La ministre de l’Intérieur britannique Shabana Mahmood dévoilera lundi un train de mesures “visant à accroître le nombre d’expulsions et à réduire l’attractivité du Royaume-Uni pour les migrants”, les qualifiant de “changements les plus importants apportés à notre politique d’asile système d’asile” depuis la Seconde guerre mondiale, rapporte The Telegraph.

“Actuellement, les demandeurs d’asile ayant obtenu le statut de réfugié se voient accorder automatiquement un droit de séjour permanent au Royaume-Uni après cinq ans, sauf rares exceptions”, précise le quotidien conservateur.

Mais en vertu des nouvelles propositions – dont les grandes lignes ont été dévoilées par la ministre travailliste vendredi et samedi –, “les réfugiés ne se verront accorder qu’un droit de séjour temporaire [de trente mois au lieu de cinq ans], soumis à un examen régulier. Et ils seront renvoyés dans leur pays d’origine si les autorités estiment que celui-ci est à nouveau sûr”.

En outre, “les personnes ayant obtenu l’asile au Royaume-Uni devront attendre vingt ans avant de pouvoir demander un permis de séjour permanent”, ajoute la BBC.

Aides “discrétionnaires”

La réforme concernera également les aides accordées aux réfugiés : la ministre prévoit en effet de supprimer l’accès automatique aux aides sociales – logement, allocations financières – pour les demandeurs d’asile.

“Le gouvernement a annoncé que l’aide deviendrait ‘discrétionnaire’, et qu’il pourra donc la refuser aux personnes en mesure de travailler ou possédant des biens”, relève The Guardian.

Toutefois, “la majorité des demandeurs d’asile bénéficiant actuellement d’une aide ne devraient pas être touchés”, nuance le quotidien. Car “selon des sources gouvernementales, les règles interdisant à la plupart des demandeurs d’asile d’exercer un emploi resteront inchangées”.

Pour le titre de gauche, “ces changements sont perçus comme une tentative de séduire les électeurs travaillistes qui envisagent de soutenir le parti Reform UK [la formation anti-immigration de Nigel Farage] lors des prochaines élections générales”.

Mme Mahmood cherche à “contrer les accusations selon lesquelles le gouvernement ne parvient pas à lutter contre l’immigration clandestine vers la Grande-Bretagne, notamment à bord de petites embarcations”, renchérit le Financial Times.

Objectif de dissuasion

Selon les chiffres officiels, depuis le 1er janvier, 39 292 personnes ont débarqué sur les côtes anglaises après avoir traversé la Manche à bord d’embarcations de fortune, soir déjà plus que sur l’ensemble de l’année 2024 (36 816).

Par ailleurs, les demandes d’asile ont augmenté de 18 % en 2024 au Royaume-Uni, contre une baisse de 13 % dans l’ensemble de l’Union européenne.

Pour The Times, la réforme annoncée vise à changer “les calculs et la mentalité” de ceux qui “risquent leur vie sur de petites embarcations, en réduisant les facteurs d’attraction qui attirent les migrants clandestins”.

Un objectif de dissuasion revendiqué par la ministre. “Il s’agit essentiellement de dire aux gens : ne venez pas dans ce pays en tant que migrants clandestins, ne prenez pas la mer”, déclare-t-elle dans un entretien au quotidien. “Je pense qu’il est important d’envoyer un message très clair à ceux qui traversent actuellement plusieurs pays sûrs d’Europe dans l’espoir de rejoindre un bateau dans le nord de la France : ce voyage n’en vaut pas la peine”.