Il s’agit de la quatrième affaire de ce type en seulement deux semaines au tribunal administratif de Rennes. Les parents de Giulia, 3 ans, contestent une décision prise par le Rectorat en septembre. L’Académie a choisi de ne pas accorder à leur fille la présence, à temps plein, d’un accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH), à l’école – notamment depuis sa première rentrée il y a deux mois – et hors temps scolaire.

Pourtant, cet accompagnement a été recommandé à la famille par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH). Giulia est atteinte d’une paralysie cérébrale avec hypotonie du corps.  Elle se déplace presque uniquement en fauteuil roulant , a expliqué, mardi, sa mère, Camille Oelhoffen, à l’audience du tribunal.

Scolarisée deux jours dans la semaine

La petite fille n’est actuellement scolarisée que le lundi et le mardi. Une AESH, qui prend aussi en charge un autre élève, s’occupe d’elle à 50 %. L’accompagnante n’est pas disponible le reste de la semaine et l’école refuse que Giulia soit présente sans son aide.  Quand ma fille sort à la récréation, elle est seule, raconte Camille Oelhoffen. Elle ne va pas aussi vite que les autres, alors elle panique et se met à hurler. » La cantine aussi est un temps solitaire et difficile. Le handicap rend la fillette sujette aux fausses routes.

L’avocate des parents de Giulia, l’avocate Emmanuelle Deleurme-Tannoury, pointe les conséquences du manque d’accompagnement pour l’éducation de l’enfant :  Son droit à l’instruction est en péril. Elle a les capacités pour apprendre.  Mais sans AESH et une scolarisation à 100 %, un décalage d’apprentissage avec ses camarades risque de se créer. Il se fait déjà ressentir , déplore l’avocate.

Camille Oelhoffen a mis son travail entre parenthèses. La famille vit grâce aux revenus du père, agent de sécurité, et à une aide de 1 200 € versée par la Caisse d’allocations familiales (CAF) pour compenser le salaire manquant de la maman.

 Le fait que le Rectorat n’ait pas assez de moyens budgétaires ne peut pas justifier cette situation », plaide Emmanuelle Deleurme-Tannoury.

« Pas de solution miracle »

 Il n’y aura malheureusement pas de solution miracle », soupire le président du tribunal. Deux cents AESH manquent dans le département. Le magistrat se tourne vers la représentante du Rectorat.  Des campagnes de recrutements sont-elles prévues bientôt ? Il y en a toutes les deux semaines, mais nous n’avons pas assez de postes ouverts à temps plein, répond-elle. Nous ne pouvons donc pas recruter à hauteur de nos besoins. »

La petite Giulia n’aura-t-elle pas droit à davantage d’aide avant la fin de l’année ?  Je ne peux pas me prononcer , conclut sombrement la représentante du Rectorat. Dans la salle, un silence atterré s’est installé.

La décision du tribunal administratif sera rendue d’ici mi-décembre.