Pour rendre immédiatement solide son argumentaire, CNN commence par fournir des chiffres. “Historiquement, dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les Français consommaient en moyenne 700 grammes de pain par personne et par jour, contextualise le média américain. Selon la Fédération des entreprises de boulangerie, ce chiffre est tombé à 113 grammes en 2015. Aujourd’hui, il a encore baissé pour atteindre 99 grammes, soit un peu moins d’une demi-baguette par jour.”

Difficile à croire ? Pour appuyer ses propos, le site de la chaîne de télévision basée à Atlanta dévoile une autre statistique. “Dans une enquête réalisée auprès des consommateurs en 2023 par la Confédération nationale des boulangeries-pâtisseries françaises (CNBPF), plus d’un tiers (36 %) des 1 000 personnes interrogées déclarent avoir réduit leur consommation de pain au cours des cinq dernières années.” Deux indices qui suffisent à CNN pour dresser un constat inquiétant dès le titre de son article : “L’avenir de la baguette est incertain”.

Des boulangeries sans baguettes

Car si la consommation de pain diminue en général à cause des habitudes alimentaires qui changent, la baguette apparaît particulièrement en souffrance, et ce, avance le site d’information, à cause de l’essor des “néoboulangeries”. “Une nouvelle génération de commerces qui utilise des céréales anciennes et de la farine biologique, vend des pains au levain aromatiques à fermentation longue et fabrique moins de baguettes. Voire plus du tout”. À l’image de la boulangerie-pâtisserie rennoise Seize Heures Trente, par exemple, qui a décidé de ne pas proposer ce produit emblématique de la tradition française.

“Pour la propriétaire Marion Juhel, il s’agit d’un produit très énergivore, relate le média anglophone, peu nutritif et à courte durée de conservation, ce qui cause un gaspillage alimentaire excessif.” D’autres boulangers interviewés par le site américain affirment eux aussi ne plus proposer de baguettes, pour privilégier des produits types “pain de campagne” à la durée de vie plus longue et qui seraient plus facile à digérer grâce à un temps de fermentation plus long.

Problème, ces types de pain, très populaires surtout dans la capitale, sont aussi souvent plus chers. “Une baguette tradition coûte environ 1,30 euro, alors qu’un morceau de 500 grammes de pain ‘spécial’, souvent vendu au poids, peut coûter jusqu’à 7 euros”, avance CNN. Des différences qui font dire à Éric Kayser, célèbre boulanger à la tête d’un petit empire, que ces “nouveaux” pains sont “bien plus chers”, et “pas à la portée de tout le monde”. Une ligne de défense dictée par une certaine peur du futur ?

Pas du tout, assure l’homme au média américain, “les gens adorent la baguette, elle n’est pas du tout en danger”. Le président de la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française, Dominique Anract, lui, se montre un brin plus prudent. Sa conclusion est aussi celle qui clôt l’article de la CNN : “Nous devons nous adapter. Les boulangeries ont toujours traversé des crises, mais nous avons toujours su nous réinventer.”