Par

Thomas Bernard

Publié le

19 nov. 2025 à 18h51

Dans les rues sautronnaises, les rayons du soleil réchauffent les corps, confrontés aux premières températures hivernales. Ce mardi en fin de matinée, plusieurs habitants de la commune de la métropole nantaise se promènent dans le centre-ville. Certains prennent la direction de la poissonnerie Fiala Marée.

Devant la boutique, on retrouve Guillaume Fiala à la tête de l’adresse ligérienne, en train de déguster un mets, concocté avec des produits du commerce de bouche, en compagnie de Victor, en pleine réalisation d’un Tour de France du sandwich.

Après un lever très matinal à 2 h, Guillaume Fiala s’est livré à actu Nantes sur son parcours dans la poissonnerie et sa préparation au concours de Meilleur ouvrier de France (MOF). Un chemin traversé par une reconversion professionnelle et un héritage familial. Portrait.

De la Marine à la criée

Guillaume est né à Nantes et a grandi à Pont-Saint-Martin. À l’âge de 17 ans, le Ligérien s’engage au sein de l’Armée où il est incorporé au 3e Régiment d’infanterie de la Marine. Guillaume devient sniper.

Un drame familial remet en cause sa carrière militaire. « Mon papa, qui était poissonnier, est décédé d’un accident de voiture pendant mon passage dans l’armée. Je dirais que c’était la première graine qui a été plantée dans mon cerveau, qui m’a fait revenir vers la poissonnerie », narre l’artisan.

Pourtant, à sa sortie de l’armée le Nantais s’inscrit à un BTS NDRC (négociation et digitalisation de la relation clients), une voie professionnelle qui ne correspond pas à ses valeurs.

Je me suis retrouvé commercial. Je vendais de la quincaillerie, alors que je n’étais pas bricoleur du tout. Je vendais des vis à des artisans qui avaient 50 ans, c’était l’horreur. Ce n’était pas ce type de commerce qui me faisait vibrer. Le commerce qui me faisait vibrer, c’était vraiment le commerce de proximité.

Guillaume Fialapoissonnier

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Perte et reconstruction

Naturellement, le père de deux enfants retourne vers sa première passion : la poissonnerie. En 2017, Guillaume, aidé d’un associé, rachète l’ancienne entreprise de son père mais le projet se transforme en cauchemar.

Le problème, c’est que l’associé avec qui j’étais, c’était quelqu’un qui était malhonnête, qui a été condamné depuis. Et au bout de deux ans, j’ai tout perdu.

Guillaume Fialapoissonnier

Remotivé par Vincent, l’ancien propriétaire de la poissonnerie de Sautron, Guillaume remonte une entreprise et fonde Fiala Marée, en écho au nom de la première entreprise de son père.

Dès 2018 et jusqu’en 2024, le Nantais enchaîne les rachats successifs de poissonneries (marchés et boutiques).

Au fur et à mesure que son entreprise grandit Guillaume prend de moins en moins de plaisir dans son quotidien. « On est arrivé à 15 salariés, j’avais plusieurs poissonneries, c’était devenu une usine à gaz. Je ne faisais plus que du bureau et de la gestion sociale, j’avais perdu le pied avec le terrain. »

« Faire moins et faire mieux »

Suite à des rencontres avec des Meilleurs ouvriers de France, Guillaume Fiala participe à des concours pour « apprendre de nouvelles choses » mais difficile de concilier préparation aux concours et gestion de plusieurs poissonneries. En 2024, il termine dauphin lors d’un concours au salon de l’agriculture le qualifiant au SIRHA à Lyon. Dans la capitale de la gastronomie française, le poissonnier déchante.

« Je me suis planté (sic) à ce concours, parce que la gestion de l’entreprise était trop lourde. La gestion a fini par manger ma passion pour le métier et mon temps de préparation », admet l’ancien tireur d’élite.

Après avoir tout perdu en 2017, Guillaume confie avoir voulu « prouver des choses et être le meilleur ». Sur le chemin du retour après le Sirha 2025, le poissonnier décide de rétropédaler.

Je voulais faire moins, mais faire mieux, et revenir les mains dans le produit, et me perfectionner pour essayer d’atteindre le titre de meilleur ouvrier de France.

Guillaume Fialapoissonnier

Depuis janvier, Guillaume a vendu la boutique du centre-ville de Nantes ainsi que des tournées de marché. Aujourd’hui, Fiala Marée se concentre sur la boutique de Sautron et sur les 14 marchés, par semaine, auxquels participe l’entreprise.

Une nouvelle configuration lui permettant de mieux appréhender le concours de meilleur ouvrier de France (MOF), qu’il prépare tous les mardis lors d’entraînements. Guillaume ambitionne de remporter cette récompense afin de promouvoir sa profession.

« Les garants de la pêche française »

Lever matinal pour aller chercher les poissons à la criée, récupération de produits au MIN et vente sur les marchés rythment la semaine de Guillaume. Passionné, l’ancien sniper est un amoureux de l’artisanat

On est (les poissonniers, N.D.L.R) les garants de la pêche française. On se doit de mettre en avant une pêche artisanale. Une pêche aussi responsable dans ce qu’on peut faire aussi économiquement parlant. On doit être transparent, on ne peut pas n’avoir que du poisson de ligne sur notre étal. Ce ne serait pas viable et on n’en trouverait pas toute l’année. Il faut aussi essayer « d’éduquer » la population sur les saisons de poisson. Il faut sortir du dos de cabillaud et du saumon et se rapprocher des espèces qui vivent plutôt chez nous, et qui sont de saison.

Guillaume Fialapoissonnier

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Pour faire passer le message, Guillaume prône la pédagogie avec les clients. Une interaction chérie par le poissonnier. « C’est presque une relation familiale avec les clients. J’ai un petit monsieur, il a 97 ans, et tous les vendredis au marché, il vient m’acheter 600 grammes de moules. En même temps, on échange quelques mots et je suis son poissonnier, son contact humain de la semaine. C’est important pour les artisans, il ne faut pas le perdre. »

Plus de 1000 abonnés sur les réseaux sociaux

Pour partager sa passion et son savoir-faire au plus grand nombre, Guillaume a lancé une page Instagram où il compte plus de 1000 abonnés.

Le but de la page Insta c’est de promouvoir l’artisanat parce que je suis un amoureux d’artisanat et je me dis que c’est dommage de ne pas avoir plus de visibilité. On n’a pas forcément le temps dans l’effervescence de la vente d’expliquer aux gens que c’est bien d’acheter un bar pèse au moins un kilo parce que sinon, il n’a pas eu le temps de se reproduire. En vidéo, tu as le temps pour l’expliquer.

Guillaume Fiala,poissonnier

Visualiser le contenu sur Instagram

De l’armée à Fiala Marée en passant par la reconstruction de son entreprise, Guillaume a connu de multiples épreuves au cours de sa vie professionnelle. Quand on l’interroge sur ce qui définit son parcours, le Nantais répond illico l’abnégation. « Abnégation, parce qu’il faut en vouloir pour traverser tout ce que j’ai traversé. »

Avec en ligne de mire la préparation au MOF, Guillaume Fiala veut faire « revivre l’artisanat » mais aussi « inspirer les nouvelles générations » à plonger dans le monde de la poissonnerie.

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