- Le gouvernement britannique, sous pression de l’extrême droite et des manifestations anti-immigration, a annoncé plusieurs mesures phares, samedi.
- Londres prévoit de fortes restrictions de la protection accordée aux réfugiés et des aides accordées aux demandeurs d’asile.
- La durée de séjour sera par exemple divisée par deux, tandis que le délai pour demander à devenir résident permanent sera au contraire étiré.
Un tour de vis drastique. Le gouvernement britannique a annoncé dans la soirée samedi 15 novembre qu’il allait prendre des mesures « historiques » pour limiter les arrivées de migrants au Royaume-Uni et contrer la montée du parti anti-immigration (nouvelle fenêtre) de Nigel Farage. « Ce pays a une fière tradition d’accueil des personnes fuyant le danger, mais notre générosité attire les migrants illégaux à travers la Manche », a déclaré la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, citée dans un communiqué.
« Mettre fin à ce ticket en or » : la protection réduite
Deux mesures phares ont été annoncées par son ministère, en attendant la présentation de son plan détaillé prévue devant le Parlement lundi. Le gouvernement va d’abord réduire la protection accordée aux réfugiés, qui seront « forcés de rentrer dans leur pays d’origine dès qu’il sera jugé sûr ». « Un billet en or a fait grimper les demandes d’asile au Royaume-Uni, poussant les gens à traverser l’Europe, via des pays sûrs, pour monter à bord d’embarcations de fortune (nouvelle fenêtre)« , a affirmé la ministre, promettant de « mettre fin à ce ticket en or ».
« Grâce à des conditions bien plus généreuses au Royaume-Uni », les réfugiés peuvent actuellement demander à s’installer définitivement, sans frais, après cinq ans sur place, « sans avoir contribué » au pays, a également souligné son ministère. Le nouveau système réduira la durée de leur séjour de cinq ans à trente mois, soit deux ans et demi, a-t-il précisé. Il multipliera par ailleurs par quatre, de cinq à vingt ans, le délai nécessaire pour demander à devenir résident permanent. Les réfugiés qui souhaitent faire cette requête plus vite « devront travailler ou étudier », a-t-il encore ajouté.
L’autre mesure phare est la suppression pour les demandeurs d’asile de l’accès automatique aux aides sociales, notamment le logement et les allocations financières. Le gouvernement veut supprimer ces aides « pour ceux qui ont le droit de travailler et qui peuvent subvenir à leurs besoins, mais choisissent de ne pas le faire, ou pour ceux qui enfreignent la loi », selon le communiqué.
Le gouvernement mis au défi par la montée de l’extrême droite
Arrivé au pouvoir en juillet 2024, le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression quasi-quotidienne pour freiner les arrivées de migrants et restreindre leurs droits. Depuis plusieurs mois, il est largement devancé dans les sondages par le parti Reform UK de Nigel Farage (nouvelle fenêtre), qui a fait de la question des migrants son sujet principal. Cet été, de nombreuses manifestations ont eu lieu devant des hôtels hébergeant des demandeurs d’asile et une manifestation organisée par l’extrême droite à Londres mi-septembre a réuni jusqu’à 150.000 personnes (nouvelle fenêtre), selon la police.
Dans ce contexte, le gouvernement a promis de faire baisser le nombre de migrants qui traversent la Manche à bord d’embarcations de fortune. Sans succès pour l’instant. Depuis le 1er janvier, 39.292 personnes ont débarqué sur les côtes anglaises à l’issue de cette périlleuse traversée (nouvelle fenêtre), un chiffre qui dépasse le total de l’année 2024 (36.816).
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Par ailleurs, les demandes d’asile ont augmenté de 18% en 2024 au Royaume-Uni, alors qu’elles baissaient de 13% dans l’ensemble de l’Union européenne sur la même période, selon les chiffres du gouvernement. Plus de 400.000 demandes ont été enregistrées depuis 2021, contre 150.000 sur la période 2011-2015, toujours selon les chiffres officiels.
La restriction de la protection des réfugiés était une mesure jusqu’ici défendue par Nigel Farage, qui avait annoncé qu’en cas d’arrivée au pouvoir, il obligerait les migrants, y compris ceux déjà régularisés, à demander un visa tous les cinq ans. Mais la gauche du parti travailliste s’était dite opposée à de telles restrictions, et avait prévenu que la formation politique, au plus bas dans les sondages, y perdrait de nombreux électeurs.
M.L. avec AFP
