Anny Duperey, Alexis Desseaux, Franck Dubosc, Valérie Lemercier, Jacques Le Carpentier, Virginie Lemoine, Emmanuel Gayet… Tous ont été ou sont encore à l’affiche de grands films, ou bien ont brûlé voire brûlent toujours les planches. Mais ils ont aussi comme point commun d’être tous passés par le conservatoire à rayonnement régional de Rouen (Seine-Maritime), et en particulier par les cours de Jean Chevrin, professeur d’art dramatique à Rouen et Paris, metteur en scène et comédien, décédé en 1987.
Trente-huit ans après sa disparition, Gérard Contremoulin publie une biographie sur ce professeur qui a laissé une trace indélébile chez tous ses élèves, « Jean Chevrin, jouer, enseigner, faire jouer… » (Wooz Éditions). À cette occasion, l’établissement rouennais va organiser une soirée d’hommage, ce vendredi 28 novembre. Plusieurs des anciens élèves du conservatoire seront alors présents, dont Patrick Chesnais, qui viendra témoigner.
« Jean Chevrin m’a donné les ailes pour la suite »
En pleine répétition de cette représentation très particulière, Patrick Chesnais remonte le temps, jusqu’au début de ses 60 ans de carrière, avant ces « 110 films et 60 pièces de théâtre ». « Franchement, si on ne m’avait pas sollicité, j’aurais été un orphelin, car Jean Chevrin m’a donné les ailes pour la suite. C’était donc indispensable de participer à cet ouvrage », affirme-t-il.
Le comédien se souvient de sa chambre d’enfant « où j’avais construit un théâtre et où je mettais en scène des copains. C’est d’ailleurs le père gendarme d’un camarade qui m’a incité à me rendre au conservatoire d’art dramatique. Malgré les difficultés de mes parents, qui venaient de faire faillite, et de mon frère, qui était en prison, ils m’ont inscrit. J’avais 16 ans ».
Lors de l’audition d’admission, Patrick Chesnais se fait remarquer… par son trac : « En entrant sur scène, je me suis étalé de tout mon long. Tout le monde a applaudi. Ce fut mon premier contact avec monsieur Chevrin. Il a souri sans se moquer. » Puis, lors du concours d’entrée, « j’ai dû réciter une fable de la Fontaine. J’avais travaillé tout l’été sur Les Animaux malades de la peste. J’ai senti que j’avais obtenu un certain succès ».
L’acteur se souvient encore de ce que Jean Chevrin a déclaré au groupe à cette occasion : « Nous sommes dans un conservatoire de province pour aimer les grands textes, apprendre à se mouvoir, parler en public et flatter en vous la fibre artistique. La plupart d’entre vous, j’espère, continueront à faire du théâtre en amateur. Certains, très rares, seront professionnels. Et, par hasard, on a la chance de rencontrer quelqu’un qui fera une carrière. Patrick Chesnais sera de ceux-là. »
« Il a alors convoqué mes parents pour que je poursuive mon parcours », continue le comédien. Deux ans plus tard, par « l’amour du jeu » que Jean Chevrin lui enseignait, Patrick Chesnais entrait au conservatoire d’art dramatique de Paris, l’un des « 30 reçus sur 1 000 candidats ».
« Il s’adressait à vous comme si vous étiez unique »
Ainsi, plusieurs décennies plus tard, Patrick Chesnais se remémore un homme « très important pour tout le monde qu’il a croisé. Nous avons tous été marqués. Moi, je suis passé d’un monde à l’autre. Je venais d’un quartier populaire, j’étais très mauvais à l’école, dissipé et, brusquement, je suis passé dans la création artistique. Molière, Shakespeare, Marivaux, Guitry, etc. »
Une transition qui n’aurait jamais eu lieu sans la méthode d’apprentissage de Jean Chevrin. « Ce type qui était d’une extrême bienveillance vous faisait aimer les plus grands textes. Cela sans jamais un reproche. Il s’adressait à vous comme si vous étiez unique. D’ailleurs, quand je suis entré au Conservatoire de Paris, je revenais à Rouen le samedi, un peu comme une star, avec le melon », rit-il. « Jean Chevrin aimait suivre notre parcours, notre carrière. Nous étions le produit de son enseignement. Et les gens aimaient Jean Chevrin. Deux années avec lui furent une ode à l’art dramatique. »