Par

Antoine Blanchet

Publié le

23 oct. 2025 à 6h36

On avait peu d’espoir de comprendre. Dahbia Benkired n’a pas déçu ces attentes pessimistes. Ce mercredi 22 octobre 2025, au quatrième jour du procès du meurtre effroyable de Lola à Paris, la vérité semble avoir claqué la porte de la salle d’audience. L’interrogatoire de l’accusée s’est révélé une frustrante déception. La chronologie de la mort de l’adolescente est incomplète. Déjà enfermée dans sa cage de verre, la jeune femme de 27 ans a décidé de se murer, volontairement ou non, dans la contradiction, la confusion et parfois l’insolence.

Faire ce que « Mustapha m’a fait »

Durant ces heures décisives, Dahbia Benkired livre de nouveau son gloubi-boulga de mobiles où se mêlent prise de Lyrica et vengeance contre son ex-conjoint toxique. « J’avais trop de haine en moi. Je voulais la sortir en quelqu’un », affirme-t-elle de sa voix apathique. Ce quelqu’un, c’est Lola. Pourquoi ? « J’ai pas choisi. C’est la première personne que j’ai croisée sur mon chemin ».

Mais déjà, on ne comprend pas bien. Les jours précédents, l’accusée a affirmé avoir comme projet d’origine de se rendre chez son ancien petit ami pour « le blesser avec une arme ». Mais ce mercredi, elle affirme être descendue avec des intentions seulement sexuelles. Elle réfute toutefois être attirée par les femmes, peu importe leur âge. La douche, les attouchements sur les seins et le cunnilingus imposés à la victime seraient un mimétisme de son propre vécu avec son petit ami : « J’ai voulu faire ce que Mustapha me faisait », répète-t-elle inlassablement.

Néanmoins, après une audience déjà riche en versions, une nouvelle surgit en cette fin d’après-midi. Dahbia Benkired n’avait pas pour objectif initial de tuer Lola. Le meurtre ne serait qu’une conséquence des violences sexuelles : « Vu que je l’ai violée, autant la tuer pour qu’elle n’en parle pas », affirme la jeune femme. Après le crime sexuel, elle a enroulé victime avec du scotch, provoquant son asphyxie. Quelques heures avant cette déclaration inédite à la barre, le psychologue avait déclaré dans ses conclusions que la jeune femme pourrait avait tué Lola pour couvrir son acte de pédophilie. L’accusée semble être une éponge qui absorbe l’ensemble des débats pour élaborer sa vérité.

« Elle s’est transformée en fantôme »

La cour d’assises s’est aussi penchée sur une inconnue de taille dans cette équation morbide : l’attitude de la victime. Encore et toujours, l’interrogée affirme que de la rencontre en bas de l’immeuble à sa mort, l’adolescente est restée passive. « Si elle s’était enfuie, on ne serait pas là aujourd’hui », va jusqu’à dire l’accusée. Pourtant, Lola est décrite par sa famille comme ayant du caractère. Pas du genre à se laisser faire.

« C’est pour ça que j’ai dit pendant l’enquête qu’elle s’est transformée en fantôme. C’est parce qu’elle répondait pas », continue l’accusée, imperturbable. Une déclaration farfelue, mais pas pour cette femme qui explique à la cour d’assises croire aux « djinns », sorte d’esprits présents dans le folklore musulman. « Oui, mais dans ce cas, un fantôme, il n’aurait pas pu vous dénoncer », tente le président. L’échange n’ira pas plus loin.

« C’était deux petits coups vite fait »

Si Dahbia Benkired croit au paranormal, elle ne croit pas aux conclusions de médecine légale. L’autopsie de la victime a révélé qu’elle a subi des actes de pénétration au niveau du vagin et de l’anus avant sa mort. Depuis son box, l’accusée ne peut pas expliquer. « Peut-être que pendant le cunnilingus, votre main libre est allée dans cette zone sans le vouloir », tente son avocat Me Alexandre Valois. La perche n’est pas prise par l’accusée qui continue à nier.

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Concernant les violences, Dahbia Benkired s’enfonce dans l’absurde. Les médecins ont d’abord remarqué des lésions au niveau du crâne, évoquant des coups violents qui auraient pu faire perdre connaissance à la victime. « C’était deux petits coups vite fait dans la salle de bain », rebondit l’intéressée. Après son agonie, Lola a ensuite subi une blessure profonde au couteau à la gorge et 38 coups de ciseaux dans le dos. Là encore, l’accusée minimise. Elle n’a porté que deux petits coups avec le couteau. C’est tout. Le reste, elle ne peut l’expliquer. Encore. 

“À partir de ce moment-là, j’ai commencé à la voir comme un mouton », justifie-t-elle pour expliquer ses coups. Elle poursuit : « Au bled, on écrit sur les moutons les chiffres 0 et 1. C’est pour ça que je l’ai fait sur ses pieds ». « Oui, mais au bled, les moutons, on les égorge aussi », rétorque le président, dont la voix bienveillante ne cède jamais à la colère. « Je l’ai pas fait. Si je l’ai pas fait je vous l’aurais dit », reçoit-il en guise de réponse.

La vérité n’accouche pas

L’échange entre le prétoire et l’accusée défie la science et l’évidence. Dahbia Benkired s’enfonce dans ses contradictions, mais ne cède jamais. « Je me souviens pas », « je peux pas vous dire » sont l’ultime défense lors des passes d’armes avec les toges et l’hermine. Sa vérité tourne en boucle comme un disque rayé. Elle est pourtant éloignée de la réalité du meurtre. « Vous avez commis votre crime en 1h37, c’est quand même impressionnant », souffle l’avocat général avec une admiration caustique.

« Vous avez entendu les parties civiles en quête de vérité. Vous avez l’impression que vous avez accompli cette quête ? », lui demande le président. L’accusée ne cille pas. Sa voix garde le même ton sans émotions. « Franchement oui ».

Le verdict est attendu le 24 octobre 2025.

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