Ligue 1 (11e journée). Stade Brestois – Olympique Lyonnais : 0-0
Comment leur en vouloir ? Après tout, bon nombre d’équipes, handicapées par un scénario catastrophe précoce, l’exclusion d’Hateboer dès la 8e minute réduisant l’Olympique Lyonnais à dix, auraient sans doute fait de même. Car les hommes de Paulo Fonseca n’ont pas fait dans la dentelle, usant de toutes les ficelles pour casser le rythme et enrayer la mécanique adverse.
Une seconde période insipide
C’est ainsi que la rencontre a basculé dans une curieuse guerre de l’usure : entre les réclamations, les longues minutes passées à terre au moindre contact, ou le temps patiemment glané par Dominik Greif à chaque six mètres, les Gones ont tout fait pour empêcher le jeu de s’emballer. Une stratégie de la montre qui, in fine, leur a permis de décrocher le précieux point du nul (0-0).
« Défensivement, aujourd’hui, on n’a rien eu à faire. Ce qui est compliqué aussi, c’est qu’en deuxième mi-temps, je pense que les gens n’ont pas trop apprécié le match. On a dû jouer 15 minutes sur 55. Ça fait partie du football, mais c’est sûr que c’est frustrant », résumait Kenny Lala, conscient que le spectacle n’était pas au rendez-vous.
Une « tactique », ou plutôt une ingéniosité de survie, que Jorge Maciel, l’adjoint de Fonseca (toujours suspendu), n’a pas cherché à renier. « L’analyse, c’est que c’est un jeu d’hommes. Je ne pense pas que ce soit de la malice. C’est faire le contraire qui serait une bêtise, expliquait-il en conférence de presse. Il faut qu’on apprenne, on est un groupe qui n’a pas beaucoup de maturité. Il faut être intelligent. On n’a pas perdu de temps pour perdre de temps. »
Même Dominik Greif a prétendu avoir des crampes pendant la rencontre. (Photo Vincent Le Guern)« Pas faute d’avoir essayé d’expulser un de nos joueurs »
Si le match s’est révélé terne, c’est en partie à cause de cette litanie d’arrêts de jeu et de coups de sifflet. Eric Roy, l’entraîneur brestois, n’a cependant manifesté aucune surprise, dégainant son ironie mordante habituelle.
« Je ne suis pas étonné. J’ai déjà expérimenté ça quand il (Jorge Maciel) était entraîneur adjoint à Lille. Il envoyait des ballons sur le terrain pour ralentir le jeu. Quand on partait en contre-attaque, quand on essayait de revenir au score, rappelle-t-il, un brin désabusé. Après, c’est à l’arbitre de faire respecter les lois du jeu. Je peux comprendre. Par contre, j’espère que Tolisso va bien parce qu’il a dû rester au moins 10 minutes par terre pendant tout le match. J’espère sincèrement qu’il va bien parce qu’il doit rejouer dans 4 jours. Dans tous les cas, ce n‘est pas faute d’avoir essayé d’expulser un de nos joueurs. »
Côté lyonnais, Jorge Maciel n’avait pas la même analyse et mettait plutôt en avant la capacité de son jeune groupe à ne pas s’être énervé, au risque de finir à neuf. « On a perdu de temps aussi parce que Coco a pris six, sept fautes qui n’ont pas été sanctionnées d’un carton jaune. Je pense qu’il faut le dire, parce qu’on a fait six fautes et on a été sanctionné d’un carton rouge. Bien, très bien, l’arbitre. De l’autre côté, 19 fautes et un carton jaune ? Coco (Tolisso), il a pris pas mal de coups dans la cheville, notamment de la part d’Ajorque qui je pense a fait au moins six fautes. Tous sont limites, et il finit le match sans carton, donc bon… C’est là où il faut être malin, ne pas perdre la tête, et ça je pense qu’on l’a très bien fait. On a bien maîtrisé. Des fois, on se met un peu le feu avec les arbitres : là, je pense qu’on a été stables. La malice, c’est important, la bêtise, il faut qu’on arrête. »
Malgré son amertume palpable, l’entraîneur brestois reconnaissait bien volontiers que cette rouerie faisait partie du jeu. « C’est l’expérience. Ces équipes sont capables de ralentir le jeu. Après, je pense qu’on a manqué un peu de vices pour pouvoir faire aussi bien. »