Une tribune écrite par Sami Clim, CEO de Telehouse France
Premièrement, l’Europe dispose d’un vivier de talents exceptionnels. Nos universités, laboratoires et écoles d’ingénieurs forment chaque année des milliers de chercheurs, data scientists et développeurs qui innovent sur des thématiques essentielles de l’IA.
Sur le plan technique, l’Europe bénéficie d’infrastructures numériques robustes et sécurisées, essentielles pour héberger et traiter les volumes massifs de données indispensables à l’intelligence artificielle. Chez Telehouse France, nous mesurons quotidiennement l’importance d’une infrastructure respectueuse de la souveraineté, performante et fiable pour accompagner cette révolution.
Un autre avantage fondamental réside dans notre modèle énergétique. L’Europe est à la pointe de la production d’énergie décarbonée, un critère clé dans un secteur aussi gourmand en ressources que l’IA. Cette énergie « propre » confère à nos centres de données et solutions numériques un avantage écologique, crucial dans un contexte de transition énergétique et d’exigences environnementales croissantes.
Par ailleurs, l’Europe est devenue une référence mondiale en matière de régulation éthique et de protection des données, notamment avec le RGPD. Cette approche, souvent perçue comme contraignante, constitue en réalité un avantage stratégique. Elle permet de bâtir une IA digne de confiance, respectueuse des droits fondamentaux, un enjeu qui prendra de plus en plus d’importance face à la défiance grandissante des citoyens vis-à-vis des technologies.
En somme, l’Europe contrairement à d’autres grands blocs détient des avantages comparatifs de taille aussi bien dans la « fabrication » de l’IA que dans la « consommation » de l’IA, alors que les chinois et les américains se spécialisent chacun sur un versant de cette économie naissante au détriment de l’autre.
Cependant, le risque d’une dépendance technologique accrue demeure préoccupant. En restant sur sa doctrine pro-consommateurs ignorant les enjeux de puissance, l’Europe pourrait devenir dépendante des acteurs américains et chinois, ce qui fragiliserait sa souveraineté numérique, économique et politique. Il est donc urgent de renforcer nos investissements et notre capacité d’innovation.
L’IA n’est pas qu’une affaire de géants technologiques. Elle est aussi une formidable opportunité pour nos industries traditionnelles — automobile, santé, énergie, de se réinventer, de gagner en compétitivité et d’accompagner la transition écologique. C’est un levier de croissance économique et de création d’emplois qualifiés à ne pas négliger. Il y a encore des marges de progression énorme dans l’adoption de l’IA dans chaque segment de nos industries. La course est loin d’être perdue.
Enfin, l’Europe regorge de startups et PME innovantes dans le domaine de la « fabrication » de lIA. Ces acteurs, souvent agiles et créatifs, doivent bénéficier d’un soutien renforcé, qu’il s’agisse d’accès aux financements, d’infrastructures ou d’accompagnement à l’internationalisation.
L’Europe a donc tous les ingrédients pour devenir une puissance de l’intelligence artificielle qui compte : des talents, des infrastructures, une énergie propre, une régulation éthique et un tissu entrepreneurial dynamique et un vaste champ d’application pour tirer profit des avantages de l’IA. Il ne tient qu’à nous, acteurs publics et privés, d’agir avec audace, cohérence et pragmatisme pour relever ce défi.
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