Par
Cédric Nithard
Publié le
30 sept. 2025 à 11h24
Membre du Parti socialiste pendant une vingtaine d’années avant de devenir directeur de campagne de Mohed Altrad, lors des précédentes municipales à Montpellier, Serge Martin est revenu il y a un an au conseil municipal après la démission du chef d’affaires. Resté hors de tout groupe politique, menant une opposition pointilleuse à Michaël Delafosse, il a créé récemment le mouvement Social, Démocratie et Écologie et annoncé sa candidature aux municipales. Son intention : mettre en place une démocratie active impliquant les citoyens dans un projet basé sur trois piliers que Serge Martin détaille ici.
Vous avez annoncé votre candidature aux municipales. Pourquoi avoir décidé de sauter le pas ?
Déjà lors de la précédente campagne, je me rendais compte qu’il y avait un problème. Lorsqu’on abordait les programmes politiques des candidats, finalement on se retrouvait avec un catalogue de propositions, plus ou moins grand, où il y avait un manque de sens et de vision pour Montpellier. Le constat que l’on a fait ces dernières années avec mes amis, et surtout depuis un an que je suis rentré au conseil municipal, c’est que l’on vit sur l’héritage de Georges Frêche. Sa première campagne date de 1971 et, en réalité, tout le personnel politique de Montpellier est resté bloqué dans cette posture. Ce qui est grave, c’est qu’ils sont restés bloqués sur la vision du développement pour Montpellier, mais ils sont aussi restés bloqués sur les pratiques, sur la manière de diriger Montpellier. Nous, on s’est dit que le modèle sur lequel on vivait était fini, que les responsables politiques, et en particulier le clan qui dirige aujourd’hui, ne l’avait absolument pas compris. Le modèle de Montpellier qu’avait posé Georges Frêche est un modèle de développement de la ville fondé sur la croissance démographique qui va elle-même financer ce développement. On peut prendre le problème comme on veut, mais c’est fini.
C’est fini dans le sens où Montpellier est arrivée à saturation ou vous estimez que cette croissance va s’arrêter, car elle sera moins attractive ?
On ne peut plus étendre la ville de Montpellier. On pourra un peu densifier, et j’ai quelques idées, mais ce seront des choses à la marge. On a un phénomène de saturation, or, l’attraction démographique continue, donc on va arriver à une espèce de blocage et d’engorgement. La mandature que l’on vient de vivre n’a absolument pas pris conscience de cela. Ils n’ont aucune vision du Montpellier à 2040-2050. Ils ont greenwashé en faisant des pistes cyclables, dont j’ai beaucoup à dire sur la rationalité, et ont planté des arbres sans cohérence. On est sur la politique des années 70 greenwashée. Et sur la gouvernance, ce sont des personnes qui singent Georges Frêche : j’ai raison, je décide, pas de contre-pouvoir, pas de dialogue, pas de co-construction… On a donc analysé la situation et surtout beaucoup réfléchi à ce que pourrait être le développement de Montpellier, avec ce constat d’un problème de vision et de gouvernance. Depuis une dizaine d’années je préside la fondation Jean Jaurès. Nous avons organisé plusieurs cafés de l’alternance et le débat qui a le plus intéressé a été celui sur la démocratie locale. Les autres sujets comme les pistes cyclables, les transports… intéressent, mais quand on parle de démocratie locale, non seulement on remplit les salles, mais en plus on nous a demandé de reproduire le débat ailleurs. On a donc compris qu’il y avait là un vrai sujet.
Quand vous dites démocratie locale, c’est faire participer les citoyens au-delà qu’une fois tous les six ans aux élections municipales ?
