Avec le temps, la quasi-totalité des individus finit par développer de la presbytie, un problème d’accommodation visuelle qui peut grandement compliquer certaines tâches comme la lecture. Il existe heureusement des solutions pour y remédier, comme les lunettes ou la chirurgie. Mais une nouvelle étude publiée récemment suggère qu’une nouvelle option encore moins contraignante pourrait être viable : un traitement qui prend la forme de gouttes pour les yeux.
Ces travaux, présentés dans un communiqué de la Société Européenne des Chirurgiens de la cataracte et de la réfraction, sont partis d’un constat simple : pour des raisons diverses et variées, certains patients presbytes ne sont pas éligibles à une intervention chirurgicale. Ils se voient donc contraints de porter des lunettes à vie — un moindre mal, certes, mais cela a tout de même poussé une équipe de chercheurs à explorer des approches alternatives.
« Nous avons cherché à fournir des preuves cliniques solides à l’appui d’une solution pharmacologique innovante pour offrir aux patients une alternative non invasive, pratique et efficace », explique Giovanna Benozzi, directeur d’un centre de recherche en ophtalmologie à Buenos Aires.
Ces efforts les ont conduits à une formule centrée autour d’un principe actif appelé pilocarpine. Il s’agit d’une substance qui participe à la contraction des pupilles et des muscles ciliaires, eux-mêmes responsables du processus d’accommodation qui permet à l’œil de voir clairement à différentes distances.
Cette pilocarpine n’est toutefois pas inoffensive ; elle a tendance à générer une inflammation de l’œil très inconfortable. L’équipe a donc décidé d’ajouter un autre composé anti-inflammatoire, appelé diclofénac, pour contrebalancer cet effet secondaire.
Des résultats très prometteurs
Ils ont ensuite administré ce cocktail à un ensemble de 766 patients âgés de 55 ans en moyenne, en leur administrant deux gouttes par jour avec des concentrations variables de pilocarpine — 1 %, 2 % ou 3 %. Ils ont ensuite testé leurs progrès à l’aide d’un tableau de Jaeger, un texte dont la taille diminue à chaque ligne pour tester les limites de la vision. Et les résultats ont été plutôt impressionnants, même à la concentration la plus faible.
« Une heure à peine après l’administration des premières gouttes, nous avons constaté une amélioration moyenne de 3,45 lignes de Jaeger. De manière impressionnante, 99 % des 148 patients du groupe pilocarpine à 1 % ont atteint une vision de près optimale et ont pu lire au moins deux lignes supplémentaires », explique Benozzi.
© David Travis – Unsplash
L’autre point encourageant, c’est que ces bénéfices sont restés valables sur de longues périodes — 434 jours pour la médiane, et même jusqu’à deux ans dans certains cas.
Et la cerise sur le gâteau, c’est que les effets secondaires sont restés tout à fait gérables. Un peu moins d’un tiers des patients a décrit une vision floue immédiatement après l’administration des gouttes, et environ 3,7 % se sont plaints d’irritation. Mais tous ces effets étaient limités et transitoires, et aucun patient n’a décidé d’interrompre le traitement.
Certes, il faudra encore organiser des essais cliniques de plus longue durée pour vérifier que le traitement n’endommage pas l’œil sur le long terme. Mais selon l’équipe de Benozzi, il s’agit d’une approche très prometteuse qui, si elle n’a pas vocation à remplacer la chirurgie, pourrait tout de même améliorer le quotidien de très nombreux patients.
Il sera donc très intéressant de suivre l’évolution de ces travaux, qui pourraient bien conduire à l’apparition d’un nouveau médicament utile et abordable d’ici quelques années.
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