Christian Maviel a racheté l’entreprise en 2015. Crédits : Cacolac

La PME girondine Cacolac existe depuis 71 ans. Après quatre années passées en dehors du giron familiale, l’entreprise a été rachetée en 2015 par Christian Maviel, descendant des fondateurs.

Lorsqu’on souhaite l’interroger sur l’histoire de Cacolac, et sur son statut « d’héritier », Christian Maviel en plaisante. « De toute façon, je vis avec ça », sourit-il. Alors il raconte. Comment après la Seconde Guerre Mondiale, deux familles, les Lauseig et les Lanneluc, décident de s’associer pour unir leur force. « L’un était au sud de la Garonne, l’autre au nord, précise l’actuel président. Ils faisaient du lait, du fromage, du beurre… » Au début des années 1950, ils partent en Hollande pour acheter du matériel. Là, ils découvrent dans les rayons des commerces, du lait aromatisé… et décident, de retour dans leur Gironde natale, de créer leur propre breuvage. « C’est là, en 1954, qu’est née la recette de Cacolac. Après 71 ans elle est toujours là et n’a pas changé », se réjouit Christian Maviel.

Jusqu’en 2011, l’entreprise reste entre les mains de la famille fondatrice. Mais le père de Christian Maviel, PDG de la société, a des problèmes de santé l’obligeant à se désengager. « Il ne lui fallait plus de stress pour assurer sa longévité, résume sobrement l’actuel dirigeant. Alors il a décidé de vendre. Même si c’était un crève-cœur, il a bien fait car aujourd’hui, il va très bien. » L’entreprise est achetée par deux fonds d’investissement, Trixaim et Avenir entreprises, jusqu’à ce qu’en 2015, après seulement quatre ans, ils décident de s’en séparer.

L’histoire familiale en fil rouge

L’occasion est en or pour Christian Maviel, alors directeur du site de production, et seul membre de la famille à être toujours actif dans la société. « Tout petit déjà, avec mon camion à pédales, j’allais rejoindre mon papa dans l’usine, se remémore-t-il. Ca devait être écrit dans mon ADN, d’être un jour vizir à la place du vizir. Finalement c’est une bonne chose, car si j’ai travaillé dans l’entreprise de 1999 à 2011, je n’ai pas eu à tuer le père. » La transmission, de par sa forme inhabituelle, se fait naturellement. Christian Maviel s’appuie sur les connaissances léguées par son paternel sans vouloir à tout prix imposer sa patte ; car son rachat de l’entreprise l’exempte de tout soupçon de népotisme. « Un vieux dicton dit que la première génération crée, la deuxième développe, et la troisième détruit. J’étais la troisième, heureusement, quelqu’un a détruit partiellement entre temps, faisant de moi la quatrième génération. »

Avec les équipes, « un peu maltraitées par les anciens repreneurs », le nouveau propriétaire se retrousse les manches. Et si certains salariés ayant travaillé pour son père peuvent involontairement faire une comparaison, Christian Maviel ne s’en offusque pas. « C’est logique », concède-t-il. Et de reprendre : « On s’est mis en ordre de bataille car il y avait une toute nouvelle histoire à écrire pour relancer la boîte, qui était bien endormie. Toute notre énergie devait passer là-dedans, plutôt que de faire du marketing pour dire “maintenant c’est ma société”. L’histoire familiale était un peu oubliée, c’est un fil rouge qui nous accompagnait mais ce n’était pas un poids. »

Surfer sur les tendances pour séduire les jeunes

C’est peut-être de cette période que vient le dicton de Cacolac : innover sans révolutionner. Mais comment réussir cet équilibre périlleux ? D’abord, en ne touchant pas à un seul ingrédient de la recette, madeleine de Proust pour de nombreux grands enfants. « On fait partie des 50 marques préférées des Français, rappelle Christian Maviel. Cacolac bénéficie d’un capital sympathie fantastique. » Ensuite, l’innovation vient des tendances alimentaires. Produits délactosés, allégés en sucre, gamme pour les enfants ou recette « barista » à base de chocolat noir et d’épices : « Le challenge de nos équipes, c’est de faire en sorte que Cacolac continue de parler aux gens et surtout aux jeunes », insiste le dirigeant. Qui en veut pour preuve la présence de la marque au festival de musiques actuelles Garorock, à Marmande. « On ne va pas se mentir, le soir les jeunes ne buvaient pas du Cacolac, plaisante Christian Maviel. Mais le matin, on a eu du succès ! »

Ainsi, l’entreprise a sorti cet été une édition spéciale « Dubaï chocolate », surfant sur le buzz numérique d’il y a quelques mois, autour de ce type de chocolat fourré à la pistache. « On a une canette très bling-bling, vous ne pouvez pas faire plus Dubaï, s’en amuse le dirigeant. On s’est dit que si on ne le sortait pas, un plus gros que nous le ferait. »

Une diversification qui paye

Aujourd’hui, l’activité de l’entreprise se compose pour moitié des boissons chocolatées en nom propre, les 50% restants émanant d’une activité en marque blanche. Cacolac ne s’arrête pas aux laits aromatisés, et propose via sa filiale ICT Drinks (In can we trust), un service de mise en canette de cocktails… et de vins. Une diversification qui a pu créer des réticences dans les rangs de la société ? Pas vraiment, témoigne Christian Maviel. « On est une PME, donc un couteau-suisse. Chaque poste est déterminé mais rien n’est cloisonné, on n’est pas monotâche, c’est pareil pour la production. » D’autant que les carnets de commandes pour ce segment d’activité semblent remplis. Un soulagement pour le dirigeant, qui a investi dix millions d’euros entre 2022 et 2023 dans une nouvelle ligne de production. « On se serait parlé il y a six mois, j’aurais été moins enthousiaste. Avec la morosité ambiante des vins bordelais, on se demandait où on allait, et si c’était finalement une bonne idée de dupliquer la ligne, confie Christian Maviel. Aujourd’hui on est très heureux car on sent un vrai engouement. »

Alors, à la question « où sera Cacolac dans 70 ans ? », son dirigeant répond confiant, sur le ton de la plaisanterie : « Ce qui est sûr, c’est que je ne serai plus là. On espère que la marque existera toujours, qu’on ne disparaîtra pas comme certaines très belles sociétés. On espère toujours permettre à la filière laitière du Sud-Ouest d’exister. » Avec, à la tête de la PME, un ou une jeune Maviel ? « Ce serait bien », se projette-t-il. D’abord, il faudra que l’un de ses fils, ou les deux, reprennent le flambeau. En ont-ils envie ? « Il paraît que tard le soir dans un moment festif, ils en parlent », plaisante-t-il. Et de conclure : « Comme moi, depuis qu’ils sont jeunes, ils viennent dans l’usine. C’est notre job d’été à nous ! »