Par
Amandine Vachez
Publié le
24 nov. 2025 à 12h21
À Lille, vous croiserez peut-être prochainement une personne sans-abri qui vous demandera un don… sur une carte. Si cela peut étonner, c’est désormais possible, grâce à l’idée originale d’un étudiant nordiste ! Concrètement, la solution Solly, imaginée par Tim Deguette en 2023, est de permettre à des personnes à la rue de récolter des dons dématérialisés grâce à une carte bleue, qui permet ensuite d’acheter divers produits dans des enseignes françaises. Les premières cartes ont été distribuées dans la Capitale des Flandres le 22 novembre, par l’association partenaire les Soldats du Sourire. 11 autres villes vont suivre, pour un test de 6 mois.
Venir en aide aux personnes à la rue, à l’ère du « j’ai pas de monnaie »
L’idée de Solly est née d’un adolescent en internat à Saint-Omer, qui a échangé avec plusieurs personnes sans-abri. Elles avaient à l’époque partagé un constat. Les gens n’ont plus de monnaie sur eux. Tim appuie : « L’État fait en sorte qu’il y ait moins d’argent fiduciaire ». Malgré des péripéties, le jeune actif n’a pas lâché son projet, pour venir en aide aux personnes à la rue. Il a notamment mené une campagne de financement participatif avec succès (80 000 euros récoltés).
Être suivi par un organisme bancaire a été le plus difficile. Car si son idée est simple sur le papier : proposer une carte sur laquelle il est possible de faire des dons avec son smartphone, et avec laquelle la personne peut ensuite régler des achats en magasin. Concrètement, c’est difficile à mettre en place pour proposer un système sécurisé, et légal. Tim rappelle que tout détenteur d’une carte bleue doit avoir un domicile de rattachement et une carte nationale d’identité.
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Tim Deguette a eu l’idée de créer une carte bleue sur mesure pour les sans-abri. Fin 2025, son idée se concrétise dans les rues de Lille (Nord) et bientôt d’autres grandes villes de France. ©Amandine VachezLe coup de cœur d’Up Coop pour le projet de Tim
C’est Up Coop, entreprise coopérative spécialiste des titres-restaurant et chèques déjeuners, qui a choisi de miser sur le projet de Tim. « Notre vocation est de créer du pouvoir d’achat sur le territoire », relate Stéphane Bégel, Directeur général de Up Paiement. C’est lui-même qui a contacté Tim, pour le convaincre de laisser sa société intégrer l’aventure de Solly. Ceci grâce à une carte spéciale, « Up cohesia ». « En 2015, l’État a fait appel à nous pour les demandeurs d’asile, qui obtenaient leur aide par mandat cash. Cela engendrait des vols et de la stigmatisation : il fallait venir à un bureau de poste, tel jour, pour récupérer son dû. » Up Coop a donc imaginé une carte, « dont on sait donner une granularité », précise le représentant de la société. Et surtout permettant, grâce sur accord de la Banque de France, de ne pas nécessairement demander de pièce d’identité aux détenteurs de la carte.
Cette carte est sécurisée, avec un code que seul son détenteur a en sa possession, et elle permet de ne faire que certains types d’achats : des denrées alimentaires, des produits d’hygiène, une nuitée, les transports… Mais concrètement, elle se présente comme une carte bleue classique.
Tim Deguette, créateur de Solly.
Cinq euros donnés à chaque détenteur de carte
La première distribution de cartes s’est faite à Lille le samedi 22 novembre. Elle suivra dans les prochaines semaines dans 11 autres villes de France. Au total, 1 200 cartes ont été commandées pour le lancement, 1 000 seront distribuées, 200 gardées pour rééquiper les détenteurs initiaux au besoin.
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Chaque bénéficiaire voit, lors de la distribution, cinq euros crédités sur sa carte, grâce à un mécène. « C’est la cerise sur le gâteau », commente Damien Hespel, co-créateur des Soldats du Sourire, qui croit fort en ce projet porté par Tim.
On a eu un véritable coup de cœur pour Tim, venu sur nos premières maraudes. Quand il nous a parlé de son projet, on l’a trouvé complètement fou, et super !
Damien Hespel, des Soldats du Sourire, partenaire de Solly à Lille.
Un tour de cou avec une pochette zippée pour mettre la carte, est aussi fourni, pour permettre de ne pas perdre la carte ou se la faire voler. Ainsi qu’un flyer (en français et en anglais) avec un QR code, renvoyant directement sur la page permettant de donner.
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Des dons en « one shot » ou réguliers
Du côté des donateurs, il est possible de faire un don en une fois, entre 1 et 100 euros. 500 euros peuvent être récoltés au maximum en un mois sur la carte, 1 500 euros sont utilisables chaque mois. « On ne dépasse pas l’équivalent du RSA. L’idée est de ne pas mettre la personne en situation délicate : elle devrait justifier de son revenu. Et ce n’est pas aider », déclare Tim.
Il est possible de donner une fois, ou de mensualiser les dons. Tim voit cela comme un moyen de créer du lien.
Choisir d’aider une personne tous les mois, ça permet de créer du lien autrement. Si vous recroisez cette personne, il n’y aura plus ce rapport avec l’argent.
Tim Deguette, créateur de Solly.
Enfin, les sans-abri peuvent consulter leur solde, via une application ou un numéro.

Il est très facile de faire un don avec la carte Solly, gérée par Up Coop, spécialiste des titres-restaurant et vacances notamment. ©Amandine VachezUn « tour de France » auprès des associations
Pour le lancement, qui s’étend sur 2 mois, Tim sera présent pour les premières distributions. Pour chaque commune, il s’entoure d’une ou plusieurs associations partenaires, à taille humaine. « Je trouvais ça important de m’entourer d’associations qui connaissent les gens, localement, qui sont en contact direct avec les personnes ciblées », confie Tim.
Il précise que Solly n’est pas une entreprise. C’est une association loi 1901, dans laquelle il est engagé aux côtés de deux autres bénévoles. « L’idée n’est pas d’avoir de personnes salariées, pour laisser un maximum aux bénéficiaires des dons ». Soit 91 % du total de la somme donnée, 9 % représentant les frais de fonctionnement et des projets de logements, via deux associations (Toit à Moi et Lazare). « Si un jour il y a un salarié, l’idée est que ce soit par le biais d’une de ces associations par exemple, dans le cadre d’une réinsertion », appuie Tim. Ce dernier ne tient pas à garder absolument la présidence, ad vitam aeternam. Il défend une vision globale, pour le bien commun. Ne pas tirer la couverture vers soi mais la partager, l’offrir à la personne dans le besoin. C’est ça, l’esprit Solly !
Pour en savoir plus sur le projet Solly, c’est par ici.
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