Avec sa gueule d’acteur, on l’aurait bien vu tourner dans un film avec Jean Gabin, Thierry. Mais le scénario de sa vie, il l’écrit depuis l’âge de 16 ans, derrière le comptoir du Pénalty. Quand ses parents Yves et Christiane Chaput rachètent la brasserie Olympia en 1980 et la renomment. « Mon père aimait le foot et il s’est occupé longtemps de la buvette de l’ASNL. »

Figée au mur sous un cadre, une photo du paternel entouré de deux anciens joueurs de foot nancéiens des années 80, le gardien Stéphane D’Angelo et le milieu de terrain Bruno Germain.

Dans l’arrière-boutique dorment d’autres archives qu’il se plaît à dépoussiérer d’un coup de chiffon.

Et tous les matins, 7 j/7 j, lorsque Thierry arrive de la Meuse pour donner le coup d’envoi de sa journée, seul, il ne manque jamais de saluer d’un regard tendre cette image du passé. « Elle me rappelle ces années-là… »

Lino, le parieur du PMU

Une nostalgie qu’il cultive sans mélancolie. Par amour et respect des siens. À la mort de ses parents, celui qui, gamin, tapait dans le ballon sous les couleurs du FC Toul, prend les commandes du Pénalty. « Je ne sais rien faire d’autre », plaisante le commerçant de 62 ans, père de deux enfants. L’un, salarié des brasseries de Champigneulles. L’autre, « de la grande maison », comprendre « la gendarmerie ».

Il est 11 h ce matin au Pénalty et le patron n’a pas une minute à lui. Lino et Denise, 147 ans cumulés, y ont leurs habitudes. Poignée de tickets de PMU en main, Monsieur vient de décortiquer la page hippisme de l’Est Républicain. Notre quotidien valse entre les tables depuis 45 ans. Pendant que Lino, le mécanicien camions à la retraite rêve du tiercé dans l’ordre, son épouse, ex-assistante de vie, termine son expresso à 1,90 €. Un prix « correct » pour ce couple du Pays-Haut, en séjour une semaine sur deux à Nancy afin de garder leur petite-fille. « On aime venir ici, prendre le temps, discuter, avant d’aller jouer aux grands-parents. On rencontre toujours les mêmes personnes, c’est tranquille. »

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« LA Marcelle »

Derrière le terminal de prise des paris, à un pas d’une carte postale coquine envoyée par un client-copain, une cravache clouée au mur. Pour les joueurs récalcitrants ? « Non, non », sourit Thierry. « Je l’ai trouvée un matin devant le bar et je l’ai accrochée là ». À sa place, finalement.

Pas de musique d’ambiance au Pénalty, car le seul écran des lieux – une télé au mur, au-dessus d’un jukebox muet à « 2 francs les deux disques », dixit l’étiquette – diffuse les courses en direct, « et les parieurs n’entendraient pas les commentaires ». Reste qu’avant une arrivée, certains tapent fort du sabot. Le Pénalty ? Un champ de courses, parfois !

Installée à une table avec des amis, côté fenêtre, Marcelle, ou plutôt « LA Marcelle », est une figure de l’établissement. Comme tant d’autres ici. Le billard et le baby-foot ? Pas pour elle ! Très apprêtée, elle ne nous dira pas son âge et Thierry, lui, ne lâchera pas le morceau. « À mes 16 ans, elle venait déjà…, murmure-t-il. Le patron, les clients, l’ambiance, on parle de tout et de rien… », c’est pour tout cela que la Marcelle aime déguster son café. Toujours à la même place. Depuis des décennies.

« Ici, c’est familial »

Christian, la quarantaine, se perche au comptoir, sur un tabouret. En prise directe avec Thierry. « Quand ça me plaît, je parle, sinon je le fais ressentir », glisse le boss du Pénalty.

Et visiblement, le courant passe bien. Le quadra, en RTT ce matin, commande son Picon bière à 4,30 €, moussu juste ce qu’il faut. « Il m’arrive de fréquenter d’autres bars à Nancy et quand vous entrez seul, vous ressortez seul, sans avoir échangé avec qui que ce soit, lâche ce « pur Nancéien », fidèle à son port d’attache. Ici, c’est tout le contraire, on discute, c’est familial. »

Thierry ne perd pas une miette de la conversation et esquisse un sourire rempli d’humilité. Son Pénalty a su traverser le temps, s’adapter, sans se renier ni se déshumaniser.

Pas d’échine courbée, pas de corps recroquevillés sur un écran de smartphone. Ici, on relève la tête, la mousse du café au bout du nez, celle de la binouze sur la moustache et on se dit encore bonjour.