Par
Laurent Fortin
Publié le
30 sept. 2025 à 23h59
Quelques jours avant Noël, en 2023, un technicien télécom de 52 ans, ramenait chez lui « le stock » d’armes et de munitions, détenu par son père pour se prémunir des « cambriolages » dans sa maison, à Saint-Martin-sur-le-Pré (Marne), près de Châlons-en-Champagne : malgré le décès de ce dernier en 1998, puis sa mère en décembre 2021, la question de l’avenir de cette collection n’avait jamais été posée.
Le 17 décembre 2023, donc, peu après midi, les douaniers en poste la barrière de péage d’Ancenis-Saint-Géréon, sur l’autoroute A11 avaient ainsi retrouvé des pistolets-mitrailleurs, des bandes de munitions, des chargeurs ou encore un fusil d’assaut dans la Nissan du prévenu. Interpelle, ce dernier avait ensuite été sommé de conduire ces autorités à son domicile de Vertou, où avaient été retrouvées « 8,5 tonnes » d’armes et « 3,4 tonnes » de munitions non déclarées. Ce « stock » avait été amassé « entre 1981 et 1996 », après que cet ancien « maître armurier » dans l’armée se soit mis à son compte.
L’arsenal avait alors été détruit « sur ordre du procureur de la République », a-t-il été expliqué à l’audience : tous ces objets étaient « dangereux » et « nuisibles ». Le prévenu, qui en était héritier avec sa sœur, refusait de les rendre par « attachement sentimental ».
Je me doutais que tout n’était pas en règle.
Le prévenu devant les douaniers.
« Des faits particulièrement graves »
Ce « chasseur à titre personnel » avait ainsi déjà commencé à écouler le stock de son père, spécialisé de son vivant « dans le tir d’armes réglementaires » avec son magasin. « Du Lebel au Famas » à Saint-Martin-sur-le-Pré : il avait « dépanné » des « tireurs » en se faisant « payer en liquide », a-t-il été dit au procès en l’absence du principal intéressé et de son avocat… finalement arrivé en retard.
Ce père de quatre enfants – qui touche 1 700 € par mois dans son entreprise – avait donc commis « des faits particulièrement graves » selon la représentante des douanes à l’audience.
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On parle de tonnes d’armes de guerre.
Elle voulait justifier l’amende douanière de 59 685 € correspondant à la valeur de la marchandise saisie.
Le procureur de la République avait quant à lui requis deux ans de prison avec sursis pour le sexagénaire de Vertou : il l’accusait d’avoir voulu « revendre un peu sous le manteau » par « appât du gain » ce « reliquat » d’armes de guerre « plus ou moins de collection ».
Il les vendait à des gens absolument pas autorisés… Ce dossier n’est donc pas à prendre à la légère : sans dire que monsieur est un trafiquant d’armes, on n’est jamais à l’abri d’une porosité avec d’autres délinquants.
Le représentant du ministère public.
Du sursis et 5 000 euros d’amende
L’avocat de ce « père de famille qui travaille et paye ses impôts » était finalement arrivé au moment même où le procureur de la République disait avoir « du mal à comprendre l’absence » de ce monsieur à son propre procès.
Il n’a jamais revendu d’armes à feu : ce n’était que des accessoires, comme des cagoules, des gants ou des lunettes. Qui achèterait des armes sans autorisation ? On n’est plus au Far-West ! Il n’allait pas mettre une annonce sur le Bon Coin »Vends 500 tonnes de Famas » !
Samy Robert.
Une condamnation serait donc une « double peine » pour cet homme « totalement inséré » et jusqu’alors inconnu de la justice : ce « stock » d’armes avait « une valeur assez importante » avec une « autorisation » administrative… mais « son héritage, il l’a perdu ».
Certaines armes historiques pouvaient être prêtées dans des musées ou des écoles.
Samy Robert.
Il avait donc plaidé au moins pour une « dispense de peine » au vu de la « bonne foi » de son client : « l’ensemble de la procédure » judiciaire aura « une vertu pédagogique », pensait-il. Mais le chasseur a finalement écopé de six mois de prison avec sursis, d’une interdiction du port d’arme pendant trois ans et d’une amende douanière de 5 000 €.
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