Publié le
7 nov. 2025 à 8h14
Vous ne le savez peut-être pas, mais la faculté de médecine de l’Université catholique de Lille peut recevoir des legs particuliers : des personnes peuvent y faire don de leur corps. Pour leur rendre hommage, une cérémonie est organisée samedi 8 novembre 2025 à Lille, au cimetière du Sud. Une stèle hommage y a été installée.
Rencontre avec Guillaume Ficheux, médecin généraliste, enseignant à la faculté de médecine de la Catho et docteur du centre de santé des étudiants du campus Vauban, responsable du laboratoire d’anatomie.

Les étudiants de médecine ont des cours sur de « vrais » corps. ©Fac de médecine/Université catholique de Lille
Que signifie « donner son corps à la science » ?
Il s’agit en fait de léguer son corps à une faculté de médecine, à des fins d’enseignement médical et de recherche.
Cette pratique a été encadrée plus précisément depuis peu. Pourquoi ?
Jusque 2022, il n’y avait presque rien sur l’encadrement légal du don de corps, juste une précision sur le délai d’acheminement du corps. Mais en 2019 a été dévoilé ce qu’on a appelé « le charnier Descartes », à l’Université de Paris-Descartes, le plus grand centre de dons de corps d’Europe, avec des conditions de conservation indignes pour les donneurs. Cela a conduit à une législation.
Combien de corps recevez-vous par an ?
Nous sommes un petit centre de dons, avec environ 5 corps par an. Le plus gros centre accueille 150 corps. On compte 27 centres en France, 25 dépendant de facultés publiques, un d’une structure hospitalière et un seul et dernier d’une université catholique. Le dernier chiffre en France évoquant le don de corps est de 3000 personnes par an.
Comment les conservez-vous ?
Nous avons une salle de conservation des corps, nous les embaumons, c’est-à-dire avec une injection de produits.
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En quoi étudier sur de « vrais » corps est-il important pour les futurs médecins ?
C’est indispensable à la formation ! Malgré les outils numériques en 3D et numérisation, que nous utilisons aussi, nous avons beaucoup de cours magistraux, de polycopiés, de schéma à la craie… Rien ne remplace le corps humain pour la visualisation tridimensionnelle et aussi pour le lien entre les organes.
Est-ce difficile pour les étudiants ?
La dissection se pratique en 2e et 3e années, pas en première année. Ce n’est pas obligatoire, mais 90 % des étudiants en médecine acceptent de la pratiquer. Souvent, ceux qui renoncent ont connu un deuil récemment. Il y a un vrai accompagnement, avec beaucoup d’explications avant la première séance.
Notre conseil principal est de se focaliser sur l’organe à étudier, le corps devient le temps de la séance un « objet d’études ». Nous réunissons les conditions pour que cela se passe au mieux : seule la région de l’étude concernée est visible, le reste du corps est caché par des draps stériles. Très peu de cours se passent au niveau du visage, sauf pour les spécialités en chirurgie. Et là encore, on installe des draps pour se focaliser sur une petite partie.

Une nouvelle stèle est apparue au cimetière de Lille cet été en mémoire des donneurs de corps à la fac de médecine de la Catho. ©Fac de médecine/Université catholique de Lille
Samedi 8 novembre, une cérémonie particulière aura lieu à Lille pour la première fois. De quoi s’agit-il ?
Chaque année, nous faisions une intention de prières à nos donneurs lors de la messe des défunts. Cette année, pour la première fois, notre comité d’éthique, en lien avec les nouvelles obligations légales, a décidé d’organiser une cérémonie laïque au cimetière, ce qui est cohérent car nos donneurs ne sont pas tous chrétiens.
Une nouvelle stèle a fait son apparition cet été au cimetière du Sud, rue du Faubourg des Postes à Lille. Elle est située section 91 (face à la section 48), emplacement n° 10, à proximité de la Porte de l’Arbrisseau. Elle a été érigée à la mémoire des personnes ayant généreusement fait don de leur corps à la faculté de médecine de l’Université catholique de Lille. Samedi 8 novembre, rendez-vous (entrée principale à 11 h) y est donné à tous pour une cérémonie commémorative.
Cette stèle n’est pas qu’un lieu d’hommages et de mémoire. Elle a une particularité : les cendres des personnes ayant donné leur corps peuvent désormais être dispersées au pied de cette stèle. Avant, elles étaient pour la plupart dispersées au Jardin du souvenir du crématorium d’Herlies.
Quel est le profil des personnes qui donnent leur corps à la science ? Si elles ont de la famille, comment ça se passe ?
Souvent, elles n’ont plus de famille ou ne veulent pas les déranger. C’est vraiment un choix personnel, à faire de son vivant avec une démarche officielle.
Le corps doit être acheminé très peu de temps après la mort pour des questions de conservation, en 48 heures maximum. Donc des funérailles sont impossibles en ce laps de temps. Quand il y a de la famille, souvent, les proches géographiquement ont le temps de voir le corps avant le départ au centre de dons choisi, mais les plus éloignés non. La famille peut faire une cérémonie sans corps.
Après les « travaux anatomiques », la famille peut si elle le souhaite récupérer le corps ou les cendres pour les mettre dans le caveau familial par exemple, ou les disperser selon son choix. Les facultés de médecins peuvent garder le corps au maximum pendant 2 ans, voire 3 ans mais il faut une justification.
Comment donner son corps à la science ? Quelle procédure ?
Le don se fait auprès du centre le plus proche de son domicile. La démarche doit être faite de son vivant par la personne concernée. Lille compte 2 centres, l’Université de Lille et l’Institut Catholique. La démarche de don est très encadrée, il faut d’abord adresser une demande de dossier par courrier postal (les coordonnées de tous les centres de don sont ici). Puis, la personne reçoit un dossier avec le document d’information national, le document d’information spécifique du centre (ces documents sont également disponibles en ligne sur notre site), et une déclaration de consentement au don qu’il faudra remplir et renvoyer. Le centre enregistre alors le don et délivre la carte de donneur.
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