Restriction de la protection accordée aux réfugiés et des aides accordées aux demandeurs d’asile : le gouvernement britannique a annoncé samedi soir qu’il prendra des mesures « historiques » pour limiter les arrivées de migrants au Royaume-Uni et pour contrer la montée du parti anti-immigration de Nigel Farage.

Ce pays a une fière tradition d’accueil des personnes qui fuient le danger, mais notre générosité attire les migrants clandestins à travers la Manche, a déclaré la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, citée dans un communiqué de son ministère.

Deux mesures phares ont été annoncées par des communiqués du ministère de Mme Mahmood en attendant la présentation de son plan détaillé, prévue devant le Parlement lundi.

Shabana Mahmood, cheveux au vent, cartable à la main.Ouvrir en mode plein écran

La ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni, Shabana Mahmood, en août 2024. (Photo d’archives)

Photo : Reuters / Toby Melville

Le gouvernement va d’abord réduire la protection accordée aux réfugiés, qui seront forcés de rentrer dans leur pays d’origine dès que celui-ci sera jugé sécuritaire.

Un « billet en or » a fait grimper le nombre de demandes d’asile au Royaume-Uni, poussant les gens à traverser l’Europe, via des pays sûrs, pour monter à bord d’embarcations de fortune, a indiqué la ministre. Je vais mettre fin à ce billet en or.

Grâce à des conditions bien plus généreuses au Royaume-Uni, les réfugiés peuvent actuellement demander à s’installer définitivement, sans frais, après cinq ans au Royaume-Uni, sans avoir contribué au pays, a souligné son ministère.

Le nouveau système réduira de moitié la durée de leur séjour (de 5 ans à 30 mois) et multipliera par quatre le délai nécessaire pour demander à devenir résident permanent (de 5 à 20 ans), a-t-il précisé.

Les réfugiés qui souhaitent devenir résidents permanents plus vite devront travailler ou étudier, a-t-il encore ajouté.

L’autre mesure phare est la suppression de l’accès automatique aux aides sociales – logement, allocations financières – pour les demandeurs d’asile.

Le gouvernement veut supprimer ces aides pour ceux qui ont le droit de travailler et qui peuvent subvenir à leurs besoins mais qui choisissent de ne pas le faire ou encore pour ceux qui enfreignent la loi, selon le communiqué.

Le chef du parti Reform UK, Nigel Farage, lors d'une réunion électorale à Clacton-on-Sea, sur la côte est de l'Angleterre.Ouvrir en mode plein écran

En 2024, Nigel Farage, à la tête du parti Reform UK, a été élu député dans la circonscription de Clacton après ses sept tentatives infructueuses précédentes de rejoindre la Chambre des communes. (Photo d’archives)

Photo : (Isabel Infantes/Reuters)

Manifestations

Arrivé au pouvoir en juillet 2024, le gouvernement de Keir Starmer est sous pression quasi quotidienne pour freiner les arrivées de migrants et pour restreindre leurs droits. Depuis plusieurs mois, il est largement devancé dans les sondages par le parti Reform UK de Nigel Farage, qui a fait de cette question des migrants son sujet principal.

Cet été, de nombreuses manifestations ont eu lieu devant des hôtels qui hébergeaient des demandeurs d’asile et une manifestation organisée par l’extrême droite à Londres mi-septembre a réuni jusqu’à 150 000 personnes, selon la police.

Dans ce contexte, le gouvernement travailliste a promis de faire baisser le nombre de migrants qui traversent la Manche à bord d’embarcations de fortune, sans succès pour l’instant.

Un groupe de manifestants brandit des pancartes et des drapeaux.Ouvrir en mode plein écran

Des manifestants d’un groupe anti-immigration avaient manifesté contre l’immigration incontrôlée devant l’hôtel Radisson, qui héberge des réfugiés, à Perth, en Écosse, le 23 août 2025. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

Depuis le 1er janvier, 39 292 personnes ont débarqué sur les côtes anglaises à l’issue de cette périlleuse traversée, un chiffre qui dépasse les 36 816 personnes de l’année dernière.

Par ailleurs, le nombre de demandes d’asile a augmenté de 18 % en 2024 au Royaume-Uni, alors qu’elles ont baissé de 13 % dans l’ensemble de l’Union européenne sur la même période, selon les chiffres du gouvernement. Plus de 400 000 demandes ont été enregistrées depuis 2021, contre 150 000 sur la période 2011-2015, toujours selon les chiffres officiels.

Un panneau d'affichage représente le rappeur britannique Stormzy.Ouvrir en mode plein écran

Un autobus passe devant un panneau d’affichage qui représente le rappeur britannique Stormzy avec la légende « Thank God for immigrants » (Dieu merci pour les immigrants), créé par le groupe de campagne politique « Everyone Hates Elon » et inspiré par l’œuvre de l’artiste Jeremy Deller, lauréat du prix Turner, à Londres, le 30 octobre 2025, afin de souligner la contribution des immigrants au Royaume-Uni. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / AFP / TOBY SHEPHEARD

Modèle danois

Le ministère a souligné s’être inspiré de l’exemple danois pour ces réformes.

Ce pays scandinave de 6 millions d’habitants, dirigé par les sociaux-démocrates depuis 2019, défend une politique stricte en matière de droit d’asile.

Les réfugiés y obtiennent ainsi un permis de séjour, généralement de deux ans renouvelable, mais sont encouragés à prendre le chemin du retour dès que les autorités estiment que le besoin de protection a disparu.

Le regroupement familial y est aussi soumis à des exigences strictes, dont des tests de langue pour les nouveaux arrivants.

Au Royaume-Uni, la restriction de la protection des réfugiés était une mesure jusqu’ici défendue par Nigel Farage, qui avait annoncé qu’en cas d’arrivée au pouvoir, il obligerait les migrants – y compris ceux déjà régularisés – à demander un visa tous les cinq ans.

Cependant, la gauche du Parti travailliste s’était dite opposée à de telles restrictions et avait prévenu que le parti, au plus bas dans les sondages, y perdrait de nombreux électeurs.