Pourquoi les lignes ferroviaires à grande vitesse peinent-elles à se développer aux Etats-Unis? Pour le PDG de SNCF America Alain Leray, la culture politique du pays freine les projets malgré la demande existante.
Le train a joué un rôle essentiel dans l’expansion territoriale des Etats-Unis au XIXe siècle, avant d’être supplanté par l’automobile et l’aviation au siècle suivant. Aujourd’hui, il reste le parent pauvre du transport de passagers dans le pays.
« Il n’y a pas une seule ligne à grande vitesse aujourd’hui aux Etats-Unis. En 2007, le candidat Obama avait promis onze corridors. Pas un seul n’a été construit », rappelle Alain Leray mercredi dans l’émission Tout un monde.
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Les déboires du TGV californien
Un exemple de projet ferroviaire qui patine? Le TGV entre San Francisco et Los Angeles. Lancé en 2008, il connaît d’importants retards et des dépassements budgétaires colossaux.
Le qualifiant d' »arnaque », Donald Trump lui a retiré des financements fédéraux cet été. Les autorités démocrates californiennes, elles, croient en cette ligne. Elles viennent d’ailleurs de faire appel à la SNCF pour son électrification.
Un train de marchandises passe sous le viaduc de Hanford, en cours de construction dans le cadre du projet de train à grande vitesse en Californie, le 12 février 2025. [AFP – PATRICK T. FALLON]
Un premier tronçon sera peut-être exploitable en 2030 dans la vallée Centrale, indique Alain Leray. Il reconnaît que ce projet est « mal emmanché » depuis le début. Le problème selon lui? Chaque politicien local a voulu que sa ville, même de taille modeste, devienne une halte. A ses yeux, il fallait seulement relier les deux grandes cités.
« Au lieu d’avoir un train à grande vitesse, on a maintenant un train express régional », assène Alain Leray. Les républicains de leur côté ne manquent pas de railler le projet. Ils le surnomment « The train from Nowhere to Nowhere ».
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Un financement public « nécessaire »
Si ce projet a du plomb dans l’aile, cela s’explique aussi par la vision américaine du rôle de l’Etat dans le financement du rail, estime Alain Leray. « Les choses ne pourront pas avancer tant que les Etats-Unis n’arriveront pas à admettre politiquement, c’est-à-dire les démocrates et les républicains ensemble, que la puissance publique est nécessaire pour construire une infrastructure ferroviaire et que les politiciens s’entêteront à vouloir impliquer des capitaux privés qui ne se matérialiseront pas », analyse-t-il.
Car investir dans les infrastructures ferroviaires n’est pas rentable, développe-t-il. Et les bailleurs de fonds privés sont frileux à l’idée de perdre de l’argent. Le destin du train aux Etats-Unis se trouve donc dans les mains des collectivités publiques.
Un appétit pour le train
Pour l’heure, si l’automobile reste reine dans le pays, ce n’est pas faute d’intérêt de la population pour le rail. « Les Américains prennent le train lorsqu’on leur offre un bon système », assure le patron de la filiale étasunienne de la SNCF.
« Prenez la liaison Boston-New York-Washington, dont les trois gares sont situées au centre-ville: il faut réserver, car les trains sont pleins! »
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Propos recueillis par Eric Guevara-Frey
Texte web: Antoine Michel