Exactement. La démocratie participative est une tarte à la crème car, quand la plupart disent la pratiquer, en fait c’est une blague. On a donc réfléchi à trois piliers : s’approprier la ville, habiter la ville et une ville en sûreté. Mais sur le premier pilier, on a réfléchi à une vraie démocratie à trois niveaux : le quartier, la ville et la métropole. Pour le niveau du quartier, nous avons acquis la conviction qu’il fallait 32 quartiers à Montpellier sur la base de la ville du quart d’heure. C’est à dire qu’est-ce qu’on a dans son environnement à pied quand on descend de chez soi. Cette démocratie active au niveau du quartier s’articulerait autour d’un conseil de quartier, qui s’appuierait sur les diversités de notre ville, dans chacun des 32 quartiers avec un adjoint au maire dans chacun des quartiers. L’idée est de repenser la vie du quartier et que les habitants s’approprient leurs projets avec des budgets participatifs, des consultations citoyennes ouvertes… Et je veux aussi donner une parole aux étrangers qui habitent les quartiers et qu’ils ne soient pas mis à l’écart. Ensuite, au niveau de la ville, elle doit se recentrer. Les quartiers gèrent l’espace quotidien et la ville s’occupe des grandes politiques comme le logement, l’emploi, les mobilités… Et sur le troisième niveau, la métropole, on a constaté qu’il y avait un vrai problème à Montpellier. C’est une métropole étriquée : son littoral n’y est pas, son aéroport n’y est pas, son arrière pays n’y est pas… on a un problème.
Vous voulez élargir la Métropole ?
Non, ce ne n’est pas ce que je veux dire. Il faut s’interroger sur pourquoi on est dans cette situation. La réponse est simple. La ville-centre Montpellier impose ses choix aux autres communes. Donc, est-ce que Montpellier, en tant que métropole, est une métropole attrayante ? La réponse est non. Si vous êtes libre, est-ce que vous avez envie d’abandonner votre liberté pour rejoindre cette métropole ? Et au bénéfice de quoi ? On se le demande. Il faut que cette métropole redevienne attrayante pour les communes ou territoires qui sont autour. Et ce n’est pas un problème d’annexion, car on peut mettre en place des collaborations. Au final, on se retrouve avec des politiques décidées par Montpellier, mais les habitants et les communes de la métropole n’ont pas leur mot à dire. L’exemple absolu, c’est quand même la gratuité. Elle bénéficie principalement aux Montpelliérains, beaucoup moins aux habitants des autres communes à l’exception de celles qui sont sur les lignes de tramway. En réfléchissant à ces trois niveaux, nous sommes donc arrivés à la conclusion qu’il fallait une vraie démocratie active avec des consultations citoyennes – quartiers, ville, métropole – beaucoup plus fréquentes. Notre projet est basé sur un changement de méthode de gouvernance.
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Comment allez-vous les mettre en place ces consultations citoyennes ?
Quand on est inscrit sur une liste électorale, nous sommes associé à un numéro qui pourrait donner un accès sur une plateforme de vote en ligne. Avec les outils digitaux actuels, on peut faire des consultations citoyennes régulièrement. Peut-être qu’au début, il n’y aura que 25% de participation puis 30%, 40% et cela va progresser. Et, au moins, quand on arrivera aux élections ont atteindra 70% de participation.
Est-ce que ce n’est pas enlever une part du rôle des élus notamment ceux des autres communes de la métropole même si ceux de Montpellier absorbent l’attention ? Est-ce qu’il ne faudra pas plutôt revoir le fonctionnement des conseils de métropole ?
On peut revoir toutes les lois que l’on veut, mais aujourd’hui les gens ont un besoin de participer. Il y a eu les Gilets Jaunes avec le Référendum d’Initiative Citoyenne, c’est un vrai besoin de donner son avis. Certains demandent le mandat révocatoire, où on peut dégager les élus en cours de route, mais si on ne crée pas une respiration, que les gens ne s’approprient pas leur quartier et leur ville, on court à la catastrophe. Quand on dit que c’est un problème de fonctionnement, peut-être, mais c’est de la petite politique. Vous n’enlèverez pas le fait que dans le conseil de métropole, c’est en réalité le conseil municipal de Montpellier en taille réduite, plus les maires des communes et quelques communes ont plus de représentants. Concrètement, on en est là et cela ne peut pas marcher. Ça, c’est pour les institutions, mais il faut aussi que les élus acceptent de faire respirer plus la démocratie sinon cela ne marchera plus. Et c’est justement la base de notre projet. Un exemple, quand Georges Frêche est devenu président de Région, il est resté président de l’Agglomération et Hélène Mandroux est devenue maire. À partir de ce moment, on a eu un maire de Montpellier et un président de l’Agglomération qui étaient différents, ce qui a été le cas ensuite avec Jean-Pierre Moure.
