Il aura fallu négocier toute la journée de vendredi et une partie de la nuit pour y parvenir. Samedi, vers 2 heures du matin, le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen sont parvenus à un accord sur le budget 2026 de l’UE. Un compromis qui fixe l’enveloppe totale à 192,8 milliards d’euros en engagements et 190,1 milliards en paiements effectifs.

Le résultat de ce marathon nocturne se situe pile entre les positions initiales des deux camps. Le Parlement réclamait 193,9 milliards, le Conseil proposait 186,2 milliards. Mais attention : en réalité, c’est bien la ligne des eurodéputés qui l’emporte. Le compromis se rapproche nettement plus de leurs exigences que de la prudence budgétaire prônée par les gouvernements. Il faut bien distinguer cette négociation annuelle pour les dépenses 2026 de la grande négociation du budget de long terme (2028/2034) qui se prépare peu à peu parallèlement entre les États membres.

La compétitivité européenne boostée

Ce budget porte la marque des temps troublés que traverse l’Europe. Compétitivité, préparation défensive, aide humanitaire, gestion des flux migratoires : les priorités reflètent un continent qui doit se réarmer face aux menaces. « L’Europe peut tenir ses promesses même en temps difficiles », s’est félicité le Danois Nicolai Wammen, ministre des Finances et négociateur en chef pour le Conseil. Le ministre a particulièrement insisté sur les 800 millions d’euros supplémentaires consacrés à la compétitivité européenne.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le budget « Marché unique, innovation et numérique » grimpe de 20,5 à 23,3 milliards d’euros par rapport à 2025, soit une hausse de 14 %. La rubrique « Cohésion, résilience et valeurs » explose littéralement : + 55 %, passant de 47,2 à 73,2 milliards – une hausse qui s’explique par le pic de versements des fonds structurels en fin de cycle et les instruments de relance post-Covid. En revanche, les « Ressources naturelles et environnement » reculent de 5,4 %, descendant de 55,6 à 52,6 milliards – le climat et l’agriculture paient la facture.

La bataille des détails

Derrière ces grands équilibres, la négociation s’est jouée sur des dizaines de lignes budgétaires. Le Parlement a obtenu des rallonges ciblées : 60 millions de plus pour Horizon Europe (recherche), 80 millions pour les infrastructures de transport et d’énergie, 35 millions pour la mobilité militaire. Les eurodéputés ont aussi arraché 50 millions supplémentaires pour l’aide humanitaire et des augmentations symboliques de 5 millions chacune pour Erasmus + et EU4Health.

« Le budget de l’UE est un outil d’investissement vital pour une Europe plus forte », a martelé le Polonais Andrzej Halicki (PPE), rapporteur général côté Parlement. Particulièrement satisfait d’avoir obtenu des renforts en personnel pour les institutions européennes, notamment en matière de cybersécurité, il a salué l’unité du Parlement « de gauche à droite » pour défendre ses priorités. Le Slovène Matjaž Nemec (S & D), rapporteur pour les autres sections, a insisté sur la nécessité de « doter nos institutions de ressources suffisantes » face aux enjeux géopolitiques.

Leur grande victoire ? Avoir rétabli l’essentiel des 1,3 milliard d’euros que le Conseil avait rabotés sur la proposition initiale de la Commission européenne. En contrepartie, le Conseil a obtenu une réduction de 60 millions d’euros sur l’instrument de soutien technique (l’aide de la Commission aux États membres pour mettre en place des réformes), pour « libérer des ressources », selon Nicolai Wammen – une économie présentée comme nécessaire face à la pression sur les budgets nationaux.

Un surcoût d’emprunt de NextGenerationEU

Mais le vrai casse-tête du budget 2026, c’est le plan de relance post-Covid. L’UE doit faire face à un dépassement « inattendu » de 4,2 milliards d’euros des coûts d’emprunt de NextGenerationEU – le double des prévisions de la Commission. Les eurodéputés ont posé leurs conditions : pas question que cette facture soit payée en amputant les programmes fondamentaux. D’où leur insistance sur le « mécanisme en cascade », conçu pour absorber ces surcoûts sans saigner les budgets essentiels.

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Au final, l’accord laisse une marge de manœuvre de 715,7 millions d’euros sous les plafonds du cadre financier pluriannuel 2021-2027. De quoi réagir aux crises imprévues – une prudence qui n’est pas du luxe par les temps qui courent.

Le budget sera formellement adopté le 24 novembre par le Conseil, à la majorité qualifiée. Une formalité, après le marathon de vendredi.

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