Dans un contexte où la maîtrise technologique conditionne désormais la souveraineté des États, la France et l’Allemagne franchissent une étape majeure. À Berlin, les deux gouvernements ont annoncé leur intention de lancer un partenariat public-privé stratégique avec Mistral AI et l’éditeur allemand SAP SE. L’objectif : bâtir une infrastructure d’intelligence artificielle et d’ERP souveraine capable de transformer le fonctionnement des administrations publiques européennes.
Cette initiative marque une rupture nette avec les dépendances numériques accumulées au cours de la dernière décennie. Elle s’inscrit dans la volonté d’affirmer une autonomie stratégique européenne face aux géants non-européens, en construisant des outils technologiques contrôlés, gouvernables et auditables sur le territoire européen.
Une plateforme IA-ERP souveraine pour moderniser l’État
Le partenariat repose sur quatre piliers structurants, qui définiront la nouvelle génération de services publics assistés par l’IA.
1. Un ERP souverain, intelligent et 100 % européen
France, Allemagne, SAP et Mistral AI co-construiront une plateforme ERP intégrant nativement des capacités d’IA, entièrement adaptée aux besoins des administrations publiques. L’ambition est claire : disposer d’un socle technologique commun, sécurisé, interopérable et indépendant de tout acteur extra-européen.
2. Une gestion financière augmentée par l’IA
Les administrations pourront automatiser des tâches clés : classification et traitement des factures, contrôles d’audit, vérification de cohérence et analyse prédictive. L’objectif est double : améliorer la fiabilité budgétaire et libérer du temps pour les agents publics.
3. Des agents numériques pour les agents publics et les citoyens
Le projet prévoit le déploiement de trois types d’agents :
- Agents de décision et de conformité pour accompagner les fonctionnaires dans l’analyse réglementaire.
- Agents génératifs pour la rédaction de notes, la préparation de scénarios ou la justification budgétaire.
- Agents citoyens capables de guider les usagers dans leurs démarches administratives, éligibilités et formulaires.
Ces outils doivent améliorer l’accessibilité des services publics et renforcer leur réactivité.
4. Des laboratoires franco-allemands pour l’innovation et la formation
Les partenaires ouvriront des laboratoires d’innovation IA-ERP destinés à former une nouvelle génération de professionnels publics aux usages avancés de l’IA. Transparence, explicabilité et auditabilité seront au cœur des travaux, pour répondre aux exigences démocratiques européennes.
Une gouvernance inédite : le Board EDIC franco-allemand
Pour piloter ce chantier stratégique, Paris et Berlin créeront un Board EDIC (European Digital Infrastructure Consortium) dédié. Cette instance commune, présidée par les ministres compétents des deux pays, supervisera :
- la gouvernance globale du partenariat ;
- la coordination opérationnelle avec Mistral AI et SAP ;
- l’alignement avec les stratégies nationales et européennes ;
- l’ouverture progressive à d’autres acteurs européens capables d’apporter des solutions souveraines, interopérables et fiables.
Cette architecture de gouvernance vise à créer un véritable écosystème européen, cohérent et durable, au-delà d’un simple projet bilatéral.
Une feuille de route ambitieuse jusqu’en 2030
La signature d’un accord-cadre formel interviendra d’ici mi-2026. Celui-ci définira les règles de gouvernance, le périmètre fonctionnel, les responsabilités et les mécanismes de financement.
Entre 2026 et 2030, plusieurs cas d’usage prioritaires seront déployés dans les administrations, avec une logique progressive : premiers prototypes, industrialisation, puis généralisation.
L’objectif est de transformer les systèmes d’information de l’État en profondeur, en capitalisant sur les avancées rapides de l’IA européenne.
L’affirmation d’une Europe qui innove et qui protège
Pour les ministres français, cette initiative marque un tournant. Elle répond à un défi largement documenté : plus de 80 % des outils numériques publics proviennent encore de fournisseurs non européens. Dans une période d’instabilité géopolitique et de compétition technologique mondiale, la dépendance devient un risque majeur.
Cette alliance franco-allemande envoie un signal clair : l’Europe choisit de se doter d’une IA souveraine, de renforcer ses capacités industrielles, et de consolider son autonomie numérique.
Du côté allemand, le message converge : moderniser l’administration, accélérer les services aux citoyens et faire émerger des champions industriels européens capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
Mistral AI y voit la démonstration que l’Europe peut reprendre la main sur son destin technologique, tandis que SAP souligne que l’innovation ne doit pas se faire au détriment de la souveraineté.
Vers une Europe de la souveraineté numérique assumée
Ce partenariat marque l’un des plus importants mouvements stratégiques européens depuis le lancement de Gaia-X. En misant conjointement sur Mistral AI et SAP, Paris et Berlin posent les fondations d’un modèle alternatif capable de conjuguer performance, résilience, transparence et souveraineté.
Au-delà des technologies, c’est une vision qui se dessine : celle d’une Europe qui ne se contente plus d’être un marché, mais qui construitses propres infrastructures critiques et définit ses propres standards.
Une Europe enfin maîtresse de son avenir numérique.