Comment justifier de nouveaux élargissements ?
L’Union européenne est confrontée à d’importants changements géopolitiques. Elle a besoin de renforcer sa sécurité et sa défense. La guerre en Ukraine l’a montré et a donné un nouvel élan au processus d’élargissement. Le second mandat de Donald Trump a rappelé que nous devons prendre notre destin en main. Comme l’a déclaré le président Macron, nous devons obtenir une plus grande indépendance vis-à-vis des États-Unis, sur lesquels nous avons trop compté jusqu’alors. Sans élargissement, nous resterons vulnérables et inefficaces. Nous avons, aujourd’hui, une réelle chance d’unifier l’Europe et d’atteindre cette Europe souveraine que Charles de Gaulle appelait de ses vœux.
Mais dans le cadre de l’Otan. N’est-ce pas un paradoxe de l’UE ?
Il n’est pas nécessaire d’être membre de l’Otan pour devenir un État membre de l’UE. L’Irlande, l’Autriche, Chypre et Malte ne sont pas membres de l’Otan. Pour moi, la vraie question est la nécessité de nous mobiliser davantage pour notre sécurité. C’est d’ailleurs ce que souhaitent 80 % des Européens, selon les sondages Eurobaromètres. Pourtant, le taux de citoyens favorables à ce que leur pays investisse dans la défense est plus bas. En Slovénie, par exemple, il n’est que de 30 %. Là est le paradoxe pour moi !
Vous n’abordez pas les questions économiques et sociales sur lesquelles l’élargissement aura pourtant des répercussions…
Bien sûr, nous devons également discuter de ce que le prochain élargissement signifiera pour notre système social, pour nos travailleurs, pour notre agriculture. Deux tiers des citoyens européens pensent ne pas disposer d’informations suffisantes sur l’élargissement. C’est une alerte pour moi, comme pour la Commission européenne. Nous ne pouvons devenir plus forts que si notre cohésion sociale, notre agriculture… sont plus fortes. Nous devons donc renforcer la convergence économique des pays candidats. Aussi, dans le processus d’adhésion, nous aidons les candidats à préparer leurs économies pour qu’elles survivent sur le marché européen. Nous avons développé différents mécanismes financiers, comme un plan de six milliards d’euros pour les Balkans occidentaux, un plan de 1,9 milliard d’euros pour la Moldavie, ou encore 50 milliards d’euros pour l’Ukraine…
Certains pays européens deviennent des « démocraties illibérales ». L’élargissement ne risque-t-il pas de renforcer ce tournant ?
C’est ce à quoi nous devons apporter une réponse crédible. Plus que jamais, nous devons protéger notre démocratie. Jamais auparavant l’adhésion de nouveaux membres n’avait été liée à la sauvegarde de notre démocratie au sein de l’UE, mais aussi dans les pays candidats. Nous devons avoir une discussion sur les garanties que nous inscrirons dans les futurs traités d’adhésion. C’est ainsi que nous pourrons assurer aux citoyens que l’intégrité de notre Union est protégée. En outre, la Commission a adopté, la semaine dernière, le « bouclier européen pour la démocratie », pour renforcer nos institutions, garantir des élections libres…
* L’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, la Moldavie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Serbie, le Kosovo, la Turquie et l’Ukraine.