Par
Nicolas Zaugra
Publié le
11 nov. 2025 à 7h10
En février 2025, le très populaire restaurant « Bouillon Baratte », une brasserie lyonnaise du 1ᵉʳ arrondissement située près de la rue de la République et des Terreaux, était condamné par le tribunal correctionnel de Lyon pour « pratique commerciale trompeuse » en raison de son mauvais usage du label « Fait maison ».
Le gérant, Arthur Buchard, a écopé d’une amende de 2 000 € entièrement assortie du sursis. Plusieurs mois après, il sort du silence et dénonce une décision de justice « injuste » face aux normes et aux règles parfois « ahurissantes ». Il critique aussi le label fait maison qu’il appelle à supprimer ou à réformer. Le patron sort du bois après la condamnation pour une affaire similaire du célèbre restaurant L’Entrecôte, situé à quelques rues de son établissement.
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Des sauces, condiments ou des pralines roses « pas faites maison »
Le jugement s’est basé sur un contrôle réalisé en 2022 par un agent d’une entreprise privée envoyé par la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP) du Rhône, administration de l’État chargée de contrôler l’hygiène et le respect des normes dans les restaurants.
Alors que le restaurant mettait en avant le label « fait maison », existant depuis 2014, l’agent de la DDPP a pointé que tous les produits composant les plats n’étaient pas éligibles. L’administration citait des fonds de sauce, du ketchup, des pralines roses, la mayonnaise…
Devant le tribunal, le gérant s’est défendu seul, sans avocat. « La visite a été un peu musclée, le procès-verbal était hyper corsé, je suis tombé des nues », se souvient Arthur Buchard. Près de dix mois après, il ne digère toujours pas le nombre de points « ahurissants ». « On m’avait dit que le vin de la maison était une tromperie parce qu’il n’était pas fait maison alors que c’était un simple choix de mise en avant pour un vin particulier, que la praline rose n’était pas maison… Mais qui fait sa praline pour ses desserts ? », s’agace-t-il.
« J’ai enlevé le label fait maison »
Très rapidement après le contrôle et avant même le jugement intervenu trois ans après, le propriétaire du « Bouillon Baratte » décidait de laisser tomber le label. Trop compliqué, trop normé…
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« Il y a un label fait maison que personne n’utilise vraiment. Le moindre restaurant qui a une carte volumineuse ne peut pas le faire. Il y a énormément de plats de la cuisine française avec des condiments de l’extérieur qui ne sont pas fait maison. Sur une terrine maison qui fait ses propres cornichons ? », poursuit le restaurateur.
Ce label fait maison ne sert à rien, il faut l’abandonner ou le reconditionner et le rendre plus intelligent, comme en Suisse. L’utilisation de ce label pour les restaurateurs nous expose à trop de risques en cas de contrôle.
Arthur Buchard, gérant du « Bouillon Baratte »
« Il faut nous laisser souffler »
Le procureur, lors de l’audience, avait d’ailleurs signifié au restaurateur de ne pas utiliser ce label s’il était trop compliqué à respecter à la lettre.
Mais selon le patron, l’addition de normes et de règles conduit à faire ce genre d’erreurs. « Déjà, lors de ces contrôles, on a l’impression d’être des délinquants, d’être pris pour un criminel. Il y a un problème avec l’administration. Elle est dans l’optique de punir, de restreindre et pas de dialoguer », déplore Arthur Buchard.
« Il faut nous laisser souffler, quand on est petit, on est encore plus sous pression, c’est nous qui souffrons le plus face aux grosses chaînes », assure le Lyonnais. « Quand t’es entrepreneur, on te rappelle 15 fois par an que tu risques d’aller en prison pour telle ou telle norme, c’est oppressant ! »
Le restaurant est « plein »
Malgré la condamnation, Bouillon Baratte est « plein » et c’est « aussi le cas de l’Entrecôte », dit-il.
« Il y a eu quelques annulations à court terme, mais ce label, les clients ne savent même pas ce que c’est. À Lyon, on a deux restaurants condamnés pour la même raison et ils sont pleins. Les gens ne sont pas débiles, ils savent faire la différence entre du vrai fait maison, même si ça ne respecte pas dans le détail la norme très pointilleuse, et du congelé ». « Je n’ai globalement pas perdu ma clientèle », relativise le restaurateur.
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