Au front, à l’est de l’Ukraine, survivre tient parfois à un robot de 200 kilos lancé dans la nuit noire sous le vrombissement des drones russes. À Pokrovsk et Myrnohrad, par exemple, les soldats ukrainiens dépendent désormais de véhicules terrestres sans pilote, appelés UGV, pour leur ravitaillement.
Ces robots transportent vivres, munitions et carburant vers des positions avancées, en remplacement de convois humains trop exposés aux drones et aux tirs russes. « Le jouet est livré », annonce dans un message radio un soldat de la cinquième brigade lorsqu’un robot quitte le véhicule pour rejoindre les troupes en demande.
Les engins doivent faire preuve de rapidité et arriver à leur destination en moins de quelques minutes. Le moindre retard peut leur être fatal, ainsi qu’aux hommes et femmes qui attendent dans ces « zones de mort », explique la BBC.
Les derniers kilomètres vers l’ennemi
Les forces russes cherchent à couper les lignes d’approvisionnement et à encercler ces villes avec une « zone de mort », large de 30 kilomètres et sous menace constante de drones et d’artillerie. « Un drone après l’autre nous a attaqués… Dès que l’un explosait, un autre arrivait. Ils tiraient aussi des obus et des mortiers pour nous tuer »,raconte le médecin militaire Vitsik au média britannique. Sur le terrain, se déplacer à pied ou avec des véhicules blindés serait presque suicidaire.
Les UGV sont petits, difficiles à repérer et télécommandés depuis des positions sûres. Ils peuvent emprunter des ruelles étroites et se faufiler là où les véhicules traditionnels ne passeraient pas. Ihor, responsable des systèmes sans pilote pour le 7ᵉ corps ukrainien, souligne leur rôle vital : « Ils sauvent des vies. Je dirais même qu’ils sont l’avenir de l’armée. » Aujourd’hui, environ 90 % des approvisionnements sur le front de Pokrovsk passent par ces robots, qui assurent plusieurs missions par jour.
Une alternative fragile
Bien que des améliorations aient été apportées (camouflage, plateformes renforcées, communication optimisée…), les UGV restent vulnérables. « Peu importe comment elle est camouflée, son type de connexion utilisé ou sa vitesse, la machine peut toujours être détectée et détruite », regrette un opérateur surnommé « Lawyer » (ou « L’avocat » en français). Certains robots sont endommagés par des mines, d’autres détruits lors de missions de sauvetage. Dans la majorité des cas, seul un sur trois parvient à ses fins.
En dépit des nombreux risques, ces appareils sont devenus indispensables pour maintenir les positions ukrainiennes et soutenir les troupes coincées sur le front. Le chef des renseignements ukrainiens, Kyrylo Boudanov, reconnaît que la situation est « extrêmement difficile », mais précise que l’armée tient bon… en partie grâce à ses robots.