Dans les rues de Kukës, dans le nord de l’Albanie, à une vingtaine de kilomètres de la frontière du Kosovo, de nombreuses voitures circulent avec un volant à droite et des plaques d’immatriculation britanniques. Ces berlines rutilantes et autres SUV filent à vive allure entre les immeubles ternes datant de l’époque communiste et longent le lac artificiel et les montagnes de cette ville de 60 000 habitants, parmi les plus pauvres de ce pays où le salaire moyen ne dépasse pas 700 euros par mois.

Ces dix dernières années, dans l’espoir d’une vie meilleure, plusieurs milliers d’habitants des environs sont partis pour le Royaume-Uni, clandestinement pour la plupart. Pour la seule année 2022, selon les dernières données publiques disponibles, 12 000 Albanais ont entamé un périple de plus de 2 000 kilomètres pour tenter la traversée depuis la France et atteindre l’Angleterre.

Avant d’entamer, pour certains, le chemin en sens inverse : Elvant Gashi, originaire de Kukës, a passé huit ans à Londres. Mais, déçu par son existence outre-Manche, sans sa famille, à l’exception d’un oncle auprès duquel il a appris le métier de coiffeur, le migrant de 28 ans a préféré revenir dans sa ville natale en juin pour y ouvrir un salon de barbier.

Conditions précaires

Au Royaume-Uni, la plupart de ces jeunes hommes (et quelques rares femmes) vivotent dans des conditions précaires, souvent comme travailleurs non déclarés ou employés dans des plantations de cannabis illégales, en majorité contrôlées par des narcotrafiquants venus d’Albanie. Depuis deux ans, certains, essorés, reviennent avec, parfois, ces véhicules flambant neufs brandis comme la prétendue preuve de leur réussite loin des Balkans.

Il vous reste 78.19% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.