l’essentiel
Le dessin animé « Masha et Michka » met en scène un ours et une petite fille. Créé en 2009, et diffusé dans de nombreux pays dont la France, il est sans doute le dessin animé russe le plus populaire. Au point de devenir une arme de propagande ?

« Masha et Michka » servent-il de propagande à Vladimir Poutine ? La question paraît saugrenue. Au premier abord, rien ne le laisse penser dans les rares dialogues, les scénarios ou les décors.

La série raconte les aventures de Michka, un ours retraité d’un cirque, qui vit dans une petite maison au milieu de la forêt. Brave, balourd, il n’aime pas vraiment être dérangé. Jusqu’à ce qu’il croise la petite Masha, une fillette espiègle, curieuse, gourmande, qui vit à cent à l’heure et qui va l’entraîner dans ses aventures.

Créée en Russie en 2009 par le studio Animaccord, « Masha et Michka » a été doublée dans de nombreuses langues et diffusée dans 150 pays dans le monde entier. Bourrée d’humour, elle a connu 9 saisons et près de 200 épisodes. En France, elle est actuellement rediffusée sur France 5 et Piwi +.

« Quelque chose de poutinien »

Au-delà du regard qu’ont les enfants sur « Masha et Michka », il y aurait une autre lecture pour les adultes, à en croire Priit Hõbemägi, maître de conférences à l’Institut de communication de l’université de Tallinn (Estonie). Avant la guerre en Ukraine, il avait déclaré que l’ours symbolisait la Russie et que le but du personnage était de transmettre une image positive du pays aux enfants. Quitte à redouter une possible « cinquième colonne » pour Moscou – terme qui désigne les partisans cachés d’un Etat au sein d’un autre Etat – avait-il expliqué au quotidien finlandais Helsingin Sanomat.

Une hypothèse plausible ou farfelue ? Au Royaume-Uni, The Times a interrogé un expert en sécurité de l’université de Buckingham. « Macha peut être impertinente, voire insupportable, mais elle est également déterminée. Elle a des prétentions excessives. On pourrait sans exagération déceler en elle quelque chose de poutinien », estime-t-il.

« Une bonne dose d’ironie »

Ainsi donc, ironise le journal russe Gazeta, l’ours représenterait « la bonne et charmante Russie » et Masha « l’impertinent Poutine ». Interrogé, le directeur du studio russe Animaccord réagit avec « une bonne dose d’ironie ». « Travailler pour la propagande du Kremlin doit être très bien payé. Or, en dix ans, nous n’avons pas perçu un kopeck de subvention de l’Etat. Et nous n’avons rien demandé, car il s’agit d’un projet strictement commercial », explique Dmitri Loveïko à l’agence de presse Ria Novosti.

Preuve que « Masha et Michka » ne laisse pas indifférent, un politologue russe pro-Kremlin Vadim Popov a un autre regard. Il estime que le dessin animé contient « une multitude de messages nuisibles qui contredisent les valeurs traditionnelles russes », rapporte The Moscow Times. « Comment est-il possible qu’une petite fille vive seule ? », se demande-t-il par exemple…

Quoi qu’il en soit, « Masha et Michka » a fait rire des millions d’enfants depuis 2010 et démontre une nouvelle fois le grand talent de l’animation russe.