La présidente de la Banque centrale européenne incite les pays membres de la zone euro à réorienter les dépenses publiques vers l’éducation, la recherche et l’investissement productif. À défaut, l’Europe risque de s’enfermer dans une spirale de « stagnation budgétaire ».

La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a appelé les pays de la zone euro à mieux combiner réduction de la dette et investissements productifs, mettant en garde contre le risque de « stagnation budgétaire ». « Les niveaux d’endettement public dans la zone euro restent élevés et doivent diminuer », a déclaré Christine Lagarde ce samedi 22 novembre lors d’un discours à Vienne, en Autriche, au moment où la France semble en grande difficulté pour avoir un budget en 2026.

Selon elle, le principal défi « n’est pas que les gouvernements ne respectent généralement pas les règles budgétaires », mais qu’ils doivent « accorder davantage d’importance aux dépenses qui soutiennent la croissance potentielle et les priorités stratégiques essentielles, tout en assainissant leurs finances publiques ».

Aujourd’hui, seuls une poignée de pays au sein de la zone euro, dont la France et l’Italie, exploitent la possibilité, offerte par les textes européens, d’étendre jusqu’à sept ans la période d’ajustement budgétaire à condition d’investir dans des réformes structurelles et dans des projets renforçant la productivité, selon la banquière centrale. La priorité donnée plus souvent aux dépenses courantes s’explique par « la pression de préserver le modèle social européen et de soutenir à court terme les sociétés vieillissantes », a-t-elle souligné.

Mutualiser certaines dépenses

À l’inverse, un manque d’investissement peut provoquer une « stagnation budgétaire », où les mesures d’assainissement affaiblissent la croissance, nécessitant encore plus d’austérité budgétaire, un « cercle vicieux » selon l’ancienne directrice du FMI. Pour éviter cet écueil, il faudrait mieux utiliser la flexibilité des règles fiscales européenne en réorientant les dépenses vers l’éducation, la recherche et l’investissement productif.

Autre piste suggérée par Christine Lagarde, mutualiser certaines dépenses stratégiques au niveau européen, notamment dans la recherche et le développement, favorisant l’innovation, et la défense, pour « dissuader les acteurs hostiles ». Un exemple récent vient du plan lancé par la Commission européenne visant à mobiliser dans l’UE 150 milliards d’euros pour des capacités paneuropéennes comme la défense aérienne, l’artillerie et les systèmes anti-drones.

Enfin, il s’agit d' »utiliser les instruments budgétaires européens afin de mobiliser des capitaux privés » nécessaires pour financer les efforts dans le climat, le numérique et la défense, avec des besoins estimés à plus de 1.200 milliards d’euros par an d’ici 2031.