À la veille de sa participation jeudi à un sommet sur le climat à Belem, le président français a visité Salvador, dans le nord-est du Brésil, qui fut l’un des points d’arrivée majeurs des esclaves africains déportés.
Emmanuel Macron a prôné mercredi à Salvador de Bahia, au Brésil, une relation transatlantique «réinventée» pour que le «triangle de douleur» qui a lié l’Europe, les Amériques et l’Afrique au temps de l’esclavage se transforme en «triangle amoureux». À la veille de sa participation jeudi à un sommet sur le climat à Belem, le président français a visité Salvador, dans le nord-est du pays, qui fut l’un des points d’arrivée majeurs des esclaves africains déportés et est aujourd’hui le foyer vibrant de la culture afro-brésilienne.
Il s’est offert plus d’une heure de déambulation dans les rues du quartier historique du Pelourinho, au son des percussions et au rythme des danses traditionnelles et des groupes de capoeira, cet art martial afro-brésilien dont la région de Bahia est un berceau. Dans une cohue chaleureuse, à des milliers de kilomètres de la crise politique qui a fait plonger sa popularité au plus bas en France, il s’est essayé à taper sur un tambour et a esquissé quelques pas de danse.
«On retrouve ici la France, l’Europe, le Brésil, l’Afrique», a-t-il dit dans la soirée en ouvrant le festival «Notre futur – Brésil-France, dialogues avec l’Afrique», un des temps forts de la «Saison France-Brésil» qui a scandé l’année 2025. «Ce triangle, qui a été un triangle de douleur, d’exploitation, de route de la honte, on est en train d’en faire (…) un triangle amoureux», a estimé Emmanuel Macron en rappelant le commerce triangulaire au cœur de la déportation d’esclaves africains.
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«Dialogue» contre «repli»
Le chef de l’État a aussi visité une galerie dédiée au photographe et anthropologue français Pierre Fatumbi Verger (1902-1996), qui joua un rôle pionnier dans la mise en évidence de l’héritage africain au Brésil. Autres étapes du parcours d’Emmanuel Macron: la Maison du Bénin, ainsi qu’une exposition de l’artiste contemporain béninois Roméo Mivekannin. Pour la présidence française, «cette visite à Bahia s’inscrit dans la politique de refondation et de renouvellement de notre relation avec l’Afrique», au moment où les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines sont souvent distendues, voire glaciales comme au Sahel. La culture est un point fort de cette «refondation», fait-on valoir dans l’entourage du président français, qui a enclenché une démarche de restitution des «objets volés pendant l’époque coloniale».
Selon le ministre béninois des Affaires étrangères Shegun Bakari, également présent, la restitution par la France de 26 objets du trésor royal d’Abomey au Bénin en 2021 est ainsi un geste «fort» pour «bâtir un futur en conscience» là où, «il y a des siècles, on nous a forcés à créer un lien, une histoire douloureuse». Plus largement, Emmanuel Macron a appelé la jeunesse à préférer le «dialogue» au «repli», dans cette «époque bousculée par les incertitudes» qui nourrissent «la colère» voire le «complotisme». «Il y a une autre manière d’habiter notre époque», «c’est de se réapproprier son passé», «comprendre d’où l’on vient», et «réinventer des routes qui ont existé en les choisissant», a-t-il dit.
Selon l’Élysée «Bahia, c’est un point d’étape». «On se donne rendez-vous également à Nairobi en mai, pour le nouveau sommet Afrique-France qu’on organise pour la première fois dans un pays anglophone», a souligné la présidence française. Jeudi, Emmanuel Macron se rendra à Belem, en Amazonie brésilienne, pour prononcer un discours au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement réunis par le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva avant le début de la COP30, conférence de l’ONU sur le climat. Il terminera sa tournée vendredi à Mexico où il sera accueilli par la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, un an après sa prise de fonctions.