Cette fois-ci, ça se concrétise. La Pologne a commencé à construire de véritables fortifications à la limite de l’exclave russe de Kaliningrad, rapporte le site d’information ukrainien Militarnyi, se basant notamment sur les tweets de l’étudiant en relations internationales Clément Molin. Trois ans et demi après l’invasion totale de l’Ukraine par Moscou, la Pologne, mais aussi les pays baltes, ont pourtant tardé à durcir leurs frontières avec le territoire détaché.

« Les fortifications comprennent des fossés antichars, des dents de dragon et des tranchées, indique Militarnyi. [Clément Molin] note que ces éléments ressemblent aux fortifications ukrainiennes, mais souligne la nécessité d’une défense en profondeur, car le déploiement de troupes près de la frontière en cas d’invasion serait extrêmement risqué. »

Béton ou gruyère ?

Jusqu’ici, les seuls obstacles et barrières bâtis près de Kaliningrad par la Pologne et les pays baltes à l’Est visaient surtout à empêcher l’immigration clandestine. L’étudiant a identifié trois zones récemment fortifiées par les autorités polonaises à la frontière avec la Russie. Il met effectivement en garde contre le caractère potentiellement inadapté de celles-ci.

« L’exemple ukrainien nous enseigne que ce type de fortifications est largement obsolète et inutile face à la menace des drones, écrit Clément Molin. Il faut les abandonner immédiatement. De petits points fortifiés dissimulés dans les lisières et les forêts, ainsi que des abris pour véhicules, seront bien plus efficaces. »

Les fortifications ukrainiennes ont évolué en même temps que la physionomie du conflit. Elles intègrent de triples rangées de fossés antichars remplis de barbelés, couplée à des rangées de fils barbelés, des dents de dragons ainsi qu’une myriade de petites positions fortifiées et camouflées, d’où les forces ukrainiennes peuvent faire feu sur les assaillants. De quoi mettre un coup d’arrêt à une tentative d’invasion, ou même la décourager.

Bouclier en mousse

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a annoncé en octobre 2024 le début de la construction de l’Eastern Shield (bouclier oriental), 700 kilomètres de fortifications qui doivent protéger le pays sur son flanc est. Le chantier doit se terminer en 2028, pour un coût total de 10 milliards de zlotys (2,36 milliards d’euros). Toutefois, des essais réalisés sur la base militaire d’Ożysz ont donné lieu à un retour d’expérience mitigé du capitaine de réserve de l’armée polonaise Maksymilian Dura.

« Le projet ne répond pas aux menaces déjà présentes sur les champs de bataille modernes, comme en Ukraine, résume Militaryi. En particulier, le rôle des drones est totalement ignoré, tant par les attaquants que par les défenseurs. Il ne s’agit pas seulement des drones kamikazes, mais aussi des drones de reconnaissance et des bombardiers. De plus, l’auteur s’interroge sur les actions des unités mécanisées et d’infanterie existantes, ainsi que sur les tactiques d’utilisation des engins du génie. »

L’Union européenne, qui cofinance le chantier et compte sur le Bouclier oriental pour sécuriser le continent face à la Russie, devrait peut-être s’en alarmer.