Finis le billard et la pause méridienne des lycéens de Loritz. Le Bazar, devenu Bazar à Pierrot en 2002, au nom de son gérant, traverse le temps, se met à la page, se renouvelle. Aujourd’hui déserté des lycéens, le bar de l’angle des rues du Tapis Vert, des Tiercelins et du boulevard Lobau a donc délaissé tables, bleu, queues et boules pour laisser place au bout de la salle, à l’espace PMU qui accueille quotidiennement une dizaine de fidèles décortiquant les pronostics.

Les fléchettes tiennent aussi bonne place avec le club de l’ASPTT Nancy Darts-fléchettes qui a fait de l’endroit son terrain d’entraînement les lundis et mercredis (18 h) et parfois son lieu de championnat.

Le vendredi, c’est tartare le midi et concert le soir

Et voici Jocelyne. Garante de l’âme de l’endroit, moitié de son Pierrot parti dans un monde que l’on dit meilleur en 2024. Retirée des affaires mais toujours présente, elle tolère : « Allons-y pour le titre de gérante d’honneur, mais aujourd’hui place à la jeune génération » dit-elle tendrement en croisant du regard Thibauld Della Chiesa.

Lui, le cuistot a repris la gérance en 2019 mais n’imaginait pas tenir le rade en solitaire. Julien, plus de vingt ans de bourlingue derrière les gaz entre Bretagne et Nancy, l’a rejoint pour la partie cuisine. Il a ses idées « j’aime travailler le poisson frais, j’essaye d’en mettre à la carte, mais le jeudi ». Effectivement, il compose avec une règle immuable : le vendredi, c’est tartare de bœuf à 17 €. Un rituel qui assure la plus belle récolte du midi en semaine avec une moyenne d’une vingtaine de couverts.

Maud, enfin, est arrivée depuis un mois et demi. Elle a claqué la porte de son job pour passer de l’autre côté du zinc : « Je suis passée de cliente habituée à serveuse, le tout sous forme d’une blague d’un soir de concert, ici, lorsque Thibauld se multipliait : Tu voudrais peut-être un coup de main ? Et franchement je ne regrette pas ». Elle ambiance, fredonne volontiers les musiques crachées par la sono : « Oui, même si c’est yaourt » plaisante-t-elle, Cock Robin en sourdine. Ce trio de quadra semble s’être trouvé.

Le triple plafond

Il est 15 h et voici Gilles ‘’le peintre’’ qui accroche son vélo sur le trottoir, puis entre ici comme chez lui d’un « Salut “Thieb” », ponctué d’une poignée de main franche. Une halte au water, et l’attendent le petit noir à 1,80 € sur le zinc, ainsi que le journal prêt à être commenté. L’art du bar de quartier réside aussi dans la connaissance et habitude de sa clientèle. Thibaud reprend : « la journée est ainsi rythmée. Le premier client à arriver, c’est toujours Jean-Pierre pour son café, plus tard on sait qu’on retrouvera Gilles ‘’le batelier’’ parce qu’il vit sur une péniche juste à coté. Suivant l’heure, sa commande diffère ».

Bar de quartier le jour, le Bazar Pierrot devient rendez-vous d’habitués la nuit, surtout le vendredi : « Oui on programme des concerts notamment pour trois vendredis du mois, plutôt typés rock. » Un autre rituel hérité des années Pierrot. Jocelyne reprend : « Regarde le plafond, il n’est pas haut parce qu’on a mis un triple plafond pour insonoriser. D’ailleurs, pas mal de groupes du coin qui jouent un peu partout, de la petite bicoque aux gros complexes en armature métallique nous disent que le son est bon ici. » Et s’il est un soir où Thibauld est aux manettes, Foo Fighters sortira assurément de sa play-list : « Oui, j’aime mettre du son qui parle à tout le monde, mais faut aussi que ça me plaise. » Tout est dit.