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Au début, on disait quand même qu’Hélène Mandroux était la marionnette de Georges Frêche.
Parce que c’était Georges Frêche et que c’était Hélène Mandroux, mais la réalité c’était qu’il y avait quelqu’un qui défendait les intérêts de Montpellier et un autre ceux du territoire et qui étaient peut-être plus à l’écoute. Quand on s’est retrouvé dans le mandat précédent avec Philippe Saurel et celui-ci avec Michaël Delafosse, avec un maire-président, en gros c’est le maire de Montpellier qui intervient dans les autres communes. Cela ne peut pas fonctionner comme ça.
Vous prônez donc que le président de la Métropole ne soit pas le maire de Montpellier ?
Je suis pour que les Montpelliérains choisissent leur maire, mais qu’ensuite, pour ce qui concerne la Métropole, on le décide ensemble avec les autres communes. Si les autres communes considèrent que le maire de Montpellier fait l’affaire, il n’y a pas de problème, je suis démocrate. Mais la question est de savoir si on est en capacité d’avoir une seule personne qui à la fois défend les intérêts de Montpellier, mais lorsqu’il a la casquette métropolitaine est capable de regarder l’intérêt général de la métropole même si ce n’est pas dans l’intérêt de sa ville. Je ne crois pas, je pense que c’est trop compliqué. C’est un vrai sujet. Nous devons faire ce travail de démocratie active, mais également de gouvernance plus collective. La question au final n’est pas de savoir s’il faut une ou deux personnes, mais de fonctionner de manière plus collective. Aujourd’hui, c’est très vertical. Des adjoints avec une délégation m’ont raconté avoir appris du maire en bureau municipal la politique qu’ils allaient mener dans les mois qui suivent. On marche sur la tête. Il faut arrêter avec la verticalité et avoir enfin de l’horizontalité. C’est sur la base de la gouvernance et de la citoyenneté active que nous avons fondé tout le reste du projet. Et quand je dis tout le reste du projet, c’est comment on appréhende les mobilités, la sécurité, le développement économique, la politique du logement… Notre vision est d’acter que la croissance démographique de Montpellier va se terminer et c’est à l’échelle de la Métropole que nous devons travailler mais même à l’échelle des territoires autour : le Pays de l’Or, l’Agglo de Sète, le Pic Saint-Loup, Lunel. On est obligé de le faire.
Est-ce parce que vous êtes un ancien socialiste que vous pouvez dire qu’il faut arrêter avec l’héritage de Georges Frêche ou de s’en revendiquer et que les socialistes actuelles font cette erreur ?
Déjà, ma religion c’est la gauche et les églises, je m’en tape un peu. J’ai passé vingt ans avec eux donc je les connais très bien et j’ai bien vu que pendant vingt ans, ils n’ont été préoccupés que par la prise du pouvoir et qu’à aucun moment ils n’ont pensé à ce que l’on devait faire de Montpellier. Leur seule préoccupation, c’est comment on arrive au pouvoir et comment on le gagne. Donc, à un moment donné, moi qui n’ai jamais couru après le pouvoir, ni les mandats, parce qu’à mon âge cela ce saurait, poussé par mes amis, je ne pouvais plus rester en retrait.
D’où ma question du début de pourquoi vous vous lancez maintenant ?
