Alien : Earth, depuis le 13 août sur Disney+, Peacemaker saison 2, depuis le 21 août sur HBO Max (Warner), Marche ou crève, sorti le 12 septembre (Lionsgate), Gen V saison 2, depuis le 17 septembre sur Prime Video (Amazon), Une bataille après l’autre, sorti le 23 septembre (Warner), ou encore Running Man, attendu pour le 19 novembre (Paramount). Quelques jours, quelques semaines séparent ces productions, toutes originaires de studios différents.

Et pourtant. Elles ont toutes un point commun, qu’elles soient des adaptations ou non. Celui d’être une critique ouverte d’une forme de société totalitaire contrôlée par le gouvernement ou une organisation privée. Une critique qui peut prendre la forme d’un jeu, de super-pouvoirs, d’une dystopie, d’une parodie ou même d’un multivers. Et la liste de ces œuvres pourrait ne pas s’arrêter là.

Il serait facile d’imaginer qu’il n’y a pas de hasard et que le retour au pouvoir de Donald Trump début 2025 contribue à voir des projets naître des cendres encore chaudes des décisions controversées du président américain.

Marche ou Crève, Peacemaker, Running Man... Hollywood entre résistance et collaboration ?© HBO Max

Ce serait occulter le temps de gestation de ces mêmes projets, souvent écrits bien avant que la réalité ne leur donne un ancrage dans le réel. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’adaptations de Stephen King. Autrement dit, on est plus proche d’une coïncidence dans laquelle on aimerait voir un signe que d’une réelle stratégie de contre-pouvoir.

Toutefois, cela n’empêche pas cette coïncidence de raconter quelque chose de la crise de position que traverse Hollywood. Le lieu saint où l’art et l’argent peuvent faire front commun ou se rejeter en bloc. Et concernant l’aspect économique, on connaît les appétences du président américain pour s’en mêler bien au-delà de ses attributions.

L’agent orange

Si on repart depuis cet été, plusieurs affaires ayant secoué les studios ont un lien direct avec Donald Trump. Ce n’est pas un secret, il s’en félicite souvent lui-même. On se souvient par exemple de la décision de CBS, propriété de Paramount de ne pas renouveler le Late Show de Stephen Colbert.

À l’époque, la coïncidence avait voulu que le studio ait dû faire un chèque de 16 millions à Trump suite à un procès intenté par ce dernier et qu’il n’avait jamais porté Colbert dans son cœur. L’annulation du Late Show avait pu être décidée pour faire plaisir à quelqu’un en particulier et arrondir les angles. D’autant que la fusion entre Skydance et Paramount avait besoin de l’accord de la Maison Blanche. Mais comme l’a dit Colbert lui-même récemment, tout cela reste théorique.

Marche ou Crève, Peacemaker, Running Man... Hollywood entre résistance et collaboration ?© Pixar

Ce qui l’est moins en revanche, c’est le récent bad buzz autour de Jimmy Kimmel, retiré de l’antenne d’ABC suite à un coup de fil direct des patrons de Disney. La cause ? Une mauvaise blague autour de l’assassinat de Charlie Kirk.

Faut-il y voir une nouvelle directive en plus haut lieu ? Encore une fois, personne ne dira rien. Par contre, dès lors que cette éviction a commencé à coûter cher à la plateforme de streaming, l’argent est passé avant le président et Kimmel a fait son retour. Il ne faut pas s’attendre à des raisons officielles évidemment, mais comme d’habitude, la “coïncidence” est belle.

Des évolutions en régression

Pour un studio, on sait que l’important est de prospérer. On sait également que si Trump a envie de mettre des bâtons dans les roues, il n’y a actuellement que peu de garde-fous pour l’en empêcher. Cela entraîne certaines décisions internes qui ne se disent pas, mais se voient à l’écran.

On a pu voir l’inclusivité reculée, comme avec Elio. Le dernier Pixar a été fortement remanié en supprimant toute trace de thèmes LGBTQIA+. The Boys et son spin-off Gen V sont souvent pointés du doigt pour une satire trop prononcée ou essuyant des vives critiques dès qu’on évoque la bisexualité d’un personnage. On peut voir des rumeurs éclore sur des talents écartés des listes des productions maisons pour des prises de positions, notamment autour du conflit israélo-palestinien. Melissa Barrera, actrice principale de Scream 5 et 6, peut en témoigner puisque suite à un post Instagram soutenant la Palestine, celle-ci s’était vue remerciée de la saga Scream.

Marche ou Crève, Peacemaker, Running Man... Hollywood entre résistance et collaboration ?© Prime Video

On peut surtout voir des auteurs davantage muselés lors des tournées presse ou les questions politiques deviennent strictement interdites. Alors, la censure n’est pas aussi présente et prononcée que lors du maccarthysme, mais il faut reconnaître que le vent ne paraît pas souffler dans la bonne direction.

Une résistance de conviction ou d’apparat ?

Et c’est là qu’on en revient aux œuvres citées plus haut. Parce qu’à côté des changements qui bouleversent Hollywood en coulisses, il y a encore sur nos écrans des films et des séries qui osent, plus ou moins subtilement, critiquer les dérives. Le fait que ces œuvres sortent, y compris sous l’égide de studios impactés par les affaires, laissent entendre que la liberté existe encore, la résistance aussi.

Une résistance oui, mais probablement plus de façade qu’il n’y paraît, puisque cela va surtout dépendre du poids de son auteur au sein de l’industrie. Il serait de mauvais ton de contraindre un James Gunn actuellement en train d’écrire un nouveau chapitre à l’investissement conséquent. Alors un monde nazi ? S’il veut. The Boys reste l’un des programmes les plus populaires de Prime, alors si Eric Kripke veut s’attaquer à l’eugénisme, il peut. Cela a le mérite de pouvoir mettre en lumière des propositions plus frontales, plus impactantes, de la part de réalisateurs qui n’ont, en apparence, peur de rien.

Pour d’autres, ils attendent encore de savoir de quel côté va frapper la foudre avant de se positionner, préférant encore jouer sur les deux tableaux. Et lorsqu’un réalisateur signe un film aux accents politiques et qu’on lui demande de préciser sa pensée sur le sujet, son évitement devient une réponse en soi. Symptôme d’une industrie qui court pour échapper aux questions gênantes. Après tout, le film doit se vendre et on ne peut pas fâcher une partie du public avant l’heure. L’argent du box-office n’a ni odeur… ni position politique.

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