Vincent Munier, originaire des Vosges, parcourt inlassablement les espaces naturels du monde entier. Il est d’ailleurs en ce moment même au Bhoutan. Si le Musée des beaux-arts l’a invité à exposer dans ses vénérables collections, ce n’est pas uniquement parce qu’il est un voisin. Il est aussi l’un des plus talentueux photographes animaliers. Ses choix esthétiques, ses flous assumés, sa propension à sortir de la carte postale habituelle ont tapé dans l’œil de Céline Marcle et Dominique Jacquot, conservateur du musée, commissaires de « Lumières sur le vivant ». C’est la première fois qu’une large place est faite à un contemporain, dans des collections qui courent des primitifs italiens et flamands au XIX e  siècle.

Une mémorable rencontre avec un chevreuil à 12 ans

Vincent Munier ne se vit pas comme un artiste, pour autant son travail n’est pas que documentaire. Sa dimension artistique saute aux yeux lorsqu’il est mis en regard de toiles de maîtres. Les galeries du Musée des beaux-arts ont fait place à près de 80 tirages grand format de photographies emblématiques ou moins connues de Vincent Munier, tirages supervisés par l’équipe de ce dernier.

Né en 1976, il a 12 ans quand, après une nuit d’affût, un chevreuil passe devant son objectif. Depuis ce moment fondateur, il est allé partout. Une mémorable rencontre avec des loups blancs en 2013 a largement contribué à sa renommée, tout comme ce César du meilleur film documentaire en 2022 pour La Panthère des neiges , avec Sylvain Tesson. Un nouveau film arrive, Le Chant des forêts , en avant-première au Star à Strasbourg le 27 novembre, au Théâtre du Peuple de Bussang le 28 novembre.

En dialogue, des œuvres de la Renaissance à aujourd’hui

Le spectateur chemine dans une exposition pensée comme une balade en forêt par les scénographes de l’atelier Aile 2 , entre pépiements d’oiseaux, chant du loup, et discrètes senteurs boisées. Des spécimens du Musée zoologique font écho à sa réouverture. Le parcours est l’occasion de redécouvrir des toiles qui, pour certaines, dormaient dans les réserves. De véritables trésors ont été tirés des collections des Beaux-Arts, mais aussi du Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, du Musée Tomi-Ungerer ou du Cabinet des estampes et des dessins. Les œuvres dialoguent avec des photos, par associations.

Des toiles de Claude Gellée dit le Lorrain, né à Chamagne (où a grandi Vincent Munier); racontent une quête de la lumière en peinture au XVII e siècle. Les expressifs animaux de Karl Andreas Ruthart, restaurés pour l’occasion, voisinent avec une panthère camouflée. La précision d’exécution des troncs et rochers de Théodore Rousseau, peintre de Barbizon, au XIX e  siècle, évoque la photographie. Place au mystère avec ce triptyque de circonstance associant Gustave Doré, Antoine Chintreuil et Vincent Munier. Forêts majestueuses et jeux d’ombres. Une magnifique Création de Johan Melchior Bocksberger, du XVIe siècle, a elle aussi toute sa place, de même que ces pépites trouvées dans le fonds du Cabinet des estampes : une étude de biches de Jan I Brueghel, de 1615, une eau-forte de Jacques Callot, de 1629-1630, ou encore des cerfs en mouvement du photographe Eadweard Muybridge.

Une série de cyanotypes, tirages au grain particulier qui ne dépareillent pas dans un musée, fait le lien avec le père du photographe, Michel Munier. Ce défenseur des forêts et du grand tétras a tout à voir dans l’engagement du fils.

Une salle « en blanc », avec les tirages les plus connus, aligne loups, ours polaires ou rennes sauvages. Images splendides, devant lesquelles il ne faut pas hésiter à s’émerveiller.

Jeudi 6 novembre de 16h à 20h, accès en avant-première à l’exposition. Du 7 novembre 2025 au 27 avril 2026 au Musée des beaux-arts, au palais Rohan, 2 place du Château.