Par

Méréva Balin

Publié le

20 nov. 2025 à 19h16

La mobilisation de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) d’Île-de-France change de forme une fois de plus.

Après les blocages sur l’A13 et les feux de la colère de 2024 puis l’installation de banderoles sur la Nationale 12 en mai 2025, le syndicat s’oppose désormais aux contrôles effectués par le Service régional de l’alimentation (SRAL) autour des produits phytosanitaires dans les exploitations.

Ainsi une vingtaine d’agriculteurs attendaient de pied ferme les agents de l’instance régionale devant une ferme d’Arnouville-lès-Mantes (Yvelines), ce jeudi 20 novembre 2025 dans la matinée.

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Le quatrième blocage de la semaine

L’action est dupliquée dans trois départements franciliens : les Yvelines, l’Essonne et le Val-d’Oise. « C’est le quatrième blocage cette semaine, fait savoir la FDEA Île-de-France. Les trois dernières fois, les contrôleurs ne sont pas venus. »

Tant que les décrets que l’on nous a promis dans la loi Duplomb ne seront pas signés, nous nous opposons aux contrôles comme nous l’avions annoncé lors de la mobilisation de l’an dernier. Contrairement à d’autres, nous respectons ce que nous avons dit. »

Thomas Brebion, agriculteur de Notre-Dame-de-la-Mer

Une manière d’alerter les pouvoirs publics

Cette fois encore, pas d’agents du SRAL en vue lors de notre reportage. Seuls les gendarmes de la brigade de Septeuil gardent un œil sur l’attroupement qui se déroule sans incident. « La manifestation est déclarée et elle se déroule sur la voie publique, précise la FDEA Île-de-France. Le propriétaire de l’exploitation a accepté le contrôle, c’est notre syndicat qui s’y oppose. » Une manière aussi de protéger l’agriculteur, qui risquerait « des pénalités sur ses aides » s’il refusait lui-même la visite des contrôleurs.

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Contactée la Direction régionale et interdépartementale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt d’Île-de-France, à laquelle est rattaché le SRAL, n’a pour le moment pas répondu à nos questions. « Être là nous permet d’alerter une fois de plus les pouvoirs publics avec lesquels nous n’avons pas les moyens d’échanger directement, précise Thomas Brebion, agriculteur à Notre-Dame-de-la-Mer. Face au blocage, les contrôleurs devront faire remonter l’information aux autorités. »

Manifestation FDSEA Arnouville-lès-Mantes
Le blocage du jeudi 20 novembre 2025 à Arnouville-lès-Mantes (Yvelines) a eu lieu dans une ambiance bonne enfant sous l’œil attentif des gendarmes présents. ©Méréva BalinUne « taxe carbone » sur l’azote

Une nouvelle réglementation européenne vient également s’ajouter au ressentiment des agriculteurs. À partir du 1er janvier 2026, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières « vise à soumettre les produits importés dans le territoire douanier de l’Union Européenne à une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux industriels européens fabriquant ces produits », informe le site du ministère de la Transition écologique.

Une taxation qui concernera également les engrais azotés utilisés dans les exploitations agricoles. Intenable, selon le syndicat agricole dans un contexte où les professionnels font déjà face à des charges élevées.

L’azote est ce qui permet à la plante de vivre, sans cela son taux de protéines n’est pas assez élevé pour pouvoir la vendre. Cette taxe carbone va faire augmenter le prix de l’azote de 140 € par tonne, ce qui va le porter à 400 € la tonne. »

FDSEA d’Île-de-France

Une « distorsion de concurrence » induite par le Mercosur

Le spectre de la ratification du Mercosur par la France flotte enfin au-dessus de la profession. Après avoir souligné les « aspects positifs » de l’accord de libre-échange lors de son passage au Brésil avant la Cop30 le jeudi 6 novembre 2025, le président Emmanuel Macron a assuré que le Mercosur « tel qu’il existe aujourd’hui, recueillera un non très ferme de la France » une semaine plus tard pendant une rencontre avec une délégation d’agriculteurs à Toulouse (Haute-Garonne). Un flou qui n’aide pas à rassurer la profession.

Il existe une distorsion de concurrence entre la France et les autres pays européens, et plus largement avec les producteurs du reste du monde. On nous impose des règles hyperstrictes. On propose l’alimentation la plus sûre du monde et on en est fiers. Mais parallèlement on veut laisser entrer des produits dégueulasses avec des substances, comme les hormones de croissance, que l’on nous interdit depuis 20 ans. »

Thomas Brebion, agriculteur de Notre-Dame-de-la-Mer

Pour l’exploitant, le secteur est « le dindon de la farce ». « On n’est pas près d’atteindre la souveraineté alimentaire souhaitée si l’on continue à tuer les agriculteurs », insiste Thomas Brebion. Une mobilisation nationale du syndicat agricole est prévue le jeudi 18 décembre 2025 à Bruxelles (Belgique).

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