après toutes ces blessures, je n’ai pas pu essayer de conserver mon titre. C’était un poids en moins sur mes épaules. »

« Avec la moto, j’ai encore un long chemin à parcourir, mais je me sens très bien maintenant. L’important, c’est que maintenant, nous sommes ensemble, nous avons une moto compétitive, et ce n’est qu’une question de temps avant d’obtenir de meilleurs résultats. Mon objectif est d’être un meilleur pilote à la fin de l’année à Valence que je ne le suis aujourd’hui. C’est mon seul objectif. Peu m’importe que je termine cinquième, quatrième, dix-huitième ou deuxième. Mon seul objectif est de m’améliorer, de progresser, et je me concentre sur cela, conclue le pilote Aprilia. L’important, c’est notre processus, et je me concentre sur mon processus avec mon équipe. Nous sommes tous très clairs sur le fait que nous allons donner 100 % pour faire de notre mieux. Évidemment, si je peux terminer premier, deuxième ou troisième, je vais tout faire pour y arriver, mais notre véritable objectif est, à la fin de la course, d’avoir fait un pas en avant, d’être plus près des meilleurs. »

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