Tribune — Interdire Shein en France : urgence morale, sanitaire et démocratique
Scandale des “poupées sexuelles” : la ligne rouge est franchie.
Le 1ᵉʳ novembre 2025, la DGCCRF a saisi le procureur après avoir constaté la vente, sur Shein, de poupées sexuelles à apparence enfantine — des contenus à caractère pédopornographique selon l’administration. Le ministre de l’Économie a menacé d’interdire l’accès au site en cas de récidive ; Shein est convoquée par les députés. Cette affaire n’est pas une “bavure” : c’est le symptôme d’un modèle sans frein, prêt à monétiser l’indicible tant qu’il y a un clic au bout. Presse – Ministère des Finances+2Le Monde.fr+2
Un casier déjà chargé.
Amendes pour pratiques commerciales trompeuses (40 M€ en France), sanction CNIL (cookies, 150 M€), enquêtes sur des produits potentiellement illégaux : l’addition morale et juridique s’allonge. Ajoutons l’empreinte sociale et environnementale d’un système d’ultra-fast fashion qui banalise le jetable, étouffe les filières locales et sature la planète de déchets. Reuters+2Reuters+2
Le paradoxe français.
Au moment même où la France muscle son arsenal anti-fast-fashion (éco-surtaxe, restrictions de publicité, sanctions jusqu’à 10 € par article d’ici 2030), Shein cherche à s’enraciner physiquement à Paris. Jusqu’où tolérerons-nous ce contresens ? Carbon Credits+2manifest.co.uk+2
Dire “stop” n’est pas un geste symbolique, c’est une politique publique.
La protection de l’enfance, la loyauté commerciale et la transition écologique ne se négocient pas à la caisse d’un géant mondialisé.
Plan d’interdiction : comment faire, dès maintenant1) Voie exécutive et administrative (immédiate)
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Mise en demeure + réquisition numérique DGCCRF : en cas d’illégalité ou de produits dangereux, la DGCCRF peut limiter, déréférencer ou bloquer l’accès à un site/app. Déclencher une procédure graduée (mise en conformité sous 48–72 h, puis blocage ciblé en cas de manquement). Economie.gouv.fr+1
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Fondement “pédopornographie” et DSA : le Digital Services Act impose le retrait rapide des contenus illégaux ; en cas d’inexécution répétée, escalade vers des injonctions et sanctions, jusqu’à la restriction d’accès. Coordination DGCCRF–ARCOM–CNIL pour verrouiller le canal publicitaire et les pratiques de traçage. vie-publique.fr
2) Voie législative (rapide)
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Amendement au projet/à la loi “anti-fast fashion” : insérer une clause d’exclusion du marché pour les plateformes sanctionnées à raison de faits graves (pédopornographie, contrefaçon systémique, tromperie réitérée, manquements aux retraits DSA), avec peine complémentaire de blocage d’accès après décision de l’autorité/juridiction compétente. Reuters
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Publicité interdite : étendre l’interdiction de publicité et de sponsoring aux acteurs classés “ultra-fast fashion” et sous injonction, pour tarir l’acquisition d’audience (alignement avec la philosophie du texte en cours). business-humanrights.org
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Rôle du juge : prévoir la possibilité, en cas de condamnations pénales/administratives graves, de prononcer le blocage du service pour une durée déterminée, réversible uniquement sur preuves d’assainissement (contrôle tiers indépendant). (Inspiration des peines complémentaires numériques déjà prévues pour d’autres infractions.) Légifrance
3) Voie européenne et commerciale (structurelle)
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Côté UE (compétence tarifs) : la France ne peut pas taxer unilatéralement les importations chinoises (politique commerciale commune). Elle peut en revanche porter à Bruxelles :
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l’extension du CBAM/mécanismes carbone au textile ;
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des mesures de sauvegarde/anti-dumping ciblées ;
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la réforme du “de minimis” pour les petits colis qui contournent droits et contrôles. (Objectif : faire cesser l’avantage systémique des micro-envois.)
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Au niveau national : éco-surtaxes prévues par la loi française anti-fast-fashion (5 € par pièce en 2025, jusqu’à 10 € en 2030, plafonnées à 50 % du prix) + éco-score textile et malus renforcés pour “ultra-fast”. Carbon Credits+1
4) Démocratie directe et mobilisation citoyenne
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RIP (référendum d’initiative partagée) : requiert 1/5 des parlementaires + 1/10 du corps électoral (≈ 4,7 millions de signatures). Cible : loi d’interdiction/encadrement très strict des plateformes récidivistes, verrouillant publicité, paiement et logistique. (Difficile, mais structurant.)
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Pétitions nationales : consolider les pétitions existantes (contre l’implantation de Shein au BHV, pour l’interdiction des ventes illicites) et déposer formellement auprès :
– de l’Assemblée nationale (conférence des présidents),
– du Sénat,
– du CESE (saisine citoyenne)
avec demande d’auditions publiques et calendrier. AP News+1 -
Référendums locaux consultatifs (Ville de Paris, métropole) : sur la présence physique d’enseignes “ultra-fast” dans des équipements emblématiques et les conventions d’occupation, pour créer une pression politique ascendante.
5) Dispositifs d’exécution (pour que ça tienne)
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Guichet “Retrait 24 h” : exigence de retrait en 24 h des contenus illicites signalés par autorités qualifiées (DGCCRF, OCLCTIC, ARCOM), avec journalisation publique.
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Contrôles tiers indépendants (audit social, traçabilité, substances chimiques, conformité jeune public).
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Couper les tuyaux :
– paiements (PSP : suspension de services en cas d’injonction),
– pubs (interdiction de diffusion, sanctions aux régies),
– logistique (suspension d’acheminements par opérateurs publics quand une interdiction est en vigueur). -
Clause de réversibilité : la ré-autorisation ne peut intervenir qu’après preuve d’assainissement et probation (12–24 mois) avec astreintes.
Pourquoi l’interdiction est légitime
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Protection de l’enfance : la commercialisation de produits à caractère pédopornographique disqualifie l’opérateur. La société doit tracer une ligne claire : tolérance zéro. Presse – Ministère des Finances+1
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Loyauté des marchés : condamnations répétées pour tromperie et données personnelles ; concurrence déloyale face aux acteurs respectant les règles. Reuters+1
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Transition écologique : la loi française contre l’ultra-fast fashion a un sens uniquement si elle ne laisse pas de passe-droits aux champions du jetable. Reuters
Conclusion. À ce stade, “amender” Shein ne suffit plus. Nous devons l’interdire en France, au moins tant que l’entreprise n’aura pas apporté la preuve, vérifiable et durable, de sa conformité éthique, légale et environnementale. C’est une question de cohérence nationale et de protection des plus vulnérables.