Mais parce qu’à un moment cela devient insupportable. Ils n’ont aucune créativité, intelligence et vision, donc mes amis m’ont dit que je ne pouvais plus me cacher derrière mon petit doigt. Il ne s’agit pas de rompre l’héritage de Georges Frêche, car on y est arrivé, on a construit Montpellier. Port-Marianne arrive aux portes de Lattes, c’était le projet. Il est fait donc il faut en avoir un nouveau. Je ne veux pas déconstruire ce qui a été fait, mais qu’est-ce que l’on fait maintenant ? Et on ne peut faire qu’avec les autres. Le problème quand on est dans des postures, comme ceux qui n’arrivent pas à dépasser la vision qui a construit Montpellier, c’est que l’on est obligé d’aligner des politiques publiques, donc on dépense des milliards dans des travaux. Et quand on ne sait pas quoi faire, on fait tout en même temps. Mendès-France disait « Gouverner, c’est choisir ». Si vous me posez la question « Est-ce que Delafosse a tout fait mal ? Est-ce qu’il y a des choses qu’il a fait bien ? ». Mais quand on fait tout, il y a forcément des choses que l’on fait bien. S’il n’y avait pas de limite financière, moi, les huit arbres de la Comédie je m’en fous, mais il y a des limites à l’argent, donc il faut choisir. J’ai toujours dit qu’avec l’argent de ces huit arbres, on verdissait toutes les cours des écoles de Montpellier. Et c’était d’ailleurs dans le programme et cela n’a pas été fait. Donc, on additionne les chantiers, ce qui n’est pas une politique, on veut faire une carte postale, une ville instagrammable comme ils disent, et on essaye de trouver une idée électorale : la gratuité. Or, la gratuité cela doit être la fin d’un processus, pas le début. Michaël Delafosse a mis la charrue avant les boeufs. Tout ça nous a poussés à nous présenter. La majorité des gens qui sont avec moi sont effectivement d’anciens socialistes puisque de toute façon il ne reste pratiquement plus personne au PS à Montpellier. Quand j’étais secrétaire de section en 2019, il y avait 1 600 adhérents. Au dernier congrès, ils étaient 322… dans une ville ou le maire est socialiste. Et quand on parle de démocratie… Lors du congrès national du PS les deux motions étaient à 52% pour Olivier Faure et 48% pour Nicolas Mayer-Rossignol. À Montpellier, ce dernier a atteint 95% ! C’est démocratique ? Quand on a cette formation et cette mécanique, on a forcément une vision démocratique de la ville limitée.
Pour ces municipales vous avez créé votre mouvement Social, Démocratie et Écologie. Que souhaitez-vous y mettre dedans qu’il n’y a pas dans les autres partis ?
On est parti du principe de comprendre ce qu’il manquait dans la politique à Montpellier aujourd’hui et ce qui fondait notre identité. Il nous a semblé que les trois points importants qu’il manquait, c’est d’abord le social car, soyons clair, malgré le nom de socialiste il n’y a aucune vraie politique sociale à Montpellier. Quand on pose la question de la politique sociale à Montpellier, quelle est la seule chose que l’on nous répond ? La gratuité. Mais cela n’a jamais été une politique sociale. Une politique sociale, c’est quand on lutte contre la pauvreté, le chômage… Dans la dernière campagne, j’avais proposé le Territoire Zéro Chômeur. Ils ont repris l’idée, très bien, mais seulement aux Hauts-de-Massane et Grabels. Pourtant, on pouvait en faire plusieurs. Dans mon projet de 32 quartiers, si des quartiers veulent s’engager dans un Territoire Zéro Chômeur, on l’accompagnera. Pour moi, c’est la bonne échelle, car chaque quartier a son identité. Montpellier a une richesse, c’est sa diversité. Si vous regardez bien, c’est une des villes où il y a la plus grande diversité qui soit et où le Rassemblement National n’est pas très présent. Dans d’autres villes similaires, c’est tendu et je ne veux pas que ce soit le cas à Montpellier. C’est par exemple la première ville en dehors de Paris des ultra-marins, et d’ailleurs tout le monde se rappelle l’histoire du carnaval, mais est-ce que Montpellier capitalise sur cette richesse ? Nous avons plein de communautés très intéressantes, mais est-ce que l’on capitalise dessus ? J’aurai des propositions très précises à ce sujet. Nous voulons vraiment changer de mode de fonctionnement. Actuellement, il n’y a plus de transparence. Rendez-vous compte, nous n’avons plus accès aux compte-rendus des bureaux municipaux. Je n’ai jamais vu ça ! Quant à l’écologie, nous voulons de la vraie écologie. On a des projets pour les déchets, pour l’eau… Encore une fois, nous voulons une démocratie active, même sur ces sujets. J’ai envie qu’à Montpellier si des habitants veulent développer un projet dans une rue, on les accompagne et on les aide sans bureaucratiser tout ça. Le point le plus important, c’est que tout ce que nous voulons développer doit inclure du social, de la démocratie et de l’écologie. C’est quelque chose de transversale.
Vous n’êtes pas tout seul à gauche. Avec qui savez-vous déjà que vous ne pourrez pas faire d’alliance ?
