Yael Larroze dirige Less is more pour engager les entreprise dans la décarbonation. Crédit : Less is more

Yael Larroze, directeur du bureau d’études Less is more, décrypte les leviers et freins des entreprises pour améliorer leur consommation d’énergie.

Yael Larroze dirige le bureau d’études Less is more, acteur important de l’économie d’énergie à Bordeaux. Son principal secteur d’activité : le conseil en performance énergétique et en management environnemental. En clair, la structure propose de l’ingénierie environnementale afin de rendre les projets plus vertueux.

Quelles sont les actions concrètes qu’ont les entreprises pour réduire leur consommation énergétique ?
Aujourd’hui, il n’y a pas de solution miracle, sinon nous les aurions tous appliqués depuis longtemps. La consommation énergétique est propre à un usage, un secteur d’activités. Il peut y avoir énormément de choses qui influent, et également pour les particuliers. Le souci, c’est qu’actuellement, nous avons tendance à utiliser des « objectifs de moyens ». Par exemple, si nous surconsommons, nous avons tendance à nous dire « il faut isoler ». Nous, notre crédo, c’est qu’afin d’apporter la meilleure réponse au meilleur endroit, pour le meilleur usage, il faut avant tout avoir une bonne connaissance de son profil énergétique et de sa consommation. Et une fois que nous avons cerné cette consommation, nous arrivons à savoir si on a les outils et les leviers pour la réduire. Ce qu’il faut absolument éviter dans nos stratégies de masse, c’est de commencer à installer des énergies renouvelables sans avoir rénové les fondamentaux des bâtiments tels que l’isolation ou l’étanchéité à l’air. Nous pensons qu’il faut avoir une vision globale et patrimoniale. C’est-à-dire, qu’à un moment, tout le monde ne saura pas être ultra-performant partout et tout le temps. L’objectif est que certains bâtiments en compensent d’autres. En l’occurrence, les immeubles haussmanniens, par exemple, ont une limite. Je pense qu’au niveau du patrimoine, il n’est pas question d’aller isoler par l’extérieur ce genre de bâtiment. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire, mais nous sommes davantage limités. Cependant, nous savons très bien le faire sur des projets neufs, et c’est là où nous devons mettre l’accent.

Quels sont ainsi les coûts de la rénovation énergétique pour les entreprises ?
Nous ne sommes pas du tout convaincus que la surperformance passe par du surcoût. D’abord, la qualité de livraison des ouvrages dans un processus classique n’est pas bonne. Nous estimons, de notre travail, que nous sous-performons de 30%, notamment par la mauvaise mise en service des installations lorsque nous livrons un bâtiment. Nous, nous militons pour des missions d’énergie-manager, c’est-à-dire un service qui accompagne le bâtiment post-livraison et qui s’assure de la performance. Nous estimons donc, avec les projets que nous sortons aujourd’hui, qu’il y a au moins 30% d’économies à faire par rapport à une livraison classique. Ensuite, cela fait au moins huit ans que le projet de demain existe déjà. Le parc que nous pilotons tourne actuellement entre 30 et 40 kW au mètre carré, ce qui est déjà trois fois inférieur au décret tertiaire de 2030. Avec les performances que nous avons, nous sommes déjà sûrs des projections à 2050 sans aucun problème. Un autre levier, c’est que la réglementation est assez vieillissante. Nous observons qu’il y a beaucoup de surdimensionnement, notamment technique, dans les ouvrages et les bâtiments. C’est des enveloppes financières que nous travaillons, car nous pensons qu’elles doivent être récupérables.

Quels pourraient alors être les freins pour ces entreprises ?
D’abord, il y a la culture du résultat. Notre métier, depuis des années, est monté sur une culture de moyen. Nous construisons des projets qui répondent à des normes, mais sans se soucier de ce qui se passe post-livraison. Dernièrement, nous avons tout de même la nouveauté du décret tertiaire qui va plutôt aller chercher une performance et un résultat. Il ne fixe plus de moyens, mais déclare : « Dans 10, 20, 30 ans, voilà les résultats que vous devez atteindre. » Néanmoins, il y a beaucoup de mentalités à faire évoluer et arriver à se dire que ce n’est pas parce qu’on livre quelque chose de réglementaire et récent que c’est performant. La preuve en est : si cela marchait, on ne lancerait pas des projets de rénovations. Nous nous apercevons que des bâtiments livrés en 2010 sont extrêmement médiocres. Le premier frein, il est là, c’est d’acculturer probablement les clients à la performance. Ainsi, cela fait dériver sur une autre notion qui est assurément le coût global. Le raisonnement d’un projet est toujours fait à l’instant T avec des coûts d’investissement. Nous raisonnons ainsi avec des plannings extrêmement serrés. En face, nous y mettons des coûts d’opération et des coûts de travaux qui correspondent à ce qu’on est capable de générer à cet instant. Nous, ce que nous essayons de défendre dans notre raisonnement, c’est qu’un bâtiment n’a pas besoin d’attendre des années pour être performant. Aujourd’hui, nous acceptons une certaine médiocrité dans ce qu’on achète, pour ensuite remettre de l’argent afin de le mettre à niveau. Il faut une expertise qui existe peu aujourd’hui afin que l’on comprenne qu’il y a un intérêt à gagner de l’argent sur le long terme. Nous sommes persuadés que le bâtiment doit être plus collaboratif.

Le mot de notre expert partenaire :
La performance d’un bâtiment ne s’arrête pas à sa livraison : sa consommation dépend avant tout de la manière dont il est occupé. La maîtrise de l’exploitation grâce au pilotage des systèmes les plus énergivores, comme le chauffage, la ventilation et la climatisation, permet de réduire significativement les consommations. Chez Fauché Digital & Smart Solutions, nous proposons des solutions de pilotage adaptées à tous types de bâtiments, conçues pour aider les gestionnaires à optimiser leurs équipements au quotidien et obtenir un impact réel sur leurs consommations.