Par

Cédric Nithard

Publié le

5 oct. 2025 à 11h36

Comme tous les députés, Jean-Louis Roumégas a fait sa rentrée parlementaire ce mercredi 1er octobre. Une rentrée déroulée dans un contexte incertain et tendu durant laquelle la gauche a perdu sa majorité au bureau de l’Hémicycle. Comme beaucoup, l’Écologiste fustige l’alliance entre le socle commun et le Rassemblement National. Une alliance qui semble éloigner le spectre d’une dissolution. Engagé dans la campagne municipale à Montpellier avec le Printemps Montpelliérain, Jean-Louis Roumégas pousse également un coup de gueule contre le préfet de l’Hérault François-Xavier Lauch. 

Un « tournant » à l’Assemblée nationale

Vendredi, Jean-Louis Roumégas était à Montpellier entouré de ses partenaires – APRÈS 34 et Génération.S – réunis dans le Printemps Montpelliérain pour la campagne municipale. Deux jours auparavant, le député écologiste retrouvait le palais Bourbon où il a participé, mercredi, à l’élection des six vice-présidents et des trois questeurs de l’Assemblée Nationale et, jeudi, à celle des douze secrétaires de son Bureau. Une élection durant laquelle la gauche a perdu sa majorité, acquise en profitant d’une démobilisation dans le rang des macronistes lors d’un vote nocturne, au profit du Rassemblement National. La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (Renaissance) a en effet souhaité une répartition proportionnelle correspondant au poids des groupes et a donc cette fois mobilisé les troupes.

« On assiste à un deal entre le socle commun des Macronistes et le RN au terme duquel un Bureau a été élu sans aucun barrage républicain avec deux vice-présidents RN, deux du socle commun et deux Insoumis », observe Jean-Louis Roumégas qui fustige : « Les seuls qui se sont opposés à cette entente ce sont les Écologistes qui ont présenté des candidats alternatifs : Jérémie Iordanoff et Marie Pochon. Cela n’a pas empêché les six du bureau d’être élus avec près de 500 voix. On peut voir que beaucoup, y compris à gauche, ont joué le jeu en acceptant cette répartition proportionnelle. À l’exception des Républicains, nous avons tous été élus sur ce barrage républicain y compris les Macronistes. C’est un tournant mais ce n’est pas un tournant anodin ».

« le RN fait semblant de hausser le ton »

Mardi, Sébastien Lecornu prononcera son discours de politique générale. Son annonce de ne pas recourir au 49.3 pour adopter les textes de loi et en particulier le projet de loi de finances devait repousser la censure qui lui était promise. « Je ne peux pas imaginer qu’il fasse cela sans avoir assuré ses arrières » souffle le député écologiste qui redoute par ailleurs : « Une autre question pointe, qui a l’air de faire consensus dans beaucoup de forces politiques mais pas du tout chez nous, de revenir sur l’exécution provisoire. Mesure qui a frappé Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. On attend une initiative parlementaire sur laquelle le gouvernement ne prendrait pas position mais qui pourrait rassembler assez large ». Jean-Louis Roumégas estime donc que « vous avez tous les ingrédients pour un sursis accordé par le RN à Sébastien Lecornu. Rendez-vous dans les jours qui viennent mais malheureusement c’est ce qui se profile ».

Le 49.3 étant écarté dans le cadre du budget, les groupes à l’Assemblée pourront déposer des amendements, comme la taxe Zucman, et à chacun de trouver une majorité. Mais dans une Assemblée divisée, sans réelle majorité, aucun budget n’a été adopté par le vote depuis la dissolution. Dissolution qui semblerait s’éloigner si ce rapprochement entre le socle commun et le RN, qui appelait pourtant à revenir devant les électeurs, se confirme. Ce qui provoque d’autant plus d’incompréhension et de colère chez Jean-Louis Roumégas : « Depuis un an, le RN fait semblant de hausser le ton mais en réalité il compose avec les différents Premiers ministres pour laisser passer des politiques qui ne répondent pas aux attentes des Français. Et le socle commun n’a aucun problème à s’allier au RN pour bloquer toute réforme fiscale comme la réforme des retraites. Pourtant les gens n’en veulent pas au RN de ne pas être cohérent avec leurs propositions de rupture et de tout faire pour laisser passer et continuer la politique dont les Français ne veulent plus ».