Une de mes grandes fiertés, c’est la campagne (ndlr : municipales 2020) que j’ai menée avec Mohed Altrad. C’est lui qui est venu me solliciter et, en étant encore au PS, il savait que j’étais un homme de gauche. Il voulait faire l’aventure avec moi, parce que mes valeurs lui convenait, mais il voulait que ce soit ouvert. Je ne suis pas une personne dogmatique, je n’ai aucun problème à discuter et à confronter mes idées avec des personnes qui n’ont pas mes opinions politiques. Et je suis le plus heureux quand on arrive à trouver un point de convergence.
Ce point de convergence avec Mohed Altrad était-il l’économie ou vous aviez des différents à ce sujet ?
Je suis particulier, car je suis un homme de gauche mais qui a toujours travaillé sur l’économie. J’ai dirigé des entreprises et je travaille dans une chambre de commerce et des métiers qui est une des rares administrations de l’État qui s’occupe de l’entreprise privée. Je suis devenu directeur du développement économique, donc je sais de quoi on parle et avec Mohed Altrad nous avions de grands projets pour l’économie. C’est quelque chose qui me fait mal, car ceux qui sont aux affaires ne connaissent pas du tout l’économie, ils en sont étrangers. Nous avions mis dans le programme d’avoir une vraie agence de développement économique, or, j’ai eu dans mes activités professionnelles à accompagner la création d’agences de développement économique dans des territoires. Je sais très bien faire, ils ne savent pas. Et ce qui m’exaspère, c’est leur manière dogmatique de cataloguer les chefs d’entreprise à droite, les salariés à gauche, ceux aux RSA ou dans un logement social leur vote leur serait acquis… mais c’est quoi cette manière de penser ?
J’avais justement une question sur cette campagne avec Mohed Altrad. Comment avez-vous vécu le second tour ?
Mal.
Parce que vous n’avez pas compris ce qu’a fait Mohed Altrad ou parce que ça s’est mal passé ?
Cela a été le résultat d’une perte de contrôle. En politique, et surtout dans une campagne électorale, quand on a un objectif il faut garder le contrôle. J’ai vécu beaucoup de campagnes et, à un moment, on peut perdre le contrôle. Je ne blâme personne, mais quand tu perds le contrôle, c’est l’explosion en vol. Et cela a été une perte de contrôle. On peut refaire le film, mais en gros cela a été un patchwork de décisions qui n’ont pas fait un bon chandail. Je m’étais chargé de la première partie de la campagne et pour le second tour je me suis mis un peu en retrait. Et cela a été le néant.
Qu’avez-vous fait durant cette parenthèse entre les élections et votre retour au conseil municipal il y a un an ?
En fait, j’ai réfléchi. On avait eu un échange avec Mohed Altrad, car on avait des engagements mutuels, et il m’avait dit que si je demandais de rentrer au conseil, il fallait lui en parler. Je lui ai répondu que les Montpelliérains avaient choisi Michaël Delafosse, même si la participation a été très faible, mais il est légitime, c’est la démocratie, et que l’on devait attendre. Mais à un moment donné, cela nous est apparu hallucinant, donc j’ai régulièrement eu des échanges avec lui et il m’a dit d’aller au conseil. J’ai alors vraiment touché du doigt l’inconsistance absolue. Pour une ville comme Montpellier qui est la 7e ville de France, c’est triste.
Et pour revenir à la questions des alliances ?
J’aurai un problème à m’allier avec ceux qui ont défendu la politique macroniste. Quand Macron s’est présenté la première fois à la présidentielle et qu’il a été élu, beaucoup de camarades y ont cru et y sont allés. Je n’en étais pas et je leur ai dit qu’ils se trompaient. Je n’ai aucun problème à ce que ces camarades reviennent, d’ailleurs beaucoup sont revenus et disent qu’aujourd’hui Macron, c’est la droite. Nous en avons dans l’équipe. J’ai une fibre de gauche, mais si des personnes de droite ou du centre se reconnaissent dans le projet, qui je suis pour leur dire de ne pas venir avec nous ? J’ai besoin de tout le monde. Par contre, je refuserai toujours les dogmatiques, cela ne m’intéresse pas. Y compris s’ils sont de ma sensibilité politique. Les gens qui disent que la vérité c’est ça, il y a les mêmes à la mairie et nous on veut une rupture. Mon plus grand plaisir, c’est quand je réunis mes amis et qu’il y a des anciens macronistes, d’autres de la droite sociale, des anciens socialistes ou écolos et que cela discute ensemble. Et, au final, on a un projet ensemble ! Et c’est un projet de gauche, sinon je ne le porterai pas, mais auquel tout le monde adhère. Je ne citerai aucun nom avant novembre, mais il y a des gens avec nous, alors que ce n’était pas forcément leur vocation. Ceci dit, Georges Frêche quand il faisait ses listes il prenait toujours des personnes du centre-droit, voire de droite. Et il ne prenait pas des amis, il prenait des gens compétents et il n’avait pas peur de prendre des gens intelligents.
