Au lendemain de ce qui s’apparente à une exécution en règle d’un jeune homme de 20 ans sur un parking de la cité des Bahamas, le quartier de Bellevue, à Brest, s’est réveillé sous le choc. Mais pas surpris. « Malheureusement, il fallait que ça arrive un jour. Les tensions, ici, sont quotidiennes. Des jeunes squattent les cages d’escalier, et il y a du trafic parfois sous nos yeux. J’ai peur de sortir ma chienne le soir. À 18 h, je suis comme les poules, je me cloître dans mon appartement, et je ne mets plus le pied dehors », témoigne cette habitante rencontrée vers 9 h, ce samedi.
Des investigations en cours mais pas d’interpellation
Ce samedi midi, le procureur de la République de Brest, Stéphane Kellenberger, a confirmé que la victime était originaire de Mayotte, et âgée d’une vingtaine d’années. Une enquête pour homicide volontaire a été ouverte, confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS, ex-PJ) de la police de Brest, avec appui de la police technique et scientifique.
Les premiers éléments de l’enquête font apparaître qu’à 19 h 50, ce vendredi 14 novembre, le jeune Mahorais discutait avec un groupe de personnes quand une détonation a été entendue. « La victime s’est alors effondrée, tandis que les autres protagonistes s’éloignaient rapidement ». Malgré les tentatives de réanimation, le décès du jeune homme a été constaté une demi-heure plus tard. « Diverses investigations sont activement en cours », précise le procureur dans son communiqué.
Un casier judiciaire « bien fourni »
Selon des témoins, au moins deux personnes auraient pris la fuite. Pour la majorité des habitants, qui voient le deal s’opérer sous leurs fenêtres, ce drame a tout l’air d’un règlement de compte en lien avec les stupéfiants. Une version difficile à admettre pour ceux qui le connaissaient. « Il ne faut pas dire que c‘était une racaille ! », lance un groupe de jeunes à la sortie d’un entraînement de foot. « C’était quelqu’un de très gentil », assure une femme mahoraise, rencontrée à Kergoat, le quartier où la victime vivait avec sa mère et plusieurs frères « depuis de nombreuses années ». Sans entrer dans les détails, une source policière fait, de son côté, état d’un casier judiciaire « déjà bien fourni pour un jeune homme de 20 ans ».
Pour François Cuillandre, « l’État ne peut pas fermer les yeux »
En début de soirée, François Cuillandre, maire socialiste de Brest, et candidat à un cinquième mandat, a qualifié ce nouvel acte de violence d’inacceptable. « Il rappelle l’urgence d’un renforcement des effectifs de police nationale à Brest, face à la montée du narcotrafic. Cela fait des années que nous le demandons, aux côtés des syndicats policiers. Brest est sous-dotée. L’État ne peut pas fermer les yeux. Nous agissons pleinement dans nos responsabilités locales pour soutenir la prévention, la médiation et la tranquillité publique. Mais au regard de la recrudescence des violences, il faut que la République tienne partout ».