Chloé Valmaryle 22 novembre 2025
Et si c’était lui, la vraie surprise de 2025 ? Arrivé discrètement sur Netflix (disponible avec CANAL+) ce vendredi 21 novembre, l’excellent TRAIN DREAMS porté par Joel Edgerton pourrait bien rabattre les cartes aux prochains Oscars.
TRAIN DREAMS : le dernier chef-d’oeuvre de 2025 ?
Cette année, Netflix a fait très fort côté cinéma. Après les excellents A HOUSE OF DYNAMITE, FRANKENSTEIN, ou encore JAY KELLY (qui arrive en décembre), c’est désormais TRAIN DREAMS qui est disponible depuis ce 21 novembre, et dont nous vous parlions déjà en septembre dernier lors de sa présentation au Festival de Deauville.
Clint Bentley adapte la nouvelle de Denis Johnson, longtemps réputée inadaptable au cinéma, tant il s’agit d’un texte introspectif. Joel Edgerton incarne Robert Grainier, ouvrier du rail dans l’Ouest américain du début du XXᵉ siècle. Un homme ordinaire, élevé au milieu des forêts du Pacifique Nord-Ouest, qui travaille sur les chantiers du chemin de fer, coupe du bois, rentre chez lui quand il le peut. Rien d’héroïque.
Robert Grainier vit au rythme des chantiers, des allers-retours entre son travail et sa maison, et de cet environnement en plein basculement à mesure que les machines remplacent les hommes. Le film montre comment un homme simple traverse cette accélération du monde. Clint Bentley s’intéresse aux gestes, aux habitudes, et à la manière dont Grainier, profondément marqué par une tragédie intime, tente de rester ancré alors que tout autour de lui change.
Au-delà de son cadre historique, TRAIN DREAMS interroge ce qui reste d’une vie lorsque tout se délite autour de nous.
Un geste métaphysique sur notre passage sur Terre
TRAIN DREAMS observe comment un homme qui n’a jamais cherché à laisser une trace finit pourtant par dire quelque chose de l’expérience humaine : la façon dont on avance, un pas après l’autre, même quand on ne comprend plus vraiment le monde, la manière dont le temps nous dépasse et ce que l’on porte, ce que l’on perd, ou ce qu’on tente de reconstruire.
Clint Bentley filme cette existence dans un geste presque métaphysique, à travers lequel il est difficile de ne pas voir du Terrence Malick.
L’ouverture du film est une vision que l’on garde longtemps en mémoire : le corps de Grainier, allongé dans sa petite maison, lentement absorbé par la forêt. Les plantes s’insinuent autour de lui, les racines s’étendent, comme si la nature, patiente et indifférente, reprenait ce qu’elle avait un jour prêté. C’est une image douce et terrible à la fois, un rappel que le monde continue de tourner après nous, avec la même constance que lorsque nous étions vivants.
Dans ce geste, Clint Bentley condense tout le film. Grainier a traversé le feu, la solitude, les départs, l’amour fragile, les routes de bois et de poussière. Il a vu la modernité avancer comme une vague, engloutissant les arbres comme elle a englouti sa famille. Il a tenu debout avec une force discrète, celle de ceux qui n’ont jamais eu le luxe de s’arrêter. Et pourtant, au moment final, il redevient matière, feuille parmi les feuilles, souvenir parmi les souvenirs, non pas effacé, mais rendu au monde.
Cette vision dit quelque chose de nos existences : ce qu’elles ont de minuscule face au temps, et de gigantesque lorsqu’on les regarde de l’intérieur. Nous ne maîtrisons presque rien, sauf la manière dont nous avançons, encore et encore, malgré les drames et les manques. TRAIN DREAMS embrasse cette fragilité et rappelle que même les vies silencieuses laissent une vibration, un passage, une trace qui ne se mesure pas en exploits, mais en traversées.
Et si TRAIN DREAMS était la surprise des Oscars ?
Cette année, la course aux Oscars va être très disputée. On parle évidemment de UNE BATAILLE APRÈS L’AUTRE de Paul Thomas Anderson, MARTY SUPREME, porté par Timothée Chalamet, ou encore HAMNET de Chloe Zhao. Mais TRAIN DREAMS pourrait également s’inviter dans la course, en parfait outsider de la compétition.
Lors de sa présentation au Festival de Sundance en janvier dernier, il avait déjà connu un excellent buzz, et affiche un excellent score de 94% de critiques positives sur Rotten Tomatoes, soit un des meilleurs de l’année. S’il ne va pas jusqu’à disputer la compétition du meilleur film aux cérémonies américaines, on le voit bien remporter au moins une nomination dans les catégories meilleure adaptation, et meilleur acteur pour Joel Edgerton. On prend les paris ?