Dans la démarche de votre mouvement, est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose inspirée des Démocrates américains ?
Que l’on soit clair, au point où on en est, il n’y a pas trente-six solutions quant à l’avenir de la gauche en France. Cet avenir ne peut pas être La France Insoumise. Tant que cela reste ainsi, c’est fini. Il reste donc deux modèles. Le modèle ouvert, démocrate et d’ailleurs dans les pays du nord de l’Europe ils ont déjà compris. En résumé, on est capable d’avoir des débats internes et de respecter ce que la majorité veut. J’en ai marre de la pensée unique de gauche et que si quelqu’un pense autre chose c’est qu’il n’est plus de gauche et donc il doit partir. Comme ça, on finit à 322 adhérents au PS à Montpellier. J’ai dit que la sécurité c’était fondamental et parce que je suis de gauche, je veux la sureté dans les quartiers. Et j’en ai rien à foutre que l’on me dise que je viole les principes de ceci ou cela. Moi, mes principes et mes valeurs, personne ne va me les expliquer. L’avantage du modèle américain, c’est que le mode de fonctionnement permet d’imposer au système la volonté des citoyens. Et il y a un deuxième modèle qui est britannique où, à un moment donné, les politiques à gauche sont tellement épuisés que c’est le mouvement syndical qui reprend la main. D’ailleurs, si vous regardez bien, Sébastien Lecornu parle autant avec les syndicats qu’avec les partis de gauche sur les politiques à mener, donc la France hésite un peu. Je suis assez d’accord sur le modèle américain, mais si on était dans un vrai modèle démocrate, on fait la primaire et je vous garantie que je la plie. Or, le système français est verrouillé par les partis, mais on va faire en sorte de dégager cela. Les gens connaissent mal la démocratie américaine, mais tous les ans il y a partout des référendums à tous les niveaux. Il n’y a pas l’appréhension de l’appel au peuple comme en France où il y a toujours une forme de réticence. Je sais très bien que plein diront comme vous l’avez fait qu’il y a des représentants et que c’est à eux de faire. Eh bien non, il y a des sujets sur lesquels on interroge les habitants. Et on le fera. Même très vite.
Sur quels sujets souhaitez-vous interroger les Montpelliérains ?
Sur la mobilité, je pense que l’on ne pourra pas en sortir sans interroger les habitants de la métropole. Les choses sont complexes, donc il faudra travailler sur des solutions et proposer le modèle qu’ils souhaitent avoir. Je rêve d’un Montpellier où les habitants se prennent en main, sont acteurs de leur quartier, où la diversité est valorisée et pas stigmatisée. Je ne vais pas tout dévoiler, mais nous avons vraiment des propositions là-dessus et notamment pour s’occuper de notre jeunesse. Quand on parle de sécurité, au moins commençons par la jeunesse. Nous avons plein d’idées très intéressantes sur la sécurité, mais je veux qu’au niveau de la ville et des quartiers, notre jeunesse soit vraiment prise en charge. Je veux un pacte avec les associations dans les quartiers, les associations sportives et culturelles, que la police municipale ne se contente pas de faire de la répression, mais qu’elle aille aussi dans les écoles, faire de la pédagogie auprès des jeunes et prendre en charge ceux qui dérapent. On va reprendre le contrôle.
Il s’agit de mettre plus de fermeté ou revenir à une forme de police de proximité ?
