Par

Fabien Massin

Publié le

20 nov. 2025 à 20h13

Derrière la disparition inquiétante, un enlèvement bien préparé et une traversée de l’Europe en voiture, de l’agglo de Rouen (Seine-Maritime) à l’Ukraine en passant par l’Allemagne et la Pologne. Une affaire familiale, aussi. Au printemps 2025, un adolescent hébergé dans un foyer est porté disparu. Quelques mois plus tard, jeudi 20 novembre, sa mère et son beau-père étaient jugés par le tribunal de Rouen pour ces faits. 

D’étranges messages envoyés depuis l’étranger

Ce jour de juin, après le collège, Anton*, un ado de 15 ans de nationalité ukrainienne hébergé dans un foyer de l’agglo de Rouen, se rend à la salle de sport où il pratique régulièrement un sport de combat. Mais on ne le voit pas cet après-midi à la salle et il ne revient pas non plus foyer. Dans sa chambre toutes ses affaires sont là, il n’y a aucune trace de préparation d’un départ. 

Des investigations sont enclenchées, un appel à témoin pour disparition inquiétante est diffusé, et une notice Interpol est émise. Au cours de l’enquête, en examinant les mouvements de son téléphone et les lieux où des adresses mail à son nom ont été utilisées, il apparait qu’il aurait traversé l’Europe pour rejoindre Kiev en Ukraine, en passant par l’Allemagne et la Pologne. 

Faits très troublants également, le foyer reçoit des messages prétendument venant de lui, où il dit être parti volontairement, qu’il ne veut plus être en foyer, que des éducateurs le maltraitent, etc. Une vidéo dans laquelle il explique son départ est même postée sur YouTube. Une lettre manuscrite est également envoyée à la police. Mais ces messages laissent perplexe les éducateurs, ils sont truffés de fautes alors qu’Anton n’en commet pas ou peu. Et au foyer tout se passe très bien, tout comme au collège où il donne toute satisfaction. 

Deux enfants placés par la protection de l’enfance

Les investigations conduisent les enquêteurs sur la piste familiale, sur Anna, 47 ans, la mère d’Anton, et Djamel, son conjoint, 36 ans. D’origine algérienne, lui est arrivé en Ukraine il y a 15 ans, où il a connu Anna. Ils sont arrivés en France en 2022, fuyant le conflit avec la Russie. Djamel a été condamné par la justice française pour des violences commises au sein du foyer, notamment à l’encontre de l’adolescent. Lui tout comme sa petite sœur (fille d’Anna et Djamel) ont été placés par l’ASE (aide sociale à l’enfance), lui en foyer et elle en famille. 

En fait, le jour où l’ado se rendait à la salle de sport, c’est sa mère et son beau-père qui l’auraient fait monter à bord de leur voiture, l’amenant ensuite jusqu’à Kiev. Voyage au cours duquel il aurait tenté de prendre la fuite à deux reprises, sans succès. Et c’est sous la contrainte qu’il aurait écrit les différents messages, c’est en tout cas ce qu’il a dit aux enquêteurs par la suite. En septembre, la mère et le beau-père sont interpellés, puis placés en détention provisoire.  

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Au tribunal, les deux prévenus — qui s’expriment avec le concours d’une traductrice — peinent à expliquer tout cela. « Pourquoi aurais-je amené un ado dans un pays en guerre ? c’est complètement absurde », déclare Djamel. De son côté Anna se défend : « Je me considère comme une victime de la situation qui dure depuis deux ans, nos enfants se sont retournés contre nous, sous l’influence des psychologues ».

Des peines de prison ferme

Pour la procureure de la République, pas de doute dans la responsabilité du couple dans l’enlèvement, un fait « extrêmement grave ». Elle requiert une peine de trois ans de prison pour le beau-père et deux ans dont un avec sursis pour la mère. 

Du côté de la défense, l’avocate met en avant un dossier « basé uniquement sur les déclarations » de l’adolescent, et qui « manque d’éléments objectifs » pour établir la culpabilité du couple. 

Au final, le tribunal a condamné** Djamel à trois ans de prison avec maintien en détention, et Anna à deux ans de prison dont un avec sursis, et maintien en détention pour la partie ferme de la peine. L’autorité parentale sur Anton lui a également été retirée.  

*Les prénoms ont été modifiés

**Ces peines sont susceptibles d’appel. Tout justiciable demeure présumé innocent tant que toutes les voies de recours ne sont pas épuisées.

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