C’est du jamais-vu. Les services secrets britanniques, plus proches partenaires des États-Unis en matière d’espionnage, ont cessé de partager des informations à leurs homologues américains concernant les navires soupçonnés de transporter de la drogue dans les Caraïbes, révèle CNN. En cause: les 19 frappes illégales que l’armée américaine a conduites sur des bateaux accusés de narcotrafic, tuant au moins 76 personnes, dont des pêcheurs innocents.

« Depuis des années, le Royaume-Uni (…) aide les États-Unis à localiser les navires soupçonnés de transporter de la drogue afin que les garde-côtes américains puissent les intercepter », explique la chaîne d’information. « Cela impliquait l’arraisonnement des navires, l’arrestation de leurs équipages et la saisie de la drogue. Ces renseignements étaient généralement transmis à la Joint Interagency Task Force South, une force opérationnelle basée en Floride qui comprend des représentants de plusieurs pays partenaires et œuvre à la réduction du trafic de stupéfiants. »

Complicité de crimes de guerre

Mais tout cela s’est interrompu depuis plus d’un mois. Lorsque Trump a commencé à bombarder des navires caribbéens accusés de narcotrafic en septembre, Londres s’est ainsi inquiété que les renseignements partagés par ses services à leurs homologues américains ne soient utilisés pour cibler les bateaux et assassiner leurs équipages, en violation du droit international.

« Avant que l’armée américaine ne commence à faire bombarder des bateaux en septembre, la lutte contre le trafic de drogue illicite était gérée par les forces de l’ordre et les garde-côtes américains », poursuit CNN. « Les membres des cartels et les trafiquants de drogue étaient traités comme des criminels bénéficiant de droits [à un procès équitable] – un domaine dans lequel le Royaume-Uni était heureux d’apporter son aide. »

Guerre (littérale) contre la drogue

Sur le modèle de la guerre contre le terrorisme, l’administration Trump a décrété que les trafiquants de drogue étaient des « ennemis combattants » en « guerre » contre les États-Unis, et pouvaient donc être exécutés sans autre forme de procès. Ce choix est critiqué y compris au sein du Pentagone. Lors d’une réunion particulièrement tendue en octobre, l’amiral Alvin Holsey, commandant du US Southern Command (responsable notamment des Caraïbes), a remis sa démission au ministre de la défense Pete Hegseth, après avoir questionné la légalité de ces frappes.

« Le Canada, autre allié clé des États-Unis [dans la lutte contre le trafic de drogue], a également pris ses distances avec les frappes militaires américaines », dévoile le média. « [Il] entend poursuivre son partenariat avec les garde-côtes américains, baptisé Opération Caraïbes. Toutefois, le pays a clairement fait savoir aux États-Unis qu’il ne souhaite pas que ses renseignements soient utilisés pour cibler des navires en vue de frappes meurtrières. »

La France, dont les territoires caribbéens abritent un million d’habitants, est l’un des rares pays à avoir condamné publiquement ces frappes américaines, aux côtés de la Colombie qui a également suspendu son partage de renseignement avec Washington, au nom du droit international et des droits humains. Cela n’arrêtera probablement pas Trump, qui menace aussi d’envahir le Venezuela, mais a le mérite de rappeler quelques principes fondamentaux.