Je ne vais pas dire plus de fermeté, mais, s’il vous plaît, juste de commencer à être ferme. Il faut juste mettre de la fermeté, parce pour l’équipe actuelle, plus le bilan est nul, plus elle dit qu’il est exceptionnel. Cela me rappelle l’adjoint pseudo écolo, Manu Reynaud, qui disait dans un journal que les Montpelliérains étaient fous de joie de la mobilité. Tout le monde éclatait de rire. Mais plus c’est gros, plus ça passe. Nous avons quelqu’un qui n’arrête pas de parler de sécurité, de lutte contre le narcotrafic et il n’a rien fait, zéro investissement. Il y a officiellement 195 policiers municipaux, dix voitures… ils disent qu’ils ont fait la brigade métropolitaine de sécurité, mais on a enlevé cent ASVP. Il y en avait 150, ils sont actuellement une cinquantaine. Quand on fait le bilan, je pense que l’on a enlevé une centaine d’agents en charge de la sécurité et les trois quarts des caméras ne marchent plus. C’est se foutre de la gueule du monde ! Michaël Delafosse n’arrête pas de parler de sécurité pour se teindre de sécurité, alors qu’il n’a rien fait. Donc nous on va faire. Quant à votre question, fermeté oui, par contre police de proximité non, car cela n’a pas d’efficacité. Je préfère que l’on s’appuie sur les acteurs de quartier, par contre il est important qu’il y ait un échange avec par exemple un interlocuteur de la police municipale dans chaque quartier. À ce sujet, cela ne me choque pas qu’il y ait des contacts privilégiés entre la police municipale et les syndics de copropriétés, les associations… car c’est comme ça que l’on créera le lien et que l’on verra tout de suite quand un jeune déconne. Pour nous, les écoles, c’est le tout premier point. On va faire une brigade qui ira dans les écoles pour faire de la prévention, mais aussi pour intervenir en cas de problème avec notamment des boutons d’alerte. Il ne s’agit pas de mettre de la police à l’intérieur des établissements, c’est simplement de prendre en considération la situation de chacun. On mettra en place une unité scolaire anti-harcèlement dans laquelle il y aura notamment des psychologues qui interviendront dans les établissements dès lors qu’il y a les premiers symptômes de harcèlement scolaire. L’idée, c’est d’éviter que cela prenne une ampleur plus importante, de désamorcer et d’accompagner les familles. On va également sécuriser les entrées et les sorties d’école, car on ne peut plus accepter qu’il y ait des dealers, donc on va mettre des cameras devant toutes les écoles. Et comme je le disais, il y aura des agents chargés de vraiment prendre en charge notre jeunesse. Je suis intervenu au conseil municipal et j’ai expliqué au maire que s’il faisait juste le prorata du nombre de policiers par rapport au nombre d’habitants, il en faudrait 400. Le problème, c’est que pour reprendre le contrôle, il faudra y mettre beaucoup plus de moyens que si l’on n’avait pas laissé faire. Quand j’ai dit au maire qu’il en manquait 200, il m’a dit que cela coûtait de l’argent et qu’on allait le lui reprocher. Mais combien d’argent il a dépensé ? C’est une blague, quand on voit combien de personnes il a recruté dans son cabinet sur lequel la justice se penche d’ailleurs. En fait, il se moque de moi et de la gueule du monde. Après il ne parle que de sécurité et il invente qu’il a un contrat sur la tête. Quand on invente ça, c’est que l’on n’est pas très clair et pas très à l’aise.
Est-ce que vous avez déjà des axes forts que vous souhaitez développer dans votre programme ?
On ne veut pas une addition de politiques publiques ou de chantiers. On veut une cohérence globale. Pour revenir sur nos trois piliers d’abord s’approprier la ville concerne toute la démocratie active, mais également les questions de mobilité, la diversité culturelle… Après, il y a habiter la ville incluant les besoins fondamentaux des habitants qui ont été abandonnés avec notamment les questions de logement, d’emploi, de commerce et tout ce qui concerne l’enfance et la jeunesse. On veut vraiment prendre en charge nos jeunes. Nous avons plein de projets à ce sujet comme sur les temps périscolaires, des apprentissages à la citoyenneté, des actions citoyennes… Enfin, la ville en sûreté qui pour nous est une condition pour que tout le reste se fasse.
Vous avez déjà des propositions à avancer dans ce domaine ?
