La Chambre américaine des représentants (l’équivalent de l’Assemblée Nationale) votera aujourd’hui sur un texte pour forcer l’administration Trump à plus de transparence dans l’affaire Epstein. Un scrutin en forme de défi envers le président républicain, qui a exercé de fortes pressions pour l’empêcher avant de devoir renoncer. La proposition de loi vise à ordonner au ministère de la Justice « de publier tous les documents et archives » en sa possession concernant le financier new-yorkais, mort en prison en 2019 avant son procès pour crimes sexuels.

Après avoir mené pendant des semaines une véritable campagne publique et en coulisses pour contrecarrer la tenue de ce vote à la Chambre, Donald Trump a fait volte-face dimanche en y apportant finalement son soutien. « Nous n’avons rien à cacher », a lancé le président qui s’est encore insurgé cependant contre ce qu’il considère comme un « canular » monté par l’opposition, affirmant encore lundi que les républicains n’avaient « rien à voir avec Epstein », alors que « les démocrates, oui, tous ses amis étaient démocrates ».

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Son changement de position est intervenu alors que l’un des auteurs de la proposition de loi, l’élu républicain Thomas Massie, a affirmé au cours du week-end s’attendre à ce que « 100 ou plus » de ses collègues de la majorité se joignent à lui en faveur de ce texte.

« En tant que victime, je vous supplie de publier ces documents une bonne fois pour toutes », a plaidé Alicia Arden lors d’une conférence de presse lundi à Los Angeles. Cette ancienne mannequin accusait Jeffrey Epstein de l’avoir agressée sexuellement en 1997 dans un hôtel de Californie.

Dans le même temps, une des personnes liées à l’affaire Epstein a préféré jeter l’éponge : Larry Summers, ministre américain des Finances sous Bill Clinton devenu président de l’université Harvard dans les années 2000, a annoncé ce lundi se retirer de la vie publique après la publication de sa correspondance électronique avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. « J’assume l’entière responsabilité de ma décision malavisée de continuer à communiquer avec M. Epstein », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Tout en continuant à remplir mes obligations d’enseignant, je me retirerai de mes engagements publics dans le cadre d’un effort plus large visant à rétablir la confiance et à réparer la relation avec mes proches. »

« Donald Trump doit s’écarter »

Pour le chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, les victimes de Jeffrey Epstein et les Américains « méritent une transparence totale » dans cette affaire. « Cette semaine, la Chambre va agir de manière décisive, le Sénat doit agir, et Donald Trump doit juste s’écarter et laisser le sort en décider », a-t-il exhorté depuis le Capitole.

Car après son adoption probable à la Chambre, la proposition de loi se dirigera vers le Sénat, sans certitude cependant que le chef républicain de la majorité, John Thune, ne décide de le soumettre au vote. Une telle décision exposerait cependant le camp présidentiel, et la Maison Blanche en particulier, à des critiques renouvelées sur sa gestion du dossier Epstein.

Après avoir promis à ses partisans durant sa campagne des révélations fracassantes, Donald Trump fait tout pour éteindre la polémique depuis son retour au pouvoir, provoquant l’incompréhension et la colère jusque dans son mouvement « MAGA ». L’affaire avait été encore relancée la semaine dernière par la publication de courriers électroniques du financier new-yorkais, au carnet d’adresses particulièrement bien rempli.

Dans ces e-mails, dévoilés par des parlementaires démocrates, Jeffrey Epstein affirme que Donald Trump « savait à propos des filles » agressées sexuellement et qu’il avait même « passé plusieurs heures » avec l’une d’elles. Le financier était proche du milliardaire républicain à partir de la fin des années 1980, quand les deux hommes d’affaires étaient des figures de la jet-set new-yorkaise, avant leur brouille au début des années 2000.

En amont du scrutin, Thomas Massie a lancé un avertissement aux élus qui seraient tentés de voter contre sa proposition de loi : « Les traces de ce vote survivront au-delà de la présidence de Donald Trump ».