Vidéos : en ce moment sur ActuEn cas de dissolution…

Et même si la situation actuelle ne lui convient pas, Jean-Louis Roumégas n’est pas favorable à une dissolution. « On souhaite qu’il y ait un changement de politique pour que l’on s’occupe du quotidien des Français tout de suite. La dissolution ne serait pas une solution. Ce n’est pas sûr qu’elle donne une majorité claire. Tout le monde est d’accord que la seule chose qui permettra de redéfinir une majorité claire c’est peut-être une présidentielle. Seul Emmanuel Macron en a les clés en démissionnant » plaide-t-il. Faut-il encore que la gauche soit prête à cette échéance. « Elle est en grand débat dans la perspective de la présidentielle avec des stratégies différentes. D’un côté Raphaël Glucksmann dit pas d’Insoumis comme si c’était la définition de la gauche d’exclure une partie de la gauche. C’est son choix stratégique mais j’ai l’impression qu’il s’adresse plus à un électorat macroniste qu’à la gauche. De l’autre côté, Mélenchon dit c’est moi ou personne d’autre… Et, au milieu, Marine Tondelier dit qu’il faut une primaire pour toute la gauche car c’est la meilleure façon d’assurer la présence de la gauche au second tour. Honnêtement, dire aujourd’hui comment ce débat sera tranché… je crois que c’est l’opinion publique et les électeurs qui le feront plus que les appareils. Mais, on remet le métier sur l’ouvrage tous les jours » juge l’Écologiste.

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Alors cette gauche fracturée peut-elle être efficace à l’Assemblée ? Jean-Louis Roumégas veut y croire malgré tout. « Des divisions se voient sur certaines questions mais sur les questions de fond il y a quand même une solidarité et un travail en commun qui se fait. Il y a des désaccords et des convergences ». Et même si dissolution il devait y avoir, le député se montre optimiste : « Je suis persuadé que, malgré tout, la gauche saurait s’entendre. Avec moins de force que l’année dernière car il y avait un projet et une unité affichés mais il y aurait au moins une entente électorale pour préserver l’essentiel… Je crois ». Ce qui pourrait donner une situation cocasse à Montpellier avec une gauche encore plus divisée qu’au national. D’ailleurs, dans ce cas de figure, que ferait Jean-Louis Roumégas entre les municipales et retourner à une législative ? « Je ferai ce que mon parti me dira de faire. Mais, à titre personnel, je suis engagé dans une campagne et il n’est pas question de l’abandonner. Si je dois choisir, ma priorité c’est cette campagne municipale que nous menons ici » assure-t-il. Avec sans doute en tête que le RN n’a jamais été aussi fort dans le département hors de Montpellier et que perdre la 1ère circonscription ferait mauvais genre dans l’optique de, au-delà de s’emparer de la mairie, unir le bloc de rupture de la gauche anti-Delafosse. Mais tout cela n’est qu’hypothétique. La réalité n’en demeure pas moins passionnante et source de questionnements.

Jean-Louis Roumégas choqué par le préfet de l’Hérault

Début septembre, le préfet de l’Hérault François-Xavier Lauch a donné une interview à La Gazette de Montpellier dans laquelle il a notamment été interrogé sur la lutte contre le séparatisme et l’entrisme en disant : « Je pense qu’une partie de notre territoire est sous l’influence de structures agissantes, les Frères musulmans pour les nommer. Nous travaillons depuis longtemps sur ce sujet dans ce département. Nous y avons identifié ce que l’on appelle des « écosystèmes fréristes », comme ailleurs en France » et de donner un exemple : « À la demande de M. le maire de Montpellier, une enquête publique a été organisée à la Mosson, sur la construction d’établissements publics à la place d’une salle de prière. 12 000 personnes y ont participé – soit deux fois plus que pour l’enquête sur le COM. On peut se demander si, derrière, il n’y a pas une organisation qui pilote les choses. Cette organisation, ce sont les Frères musulmans ».

Des propos qui ont fait bondir Jean-Louis Roumégas qui n’a pas caché son étonnement face au manque de réactions. « Le Préfet de l’Hérault a donné une interprétation que j’ai trouvé choquante et même un peu dangereuse. Dire que les personnes qui vont participer à une consultation sont manipulées par les Frères musulmans ! Vous vous rendez compte pour les gens qui y ont participé ? J’y ai participé comme Nordine (Maktoubi), Coralie (Mantion)… nous n’avons rien à voir avec les Frères musulmans ». Le député juge ainsi que « le préfet a catalogué toutes les personnes qui ont participé à l’enquête publique. Déjà cela stigmatise les personnes et, à ma connaissance, il n’y a pas les Frères musulmans à Montpellier même si le préfet est censé être mieux informé. Donc soit il est vraiment informé et nous donne les infos, soit il n’est pas informé et a des propos complètement irresponsables. Les gens vont s’imaginer que La Paillade c’est un repère d’islamiste. Qu’un préfet dise cela m’a beaucoup choqué et je trouve ça très dangereux. Quand je le verrai je lui demanderai de s’expliquer car ce n’est pas normal de tenir ce genre de propos ».

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