« Le Cycliste de Tchernobyl » (El ciclista de Chernobil), de Javier Sebastian, traduit de l’espagnol par François Gaudry, Métailié, « Suites », 222 p., 11 €.
« Le Dernier Afghan » (Nenaste), d’Alexeï Ivanov, traduit du russe par Raphaëlle Pache, « Rivages/Noir », 752 p., 12 €.
« Le KGB », de Bernard Lecomte, Tempus, 396 p., 9 €.
A quoi peuvent bien ressembler les anges de l’Apocalypse ? Quelles silhouettes leur prêter, quels traits leur conférer, qui soient à la mesure de leur soudaine et révélatrice démesure eschatologique ? En 1920, le peintre Paul Klee (1879-1940), au cœur d’une aquarelle dont Walter Benjamin fera une exégèse mythique, en fait un être aux dents chahutées et aux ailes déployées, écarquillant deux yeux immenses et terrorisés sur ce champ de ruines amoncelées qu’est l’histoire humaine.
En 2011, au fil du Cycliste de Tchernobyl, roman de l’écrivain aragonais Javier Sebastian, c’est une tout autre figure d’ange qui émerge du désastre : celle de Vassia, corps usé sous protection d’une double couche de manteaux aux cols relevés, sillonnant à bicyclette, talonné par des meutes de chiens errants, la cité ukrainienne de Pripiat, ville que l’« incident » de Tchernobyl, survenu à 3 kilomètres, le 26 avril 1986, a quasi vidée de toute vie et rendue, pour toujours, fantôme. Revenu sur place vivre avec les rares à y subsister, il se dépense, à l’image de son modèle historique, le physicien Vassili Nesterenko (1934-2008), en actions d’urgence humanitaires.
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