Outre ce que je vous ai déjà présenté, on va mettre en place une unité stups au sein de la police municipale. Mais que l’on s’entende bien, on ne va pas faire de lutte contre le narcotrafic. Cela fait 40 ans que l’on nous dit que l’on va s’occuper des gros poissons et que l’on n’a pas le temps de s’occuper des petits dealers et des points de deal. D’accord, alors occupez-vous des gros poissons et nous on s’occupera des petits dealers et des points de deal qui pourrissent la vie des habitants. Je ne peux plus accepter que l’on tolère ça. Et que l’on soit clair, l’unité stups n’a pas vocation à faire des enquêtes, ni de faire le travail de la police nationale. C’est uniquement du harcèlement aux dealers que nous feront. Ce sera une brigade spécialisée, formée et entraînée à ce genre de situations. Il y aura également une brigade anti-tags pour alpaguer les tagueurs la nuit, parce qu’aujourd’hui la municipalité engage 3M€ pour le nettoyage des tags. Il y aura aussi une unité commerces qui sera là pour à la fois les contrôles de licence des épiceries de nuit, des restaurants…et surtout faire de l’accompagnement aux commerçants pour les aider. Nous ne sommes pas là dans la répression pure. Quand quelque chose n’ira pas, on le dira et on les aidera à se remettre dans les règles. Également une nouveauté qu’il n’y a nulle part ailleurs avec une unité télé-pilote drone comprenant deux agents formés qui feront du pilotage de drone à basse altitude pour faire la traque aux rodéos urbains. Comme je le disais, nous allons sécuriser les abords des écoles mais également les parcs. Ce n’est pas possible de mettre un gardien par parc donc nous allons mettre un gardien dans chaque parc à problème, comme le square Planchon et pour les autres parcs, un agent motorisé en scooter électrique fera le tour. Encore une fois, nous voulons travailler à l’échelle du quartier, donc nous allons regarder quartier par quartier comment on organise les choses et on le fera avec les habitants. À l’instar des bornes d’alerte que nous mettrons aux arrêts de tramway et aux endroits, où les conseils de quartier les jugeront nécessaires. Au passage, je suis pour l’écologie, il n’y a pas de problème, mais aujourd’hui des amies me disent que pour la première fois elles ont peur quand elles rentrent chez elles en bordure du centre-ville le soir. Après 23h, il n’y a plus de lumière. Je ne comprends pas pourquoi on ne met pas en place des détecteurs de mouvement. En résumé, nous allons moderniser la police municipale que ce soit en termes de moyens, de matériel et de formation. On passe à 600 policiers municipaux et 500 caméras à 360° qui, elles, marchent et en repositionnant certaines actuelles. Nous souhaitons ainsi mettre en place la meilleure police municipale de France pour venir en appui à la police nationale. En aucun cas il s’agit de prendre leur place, on vient les épauler, travailler main dans la main avec eux et faciliter leur travail en prenant en gestion tout ce qui est de l’ordre de la « bobologie » pour qu’ils puissent se consacrer à leurs missions régaliennes. Pour terminer sur la sécurité, je veux qu’il y ait une vraie implication citoyenne. Ce ne sera pas citoyens vigilants, mais on veut un vrai échange entre les différents acteurs (associations, commerçants, syndics…) et la police municipale. L’idée c’est d’avoir un dialogue et que l’on construise notre sureté collective ensemble.
Pour terminer, comment va s’organiser la suite de la campagne ?
Nous sommes dans la phase de présentation de notre candidature et on attaquera ensuite la présentation du projet que j’ai déjà grandement abordé avec vous. On fera sans doute en novembre un rassemblement de nos soutiens pour présenter nos grandes lignes et les axes forts de la campagne. Après, j’ai l’habitude des campagnes, on a le temps pour la liste. Mais dans ce rassemblement que l’on fera en novembre, il y aura largement de quoi faire une liste avec les personnes présentes. Et je le dis, je ne suis pas à la recherche de personnes obéissantes, je suis à la recherche de personnes qui ont plutôt du caractère et qui sont compétentes. De plus, je vous ai parlé des quartiers et de la diversité de Montpellier, donc je voudrai forcément de la représentativité et de la diversité sur la liste que ce soit dans la géographie, l’âge, la parité… Je veux mettre de la diversité dans le conseil municipal où il y en a fort peu actuellement.
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