Comment se passe cette tournée avec ce nouveau spectacle ?

« Pour l’instant, tout se passe très bien. Les salles sont pleines, le public est au rendez-vous, et surtout, on s’amuse énormément. C’est un vrai plaisir de retrouver la scène. »

Le premier avait connu un beau succès. Était-il facile d’enchaîner ?

« Honnêtement, oui. Pendant la tournée du premier, il y a eu le Covid, donc j’ai eu le temps d’évoluer, de changer. J’étais surtout impatiente de recommencer à écrire, de créer un texte plus proche de ce que je suis aujourd’hui. Il n’y avait pas tant de pression, juste une envie de replonger. »

Justement, cette période de pandémie a-t-elle changé votre façon d’écrire ou de voir les choses ?

« Sur le moment, oui. J’habitais seule, donc c’était très anxiogène. L’incertitude, la peur, la solitude… Tout ça m’a fait prendre conscience de la valeur des choses simples : pouvoir sortir, travailler, voir des gens. Avec le recul, on s’est réhabitués à nos vies, mais cette période a laissé une trace. »

Sur scène, vous abordez des sujets graves, mais toujours avec une touche d’optimisme… ?

« Oui, c’est une manière de voir les choses. Quand on écrit pour être entendue ou lue, il faut que ça serve à quelque chose. Je n’ai pas envie de faire du “ouin-ouin”. J’aimerais que les gens se disent « moi aussi, je ressens ça ». Peut-être que le bateau coule, mais au moins, on est tous dedans ! Et puis, il y a toujours moyen de trouver quelque chose de drôle dans le désespoir. »

Vous maniez l’autodérision avec beaucoup de justesse. Le monde en manque ?

« Je ne sais pas… Peut-être. En général, ceux qui en ont le plus besoin en ont le moins. Moi, je suis entourée de gens qui en ont beaucoup, c’est agréable. En Belgique, on a cette culture-là : on se prend un peu moins au sérieux, peut-être parce qu’on sait qu’on n’est que quatre millions de francophones. On a moins peur d’avoir l’air idiot. »

L’écriture, parfois, ça bloque ?

« Bien sûr. Parfois, on sent qu’on tient un sujet, mais qu’on n’a pas encore trouvé la bonne manière de l’aborder. C’est frustrant, on a envie d’abandonner. Mais souvent, quand ça résiste, c’est qu’il y a quelque chose d’intéressant derrière. C’est là qu’il faut insister. »

Le stand-up francophone est en pleine effervescence. Est-ce stimulant ou intimidant ?

« Les deux. Il y a énormément d’humoristes talentueux, et ça peut être déstabilisant. Mais c’est surtout stimulant : ça pousse à se renouveler, à faire mieux, à creuser ailleurs. Cette émulation est saine. »

Vous êtes passée des vidéos au stand-up. À quel moment vous vous êtes dit : “je me lance” ?

« Ce n’était pas du tout prévu. J’ai essayé une fois, juste pour voir, sans intention d’en refaire. Et puis j’ai adoré. Au bout d’un an, ça me faisait vivre, et j’ai continué. Ce n’était pas un plan de carrière, juste une envie qui a pris de la place. »

Aujourd’hui, vous écrivez aussi des romans, des chroniques, des podcasts… Vous aimez cette diversité ?

« Oui, beaucoup. J’ai réalisé un court-métrage, écrit un roman, fait des chroniques… J’aime pouvoir me demander : « Quelle forme correspond à cette idée ? » En ce moment, je découvre l’écriture de série, et c’est encore un autre langage. C’est passionnant. »

Quel rapport entretenez-vous avec les réseaux sociaux ?

« Un rapport d’amour-haine, comme tout le monde. C’est drôle, stimulant, j’y ai rencontré des gens formidables. Mais je vois aussi à quel point ça abîme la santé mentale, et le temps que ça dévore. C’est un peu hypocrite de ma part, parce que j’y poste encore des choses. Mais je culpabilise parfois de nourrir un système qui rend les gens accros. C’est compliqué, oui. »

Et au final, on fait la fête ?

Toujours. Parce qu’au fond, c’est déjà super de pouvoir le faire.

Fanny Ruwet sera salle Poirel le samedi 15 novembre