Par

Emil Vautrin

Publié le

7 nov. 2025 à 19h04

Napoléon III, le prix de l’audace, une série sur Louis Napoléon Bonaparte, alias Napoléon III, sera diffusée à partir du 26 novembre su Canal+ Docs et Planète+. Éric Anceau, historien spécialiste de cette période ainsi que du personnage, a assisté le réalisateur Édouard Jacques sur le projet.

Aujourd’hui professeur à l’Université de Lorraine à Nancy (entre autres), nous l’avons rencontré pour revenir sur cette série documentaire innovante, et plus globalement sur la figure de Napoléon III. Entretien.

Une série innovante renforcée par l’IA

Eric Anceau a eu plusieurs fonctions lors de mise en place de l’œuvre. D’abord, aider au « séquençage » de la série, c’est-à-dire déterminer les aspects les plus importants à aborder durant les quatre épisodes. Et bien sûr, un rôle de consultant historique : « Sur ce point je n’ai eu que quelques détails à corriger, car l’équipe était très au point historiquement ». 

Lorsqu’Éric Anceau explique pourquoi il a accepté de donner de son temps pour la série, il explique cela par deux raisons : « Premièrement, j’ai tout de suite vu qu’Édouard Jacques avait un réel intérêt pour Louis Napoléon Bonaparte, il avait énormément lu sur le sujet. »

La place de l’intelligence artificielle (IA) dans l’œuvre l’a également séduit. D’après ses explications, cette dernière représente quasiment « les deux tiers de la série » (quatre épisodes de 52 minutes), qui fait appel à des acteurs professionnels ainsi qu’à des doubleurs de métier, mais s’appuie quasi essentiellement sur l’IA pour les illustrations.

« L’IA donne un résultat vraiment impressionnant car cela permet d’avoir un réalisme quasi parfait en ce qui concerne le physique des personnages, en particulier celui de Napoléon III. Je ne doute pas du succès de la série ».

Eric Anceau
Historien, consultant pour la série Napoléon III, le prix de l’Audace

La figure de Napoléon III

La rencontre avec Éric Anceau était également l’occasion de revenir sur les grands aspects de Louis Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er, dont l’impact est parfois assez méconnu.

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« Si je devais définir Napoléon III en quelques lignes, je parlerais d’un homme très cultivé, ayant beaucoup lu, qui a mené un programme politique intellectuel et pragmatique, mais toujours articulé autour de quelques principes fermes. »

Parmi ces grands principes, Eric Anceau insiste notamment sur l’importance de la politique sociale et le principe des nationalités (droit d’un peuple à son indépendance).

Un impact positif souvent sous-estimé

Sur l’impact de Napoléon III et sa popularité auprès du grand public, Éric Anceau se félicite de son relatif retour au premier plan, en donnant un exemple précis :

« Je me souviens de la diffusion en 2005 d’une émission de télévision dans laquelle on demandait aux Français de classer les 100 plus grands Français selon eux. À l’époque, Louis Napoléon Bonaparte ne figurait même pas dans les 100. Aujourd’hui, il est bien plus mis en avant, notamment dans les programmes scolaires au lycée ».

Et si le dernier Empereur des Français mérite qu’on l’étudie, c’est notamment pour toutes les grandes avancées qui ont été réalisées durant sa présence au pouvoir, explique le spécialiste :

« On l’oublie souvent mais la politique de Napoléon III a amené des avancées primordiales sur beaucoup de points : l’amélioration voire la naissance des réseaux ferroviaires; l’arrivée du droit de grève en 1864 ; le développement du suffrage universel masculin ; la transformation de la ville de Paris par Haussmann. »

« Même sur le plan international, on peut évoquer son rôle dans l’unification italienne ou celui encore plus majeur dans la création du Canal de Suez ».

Malgré quelques erreurs à ne pas omettre

Toutefois, Éric Anceau n’omet pas les erreurs commises par Napoléon III, comme sa « mauvaise gestion de l’expédition mexicaine débutée en 1861″, précisant qu’il a vraisemblablement été mal conseillé », ou le fait de s’être illusionné sur Bismarck« , menant en partie à la guerre de 1870, et donc à la chute de l’Empire.

En ce qui concerne les controverses et les critiques à l’encontre de Napoléon III, l’historien ne nie pas le caractère très autoritaire du régime, qui démarre sur un coup d’État en 1851, mais rappelle que ce dernier s’est grandement libéralisé à partir de 1860 :

« On distingue nettement deux phases et il ne faut pas oublier que la seconde partie de l’Empire a connu l’arrivée de plusieurs mécanismes comme le droit d’interpellation, la responsabilité du gouvernement devant le Corps législatif à partir de janvier 1870, et même l’apparition de la déclaration de politique générale du chef du gouvernement, qui existe encore aujourd’hui ».

Le succès de « sa » Nouvelle histoire de France

Eric Anceau est également l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages. Depuis le 1er octobre dernier, « Nouvelle Histoire de France, 100 historiens et historiennes racontent la France » publié aux éditions Passés/composés, est disponible dans de nombreux points de vente. Dirigé par le spécialiste de Napoléon III, ce dernier a souhaité s’entourer des meilleurs dans chacun des thèmes abordés.
« L’objectif était de proposer une histoire encyclopédique qui réunisse les meilleurs, articulée autour de quatre grandes parties, couvrant la plus large période temporelle possible, de la Préhistoire à nos jours ».
« L’ouvrage semble plaire au plus grand public puisqu’un retirage de 10 000 exemplaires a déjà été réalisé », annonce Éric Anceau, satisfait.

Le premier épisode de Napoléon, le prix de l’audace sera diffusé mercredi 26 novembre à 20h55 sur Planète+.

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