« Vive la liberté ». Camilo Castro, un Français détenu au Venezuela depuis juin, est rentré dimanche en France, au lendemain de sa libération, visiblement ému et éprouvé. Ce professeur de yoga de 41 ans a atterri dans l’après-midi à l’aéroport parisien d’Orly, accueilli par le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot.
« Vive la liberté, vive l’égalité et vive la fraternité. Puissent tous les êtres sur cette terre vivre libre de toute souffrance », a-t-il déclaré, des sanglots dans la voix, au côté de sa famille. Ce désormais ex-prisonnier français est le symbole de la gestion par la France de ses milliers de ressortissants emprisonnés à travers le monde.
Ces dernières semaines, la France a obtenu des succès diplomatiques sur certains cas médiatiques, comme Cécile Kohler et Jacques Paris en Iran ou encore Boualem Sansal en Algérie, mais la réalité du moment en cache une autre moins réjouissante, mais pas pour autant moins sous les radars du Quai d’Orsay.
Le cas du journaliste français Christophe Gleize pourrait voir lui aussi une issue positive. La justice algérienne a condamné en mars ce journaliste français de 36 ans à sept ans de prison pour un reportage. Ses proches veulent croire que la libération de l’écrivain franco-algérien amorce un tournant dans son dossier.
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Un rapport « sur la situation des Français établis hors de France 2024 » détaille la réalité crue des prisonniers français hors de France.
Plus de 2 000 prisonniers français à l’étranger
En 2023, ce ne sont pas moins de 2 297 Français détenus à l’étranger, dont environ 11 % de femmes, « qui ont été portés à la connaissance des services du ministère des Affaires étrangères ». « Il convient de préciser que ces chiffres doivent être pris avec précaution dans la mesure où dans de nombreux pays, notamment frontaliers, les Français arrêtés ou incarcérés ne souhaitent pas nécessairement se faire connaître des services du ministère ou bénéficier de la protection consulaire », précise toutefois le Quai d’Orsay dans ce rapport.
« De la même façon, les détenus ne mentionnent pas toujours les motifs de leur détention, qui peuvent par conséquent rester inconnus des autorités françaises dès lors que les autorités locales n’ont pas d’obligation de les leur communiquer », explique encore ce rapport.
Selon le rapport consolidé, la majorité des détenus Français à l’étranger est localisée dans l’Union européenne et en Europe occidentale (50 % du total), en particulier dans les pays frontaliers (un tiers du total général). On trouve ensuite l’Afrique du Nord (16 %), puis l’Asie et l’Océanie, les Amériques et l’Afrique subsaharienne (8 à 9 % du total chacune) comme régions « accueillant » des Français en prison.
Des prisonniers ou des « otages »
Sur les huit premiers mois de l’année 2024, 2 071 cas de Français détenus à l’étranger ont été portés à la connaissance des services du ministère des Affaires étrangères. À la date du 1er septembre 2024, ils avaient connaissance de 1 658 Français effectivement incarcérés, précise une autre réponse du MAE au Sénat, cette fois-ci fin 2024.
« 2 300 compatriotes détenus à l’étranger bénéficient de l’accompagnement des services consulaires du ministère des Affaires étrangères. Certains d’entre eux sont détenus arbitrairement, retenus otages ou pire encore ; alors, la diplomatie française tout entière se mobilise pour obtenir leur libération », précisait en juillet Jean-Noël Barrot à l’Assemblée nationale, après une question de sa maintenant collègue ministre Naïma Moutchou, alors simple députée.
« C’est ainsi qu’avec un immense soulagement, nous avons accueilli, il y a quelques mois, la nouvelle de la libération de notre compatriote Ofer Kalderon, après 424 jours passés dans l’enfer des tunnels de Gaza. C’est avec le même soulagement que nous avons appris la libération d’Olivier Grondeau, après 887 jours passés dans des prisons iraniennes, ou celle de Théo Clerc, après 422 jours de détention en Azerbaïdjan », rappelait-il encore à l’époque, citant les cas les plus médiatiques.
Encore quatre condamnés à mort aux destins incertains
Le rapport soulignait aussi que quatre Français sont toujours condamnés à la peine capitale dans le monde, après le retour le 4 février 2025, du Français Serge Atlaoui en France. Ce dernier avait passé près de 18 ans dans les couloirs de la mort indonésiens après avoir été condamné à mort pour trafic de drogue en mai 2007. Le 12 février 2025, la justice française a commué la peine de mort prononcée contre Serge Atlaoui en Indonésie en 30 ans de réclusion. La justice française a validé le 18 juillet la libération conditionnelle de l’ex-condamné à mort, qui a retrouvé une liberté longtemps espérée.
Au rang de ces Français, on trouve Chan Thao Phoumy, condamné à mort pour fabrication, transport, contrebande et trafic de méthamphétamine par le tribunal de Canton en Chine. Arrêté en 2005, il serait en détention depuis 19 ans dont 14 ans sous le coup d’une condamnation à mort, alors que peu d’informations sortent de l’Empire du Milieu.
Nora Lalam est, elle, incarcérée dans une prison algérienne. Un grand flou persiste sur les causes de son arrestation et sur son éventuelle double nationalité. Nul ne sait si elle est toujours en vie. Elle est en détention depuis plus de 19 ans.
Par ailleurs Stéphane Aït Idir et Redouane Hamadi, binationaux, arrêtés en 1994, sont condamnés à mort au Maroc pour terrorisme. Ils ont été reconnus coupables d’avoir perpétré l’attentat du 24 août 1994 à Marrakech et sont incarcérés depuis 30 ans, dont 29 ans dans le couloir de la mort.