La rencontre Trump-Starmer s’achève sur un accord après le faste royal... et aussi quelques malaises.

ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

La rencontre Trump-Starmer s’achève sur un accord après le faste royal… et aussi quelques malaises.

INTERNATIONAL – Une « nouvelle ère » s’ouvre, mais les désaccords sont loin d’être effacés. Accueilli comme un roi au Royaume-Uni, Donald Trump a achevé sa visite avec une conférence de presse aux côtés du Premier ministre Keir Starmer, ce jeudi 18 septembre à Chequers en Angleterre. L’occasion pour les deux chefs d’État d’insister sur le passé commun de leurs pays et de mettre en avant un partenariat « historique » qu’ils ont signé sur les questions technologiques

Mais derrière les remerciements de Donald Trump pour l’accueil du roi Charles III et de sa femme – « deux personnes formidables » – et les discours sur la « relation spéciale » entre Londres et Washington, plusieurs désaccords entre le président américain et le Premier ministre britannique sont ressortis, notamment lors des questions posées par les journalistes.

« Keir Starmer est probablement soulagé du dénouement », analyse le New York Times, estimant qu’il pouvait s’attendre à des critiques bien plus âpres du locataire de la Maison Blanche sur sa politique. The Guardian note quant à lui que Donald Trump « n’a pas essayé de fragiliser » le Premier ministre. Pour autant, de la situation à Gaza en passant par les questions migratoires ou énergétiques, l’Américain a assumé un discours divergent, donnant lieu à des moments de malaise.

• Un « désaccord » assumé sur la reconnaissance de la Palestine

Keir Starmer a qualifié la situation à Gaza d’« intolérable », estimant être en accord avec Donald Trump sur la « nécessité de la paix ». Fidèle à ses prises de position passées, il a redit son souhait de reconnaître la Palestine, affirmant qu’« État palestinien viable » est une étape vers une solution à deux États et une paix durable.

Interrogé sur ce qu’il pouvait faire pour convaincre Benjamin Netanyahu d’arrêter l’offensive dans l’enclave palestinienne, le Président américain n’a pas répondu à la question, se contentant de demander la libération immédiate de « tous les otages ». « Nous devons nous souvenir du 7-Octobre », a-t-il plaidé, le décrivant comme l’« un des jours les plus violents de l’histoire du monde ».

S’il a rejoint Keir Starmer sur le point de dire que « les combats doivent cesser », Donald Trump a assumé un point de vue différent sur la reconnaissance de la Palestine. « Je suis en désaccord avec le Premier ministre sur ce point », a-t-il déclaré, assurant qu’« il s’agit là de l’un de [ses] rares désaccords » avec lui. Pour éviter un flottement, le Premier ministre britannique a enchaîné avec la question suivante… à ses risques et périls.

• Trump dit à Starmer d’appeler l’armée pour limiter l’immigration

La parole a été donnée au journaliste du tabloïd conservateur The Sun, dont les questions semblaient pensées pour gêner les deux dirigeants. Évoquant les « succès incroyables » de la politique migratoire trumpiste, il a demandé au président américain s’il avait des conseils à donner à Keir Starmer pour lutter contre les « niveaux records d’immigration légale au Royaume-Uni ».

« J’ai dit au Premier ministre qu’à sa place j’y mettrais un terme, a répondu Donald Trump, peu importe si vous appelez l’armée, peu importent les moyens que vous utilisez. » « Ça [l’immigration] détruit les pays de l’intérieur », a exposé le locataire de la Maison Blanche, pendant que celui du 10 Downing Street l’écoutait patiemment.

Fréquemment attaqué sur sa politique migratoire par la droite et l’extrême droite, Keir Starmer a assuré vouloir « intensifier » les expulsions de migrants arrivant par petits bateaux. Il a évoqué l’accord signé cet été avec Paris, saluant comme une « avancée importante » le premier renvoi en France d’un ressortissant indien.

• Starmer défend l’éolien, Trump « n’utilise pas le vent »

La seconde question du journaliste du Sun a occasionné un autre moment embarrassant. Évoquant le slogan de Donald Trump « Drill baby drill » (fore, bébé, fore), il a affirmé que sa politique permissive sur les énergies fossiles avait permis de « réduire la facture pour les Américains ». Il a ensuite demandé à Keir Starmer en quoi il avait « raison » de privilégier le renouvelable – notamment l’éolien – tandis que son homologue avait « tort ».

Le Premier ministre britannique s’est bien gardé de commenter la politique trumpiste. Il s’est dit « absolument déterminé » à faire « baisser les prix de l’énergie » et a défendu sa politique « pragmatique » alliant énergies fossiles et renouvelables. Il allait donner la parole à un autre journaliste… lorsqu’il a été coupé par Donald Trump, qui tenait à faire part de son avis sur la question.

« Nous avons fait baisser significativement les prix » de l’énergie, s’est-il félicité avant d’assumer, face à son homologue : « Nous n’utilisons pas le vent [l’éolien], parce que le vent est un désastre, c’est une plaisanterie qui coûte très cher. » « Vous avez de formidables atouts » avec le « pétrole phénoménal » dans la mer du Nord, a fait valoir Donald Trump, « j’aime ce pays, je veux qu’il s’en sorte bien ». Reste à voir si Keir Starmer décide de suivre ou non ce petit cours improvisé sur l’énergie.