Au bout d’une dernière saison gâchée par les blessures et les rechutes, le troisième ligne du Stade toulousain Mathis Castro-Ferreira a été opéré d’une épaule en juin. S’il a raté l’entame de l’exercice actuel, il ne regrette pas cette décision, qui lui a permis de revenir avec de meilleures sensations ces récentes semaines. Avant de se déplacer samedi à Montauban, pour un match qui a tout du piège dans ce contexte de doublons, il se confie.

Le déplacement à Montauban, samedi, se présente dans un contexte forcément particulier, après deux semaines de congés mais surtout avec l’absence de tous les internationaux. Comment abordez-vous ce rendez-vous ?

Comme tous les autres matchs. Pour nous, c’est évidemment une rencontre importante. Déjà, on sait qu’il va y avoir beaucoup d’ambiance sur place. Et il faut se mettre dans la tête que ce sera très dur, qu’il y aura une grosse intensité sur le terrain. Donc, à nous de répondre présent là-dessus. Il est évident que Montauban va désormais jouer toutes ses cartes possibles à la maison.

Effectivement, en tant que promu et actuel 13e du classement, Montauban va forcément prioriser la prise de points à Sapiac. Surtout face à une équipe toulousaine très diminuée. Cela a-t-il tout du match piège pour vous ?

Oui. Parce que, pour avoir analysé les précédents matchs joués par cette équipe à domicile, ce n’est pas du tout facile de gagner à Montauban. On sait une chose. C’est que, chez eux, nos adversaires sont à 200 %. Ils ont aussi un gros public qui pousse derrière eux, et cela leur amène un supplément d’âme pendant toute la rencontre. Voilà pourquoi, quoi qu’il arrive, ce sera intense. On s’attend à un gros défi physique mais aussi tactique. Il est primordial de bien se préparer cette semaine.

Ceci avec plus d’une vingtaine d’absents, entre les sélectionnés et les blessés. Même si vous avez une certaine expérience dans le domaine, comment gérez-vous ce doublon le plus pénalisant de la saison ?

Ce contexte, on est habitué à le connaître chaque saison. Il y a toujours la tournée d’automne durant laquelle les internationaux partent, comme pendant la période du Tournoi des 6 Nations. On se retrouve donc souvent dans cette configuration, et on est pas mal de jeunes à monter avec les pros. L’avantage, c’est d’avoir déjà vécu beaucoup de choses ensemble dans les catégories jeunes, donc on a vite des repères. Surtout que le système de jeu est le même. Après, c’est plus sur l’envie et la stratégie à mettre en place qu’il faut bien préparer le match.

Effectivement, à titre personnel, ce sont notamment ces périodes de doublons qui vous ont permis de vous mettre en évidence. Le percevez-vous comme une opportunité ?

Oui, bien sûr. Et on s’aide tous d’ailleurs. Là, on sait que les internationaux sont partis, donc c’est à nous de prouver et d’être performants sur le terrain pour continuer à décrocher des résultats. Tout le monde a une carte à jouer pour se montrer dans cette période. Il faut savoir en profiter.

Après avoir été opéré d’une épaule en fin de saison dernière, vous avez raté le début de celle-ci avant de revenir à la compétition en octobre. Depuis, comment jugez-vous votre montée en puissance ?

Mentalement, je suis excité d’avoir retrouvé le groupe, d’avoir repris les entraînements collectifs et les matchs avec eux. Franchement, ça fait beaucoup de bien. Après, il fallait aussi reprendre des sensations sur l’aspect physique, sur le temps de jeu, se réhabituer à l’enchaînement des tâches. Maintenant, l’objectif, c’est de monter en régime à chaque sortie, de gagner en puissance et de pouvoir enchaîner les feuilles de match.

Est-ce parfois dur de se montrer patient, une fois qu’on a remis le pied sur le terrain ?

Ah oui, dès qu’on remet un pied sur le terrain, on a tout de suite une énorme envie de rejouer et de le faire tous les week-ends (sourire). Mais il faut être patient, travailler et attendre le bon moment. Et je sais que, le bon moment, il arrive toujours.

Cela avait-il été difficile, mentalement, de prendre la décision de vous faire opérer en juin ?

Oui. Parce que, du coup, je savais que j’allais louper toute la préparation d’été avec le groupe et le début de saison suivant. Donc, ce n’était pas facile à accepter. Mais d’un point de vue sportif, c’était le mieux à faire pour me remettre d’aplomb et ne plus penser à ça. Ce n’était pas simple de prendre cette décision mais je ne la regrette pas.

La douleur était-elle chronique ?

Oui, c’est ça. Cela s’était un peu détérioré au fur et à mesure. Et, arrivé en juin, on a dit qu’il fallait opérer sur l’intersaison pour ne pas avoir de grosses séquelles ou de grosses gênes à l’avenir. C’est ce qu’on a fait.

Mathis Castro Ferreira était sur le banc contre l’Union Bordeaux-Bègles.

Mathis Castro Ferreira était sur le banc contre l’Union Bordeaux-Bègles.
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Il y avait de grosses attentes autour de vous la saison passée mais celle-ci a été polluée par plusieurs blessures qui vous empêchaient d’enchaîner réellement. Dans la tête, cette expérience vous a-t-elle fait grandir ?

L’an dernier, cela a été assez difficile à vivre sur le plan mental. Parce que revenir, faire des bons matchs, commencer à enchaîner un peu… Puis rechuter par la suite, c’est dur à encaisser. Après, je suis aussi conscient que c’est le sport de haut niveau et que ça arrive dans une carrière. On se dit qu’on est prêt mentalement à affronter les coups durs mais quand ça s’enchaîne… En tout cas, cela m’a effectivement permis de grandir, de mûrir, de connaître un peu mieux mon corps et ses besoins. De ce côté, c’est un plus à mes yeux.

Sur quoi connaissez-vous mieux votre corps ? En termes de préparation ?

Sur la préparation, la récupération aussi, et tous les petits axes qu’on peut développer et travailler pendant la convalescence. Je le répète mais cela m’a permis de progresser sur certains points.

Êtes-vous un joueur plus complet aujourd’hui ?

Oui, je pense. Je dirais surtout que je connais un peu plus ma routine personnelle à bosser pour être le mieux possible sur le terrain.

Que vous fixez-vous comme objectifs personnels ?

Dans mon jeu, cela concerne surtout la défense et la touche. Je veux passer un cap dans ces domaines, continuer à travailler. Pour la défense, j’ai la chance de pouvoir le faire au club avec Antho (Jelonch), François (Cros) et Jack (Willis), qui sont de gros joueurs sur ce secteur. Pour tout ce qui est manipulation du ballon ou courses en attaque, c’est pareil avec Alex (Roumat). Sur la touche, je veux progresser sur le saut, la lecture, etc. C’est très important dans le rugby actuel.

Quand vous citez l’exemple de tous ces joueurs internationaux, vous parlez spontanément de chance d’évoluer à leurs côtés, alors que ce sont vos concurrents et qu’il est difficile parfois de trouver du temps de jeu au même poste qu’eux…

Parce que c’est une chance ! Ce sont tous des internationaux et, honnêtement, de sacrés joueurs sur le terrain. On a tous à apprendre de chacun d’entre eux. Moi le premier, pour compléter ma palette et devenir le joueur le plus complet possible.