Y a pas de pilote dans l’avion
Fight or Flight se rêve en héritier aérien de Bullet Train, mais il oublie que le succès de son modèle reposait sur une théorie de circulation permanente. Chaque wagon possédait son identité, sa densité, son humour, ses personnages plus ou moins lunaires, ce qui permettait des ruptures de ton qui relançaient constamment l’énergie du film.
-Sauf que pour son premier coup d’essai en tant que réalisateur, James Madigan a décidé de confiner son intrigue dans un avion à la géométrie désespérément fixe, ce qui, de fait, confisque toute forme de mouvement au long métrage. On se retrouve alors avec trois décors, littéralement, recyclés jusqu’à l’usure : le couloir central avec ses rangées de sièges et ses toilettes, un semblant de cabine avant, la soute et puis basta.
Ce décor étouffant prive le film de la moindre respiration, la mise en scène tourne en rond et la caméra elle-même semble constamment chercher une porte dérobée. L’avion, au lieu d’être un terrain de jeu, devient rapidement une prison pour la caméra de Madigan. Le réalisateur peine à renouveler l’action et n’arrive ni à vraiment varier les angles, ni à jouer sur les distances. Et si on avait pu espérer une sorte de grand huis clos d’action nerveux, on s’est trompé sur toute la ligne.
Fight or Flight prétend jouer la carte du huis clos nerveux, mais n’en comprend en réalité aucun mécanisme. Le concept, au lieu de jouer en faveur du fun, se retourne contre le film et l’épuise. La tension ne prend jamais, faute de construction, de montée en pression ou même d’un simple sens du danger. Les dialogues, eux, oscillent entre platitude et malaise, sabotant chaque tentative d’humour (qui tombe systématiquement à plat) ou de suspense.
Et même la promesse d’un actioner décérébré – le minimum syndical qu’on attendait de ces 1h40 de turbulences – s’évapore rapidement. Le film n’est même pas bête et fun, juste bête et vide. Cette promesse de « tous contre un », qui fonctionnait chez Leitch grâce à une galerie de personnages bigger-than-life et des croisements incessants de l’un à l’autre, devient ici un alignement de silhouettes sans personnalité ni réelles motivations qui se jettent mécaniquement sur Hartnett en hurlant, car qui le tuera aura un paquet de pognon.

Bienvenue sur Bof AirlinesAir Farce One
Pendant la promotion du film, on a matraqué le fait que Josh Hartnett avait réalisé « 100% de ses cascades lui-même ». Hélas, cette implication de l’acteur ne compense rien. Les affrontements sont filmés comme dans un pastiche de John Wick tourné entre potes, avec des cadrages maladroits, un rythme chaotique, une absence totale de notion de timing et des impacts mous.
Le jeu de massacre vire à la parodie involontaire. Les chorégraphies, dépourvues de lisibilité, donnent l’impression d’avoir été improvisées sur le moment. Le tout est servi dans une soupe visuelle conjuguant surdécoupages épileptiques et faux raccords comme dans un cocktail passé au shaker (secoués méchamment sans aucune délicatesse). Quant aux opposants de Hartnett, ils ne font même pas l’effort de paraître intéressés par l’idée de s’impliquer un minimum dans les bastons.

« Et là j’y ai mis une bonne patate dans sa tronche »
Impossible de ne pas avoir l’impression que le reste du casting erre dans cette carlingue, comme perdu dans un film qu’il ne comprend pas. La pauvre Katee Sackhoff (Battlestar Galactica, Longmire, The Mandalorian), pourtant capable de porter des rôles complexes, semble avoir été téléportée ici depuis un tournage parallèle tant elle est complètement paumée.
Les autres acteurs oscillent entre surjeu permanent (Marko Zaror est capable de bien mieux que ça), une surenchère absurde (Charithra Chandran, à côté de la plaque) et une apathie totale (Julian Kostov, qui n’avait visiblement pas envie d’être là). Personne ne trouve le bon ton, personne ne croit une seconde à ce qu’il joue, comme si la direction d’acteur changeait à chaque prise.
Le semblant de scénario est le dernier clou dans le cercueil de Fight or Flight, boursouflé par une succession d’incohérences, de retournements forcés et d’explications bancales au possible, dont aucune ne parvient à susciter l’intérêt. Impossible de s’attacher à l’histoire, d’y croire un minimum, ou même d’en rire. Le film frôle le nanar en permanence, mais ne l’atteint jamais, la faute à l’absence totale de cette improbabilité joyeuse nécessaire au basculement vers une bonne grosse marrade.
Le film est tout juste sauvé de l’oubli immédiat par une séquence d’hallucinations psychédéliques où Hartnett, sous prod’, fantasme ses combats dans un style à la Las Vegas Parano. Un moment complètement idiot, mais enfin vivant. Le tout s’achève évidemment sur un cliffhanger pathétique, promesse maladroite d’une suite dont personne ne veut. Quelle façon idéale de clôturer 1h40 de souffrance audiovisuelle à l’état pur.
Fight or Flight sera disponible en VOD à partir du 19 novembre 2025.
